Ré-ouvrir les vieilles blessures…

Hier dans un moment d’égarement et pour rendre un service à mon frère, j’ai ouvert un compte Facebook sous un pseudo débile. J’ai vite casé trois photos et j’allais chercher un moyen de le fermer quand tout à coup j’ai eu cette idée stupide.

Tenter de la retrouver et de la joindre.

Alors attention, cette fois on va parler d’amour !

Il y a une trentaine d’année au lycée, je suis tombé amoureux d’une fille de ma classe mais entre mes complexes et mon statut de loser notre relation s’est limitée à une grande amitié platonique vécue à grand coup de séance de ciné et d’échanges épistolaires. Le bonheur de recevoir une lettre, objet physique et personnel de l’être aimé (même unilatéralement) dans sa boite aux lettres…

Je me souviens encore très précisément du jour où mon cœur a explosé d’amour pour elle. C’était un mardi d’octobre 1991 en cours de maths. La prof venait de me poser une question à laquelle je ne savais pas répondre. Les autres jeunes s’étaient moqués de moi et j’avais fondu en larmes en les suppliant de cesser de se moquer de moi. Et c’est là qu’elle était intervenue pour prendre ma défense devant toute la classe. Pour la première fois quelqu’un semblait s’intéresser à moi, alors comme un animal blessé et affamé, j’ai passé le reste de mes années lycée à tenter de suivre la main qui m’avait apporté un peu de réconfort et d’espoir.

Nos chemins se sont séparés en 1992, après le bac je ne l’ai revue qu’une seule fois et déjà il était devenu plus difficile de parler ensemble. Par la suite elle est partie à Paris s’est mariée a eu deux enfants a divorcé et est partie dans le sud où elle fait un travail peu gratifiant tout en rêvant de pouvoir retourner dans notre région.

Et ça, c’est ce qu’elle m’a raconté hier. Car oui, avec ce réseau social j’ai vite eu fait de la retrouver. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me réponde si vite mais elle l’a fait. Reste à savoir si elle va désirer poursuivre nos échanges sur Internet…

La vie est pleine d’ironie, elle pensait que j’étais devenu riche avec une bimbo au bras et moi je pensais qu’elle était dans la restauration de luxe avec une famille épanouie… Comme quoi ce genre de futur n’existe que dans les films.

Alors nous voici tous deux avec nos désillusions, nos vies en lambeaux et nos difficultés familiales. Alors que faire si nous décidons de prolonger nos échanges ? Finir par se revoir cet été ? Et puis ? Comprendre que nous n’avons plus rien en commun ce qui pour moi aurait pour effet de détruire à jamais la seule romance de ma vie ? Ou alors continuer à se faire coucou sur le web avec des petites conversations futiles en attendant que je trouve le courage d’évoquer avec elle nos relations passées espérant qu’elle m’avoue enfin si un jour, une fois, elle a eu elle aussi des sentiments pour moi. Si elle dit non je serai enfin apaisé et si elle dit oui alors là c’est clair que j’aurai du mal à monopoliser mes facultés de résilience pour surmonter le choc.

Car oui, cet amour a toujours été très particulier pour moi, c’est la seule fois où j’ai aimé une fille en dehors de toute pulsion sexuelle. Adolescent avec mes hormones qui bouillonnaient, je ne regardais jamais son corps mais seulement ses yeux,  je ne désirais qu’une seule chose c’était passer le plus de temps en sa compagnie. Je n’ai jamais fantasmé sexuellement sur elle mais je rêvais de voyager avec elle dans le monde entier.  A l’époque j’étais jaloux de tous les garçons qui l’approchaient. Mon amour pour elle était aussi pur qu’exclusif et dévorant, bref une vraie maladie.

Un baiser échangé avec elle aurait sans doute changé ma vie entière, j’en suis convaincu mais hélas cela ne s’est pas fait. J’ai tenté plusieurs fois de lui faire comprendre l’amour que j’avais pour elle parfois de façon très directe avec des phrases du genre « j’aurai tant aimé t’embrasser une fois dans ma vie » , j’avais même vidé mes économies pour lui acheter un pendentif en or avec sa chaine, bref j’ai fait tout et n’importe quoi en faisant attention de ne pas la brusquer pour ne pas me faire jeter pour de bon.

Le pire épisode dont je me souviens, c’est de l’avoir supplié de me donner une chance, je me souviens de cette soirée où elle m’a entrainé sous le pont en attendant que je fasse le premier pas chose que je n’ai jamais osé faire. Au final ce grand amour à sens unique a fini par bloquer toute romance en moi en me renvoyant une image de moi-même des plus pitoyable.

Le plus triste dans tout cela c’est qu’à l’époque il y avait une autre fille qui vivait la même chose que moi sauf qu’elle n’avait jamais osé m’avouer ses sentiments et attendait que je me rende compte de sa présence et de ses désirs en passant du temps avec moi. Je pense qu’elle m’a aimé lorsque je l’ai consolée dans le bus un samedi matin car elle pleurait après avoir eu un 5 en philo sur le sujet « le jeu n’est-il qu’un jeu ». Elle n’avait pas fait la partie pour dire oui le jeu est tout d’abord un simple jeu… Le prof avait hurlé que nous ne savions pas lire un énoncé (Mais comment est-ce que je me souviens de tout ça ?  😯  ) Je me souviens lui avoir dit des choses sympa pour la réconforter (j’avais eu une bonne note) et je me souviens avoir vu quelque chose dans ses yeux et je me souviens aussi des autres signes qu’elles m’avait laissé par la suite. Mais moi, hypnotisé par mon amour dévorant, j’avais remarqué tout ça tout en choisissant de l’ignorer. C’était une copine sympa que jamais bien mais mon cœur ne battait que pour cette autre fille.

Quelle aurait été ma vie si un de ces deux amours avait donné quelque chose ? Une relation d’adolescents de quelques mois aurait sans doute suffit à me donner une autre image de moi-même en diminuant mes complexes. Je peux même imaginer que fort de cette nouvelle confiance en moi, j’aurai étudié de façon plus correcte au point de faire fructifier mes diplômes pas comme cette maitrise de droit privé qui n’a pas servi à grand chose à l’éducateur spécialisé que je suis devenu.

Au final si j’y réfléchis bien, mon premier grand amour était unilatéral et cristallisé et a trouvé sa place sur une étagère de mon cerveau où il sert de rappel : Ne plus jamais aimer personne.

De toute façon je n’ai pas droit au bonheur, alors…

 

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