Tuesday, lazy Tuesday

Je suis toujours secoué par mon rendez-vous médical de hier, la démarche très psy de cette très jeune docteur, le fait que pour une fois quelqu’un me dise qu’il s’inquiète pour moi tout en reconnaissant ce que je fais pour les autres dans mon travail et ailleurs c’était bouleversant.

J’avais besoin de m’en remettre. Pour la grippe je pense que les virus ont lâché l’affaire, ils ont du trouver les lieux un peu trop bizarres à leur gout.

J’ai donc passé ma seconde et dernière journée d’arrêt maladie couché en regardant deux films mettant en scène le même héros blanc, beau fort et propre avec une backstory dramatique et une faiblesse immense, bref en regardant ce héro des temps moderne dégommer des hindous corrompus puis des bandits géorgiens.

C’était violent, très con, complètement irréaliste…

Mais j’ai adoré !

Que dire d’autre ? Parler de cette pub débile reçue dans la boite aux lettres mettant en scène de soi-disant héros de la seconde guerre mondiale qui sont aujourd’hui des centenaires très actif, le tout pour vendre des myrtilles écossaises ? Non, pas envie, ça aussi c’est stupide mais pas tant que ça vu qu’il y a une petite part de vérité dans tout ça.

Non je vais arrêter là car dans ma tête c’est le gros fouillis depuis hier soir comme une machine que l’on aurai arrêté brutalement avant de la remettre en marche avec un nouveau logiciel.

Demain sera une journée importante, je vais donc prendre un max de sommeil pour bien la négocier.

Aller, on y croit !

La fin d’une époque

C’est lundi que le couperet est tombé, les deux frères jumeaux que nous accompagnons depuis 5 ans vont partir en cours d’année pour intégrer leur nouvel établissement histoire d’être sûrs qu’ils aient leurs places.

Alors oui chaque année c’est pareil, on commence avec un groupe de 12 enfants et des départs font que l’on se retrouve au printemps avec un groupe différent.

Mais dans le cas présent ce sont des départs qui font un peu mal.

Ces deux frères cabochards, parfois provocateurs, limite irrespectueux nous les avons vu grandir, s’affirmer, réduire leurs difficultés. Leur maîtresse a eu la joie et la fierté de leur donner ce beau cadeau qu’est la lecture et l’écriture et de mon coté je leur ai appris deux trois choses aussi comme lacer leurs chaussures ou plaquer quelques accords de musique.

Et oui mon guitariste et mon bassiste quittent le bateau et avec eux c’est la fin de mon projet musique. Fini mon projet de concert cet été devant l’école.

Les enfants qui restent sur le groupe sont soit trop en difficulté soit pas intéressés pour apprendre la musique. Et alors ? Ce n’est pas grave car un éducateur doit s’adapter et renoncer à des projets qui tout en profitant aux jeunes lui apporte beaucoup de plaisir.

Mais là cette fois-ci nous sommes à un tournant, ces deux garçons étaient les derniers de leur genre. Des enfants sans déficience très marquée et sans gros soucis au niveau du comportement ou d’éventuelles psychopathologie. des enfants qui ont profité au maximum de ce que nous avions à leur offrir pour accéder à ces réussites.

Ce n’est pas le cas des enfants qui restent sur notre groupe.

C’est pour cela que depuis le début de la semaine je suis à la fois content pour eux et aussi triste pour l’avenir de mon travail qui du coup devient beaucoup moins drôle.

Quand aux jeunes eux aussi sont tristes, ils auraient tant voulu participer au tournoi de foot avec leurs copains. Nous allons essayer de leur arranger ça. C’est la moindre des choses pour les remercier de tous ces bons souvenirs qu’ils laissent derrière eux.

Et après ?

Et bien deux nouveaux enfants, deux nouvelles rencontres et peut-être quelques bonnes surprises, mais la musique c’est grillé, je vais pouvoir faire des ventes sur le bon coin car voir les instruments que je leur avais acheté prendre la poussière sera bien trop triste. 😥

Plus ça change…

Tous les matins quand je ne suis pas en retard, je m’arrête dans un bar tabac café près de l’école où je travaille histoire de boire un café, dire quelques bêtises et manger un croissant histoire de compenser un petit déjeuner pas pris ou un repas de midi trop frugal ou toxique (le scandales des cantines scolaires, un sujet pour « envoyé spécial »).

Parfois je prends le temps de lire la feuille de choux locale, le pitoyable journal encore existant sur papier et ce matin j’ai poussé le vice jusqu’à aller jusqu’aux horoscopes.

Et là pour mon signe dans le domaine professionnel on me promet ni plus ni moins qu’une révolution, de nouvelles opportunités… blabla…

Hélas, retour brutal à la réalité dans mon travail plus ça change plus c’est pareil.

Je suis arrivé dans l’éducation spécialisée suite à une série de coincidences, enfin disons que non vu que je ne crois pas aux coïncidences, mais je retiens que mes choix à l’époque étaient limités vu que je n’avais pas de contacts ni de capital symbolique pour ne serait-ce que trouver un entretien pour un travail de juriste, j’ai bien été obligé de saisir la seule proposition de travail disponible et donc de devenir éducateur.

Mes débuts ont été laborieux voire catastrophiques et il aura fallu d’autres coincidences qui n’en sont pas pour que l’on me laisse enfin la chance de montrer mon potentiel. Depuis j’ai exercé mon métier avec passion et méthode car du fait du fait qui caractérise le reste de mon existence, mon activité professionnelle représente tout pour moi.

J’ai ainsi mené plusieurs projets ambitieux dont un qui a été récompensé par un prix permettant de financer l’achat d’ordinateurs et beaucoup d’autres relayés dans la presse qui ont fait sortir notre établissement de l’ombre. Ceux qui connaissent mon nom peuvent le taper dans Google vous verrez que je n’écris pas n’importe quoi.

J’ai aussi toujours eu à cœur de favoriser la socialisation des enfants que j’accompagne en me portant volontaire pour plusieurs projets visant à leur faire intégrer des activités les mêlant aux enfants du secteur ordinaire.

J’en ai donc beaucoup plus fait que bien des collègues et non pas pour ma gloire mais bien pour aller dans le sens de mes convictions et de mes valeurs et avant tout pour le bien être des jeunes que j’accompagne.

Au bout de tout ça je devrais donc être un super éduc respecté et écouté.

Et bien non, donc pour moi l’horoscope s’est encore bien planté, pas d’évolution de carrière, je resterai le troufion de service.

Et pourquoi cela ? En partie pour mon caractère de passionné qui fait que je m’amuse presque plus que les enfants dans mon travail mais aussi parce que selon un collègue qui m’a dit ça la semaine dernière, je me mets dans une position de dominé.

Je n’aime pas ce vocable de dominant dominé, j’aime l’éthologie et les parallèles qu’elle fait entre les comportement animaux et humains, mais non je n’estime pas être un dominé.

Cependant au bout du compte je sais d’où vient le problème, malgré les années, les diplômes, mon expérience, je me sens encore comme un intrus dans ce métier qui faute de vraies bases communes n’en est pas vraiment un.

En attendant d’y arriver et bien plus ça change plus c’est pareil, plus je gagne en expérience, en connaissances théoriques et pratiques sur mon métier, moins je suis respecté et plus mon orgueil est blessé. Ma petite fierté je m’en fiche un peu, je suis là pour faire un travail et ramasser un salaire, mais tout de même certains soirs je suis un peu froissé.

N’en déplaise à mon horoscope de ce matin.

Quel bordel…

Je rentre d’une journée de formation, demain l’école est fermé mais si les routes sont praticables je dois aller en formation… Bref c’est le grand n’importe quoi… Je vais me coucher tout de suite car demain je vais devoir me lever très tôt pour faire le point sur la situation.

Un retour remarqué !

Chaque fois lorsqu’elle revient on y croit pas et au début ce sont les cris de joie des enfants dans la cour de récré (ce ne sont pas les enfants de mon groupe) qui nous rappellent à quel point la neige c’est sympa lorsque l’on est un enfant.

Puis arrive le moment du départ des véhicules et taxis et là c’est tout de suite moins marrant…

Une heure pour faire un trajet que d’ordinaire je fais en 25 minutes !

Plus personne ne sait conduire sur la neige, plus grand monde est équipé en ville. Du coup ce sont de longues chenilles de véhicules évoluant en seconde qui bloquent les routes…

Et arrivé sur mes hauteurs là où il fait moins 5 à 17h30, il faut jouer à « On se rappelle où est la route » où à « Est-ce que je suis sur la voie de droite ? » pour les moins forts.

Du coup au bout de tout ça on est content d’être rentrés et on ne reste pas sur l’ordi, on va se coucher pour décompresser. Alors bonne nuit ! PS : Le lendemain l’école était fermée je suis resté au chaud !

Pôle rural

Aujourd’hui c’était les ateliers de Noël à l’école. J’ai assemblé une soixantaine de sapins alors que j’ai une bronchite qui m’empêche de dormir la nuit. Pas plus de détails car c’est très dégueu… Bon voilà, j’ai réussi on peut passer à la suite !

La suite au boulot va couler de source, ce sera deux jours de festivités avec des enfants surexcités mais dont la joie sera communicative.

Mais la grosse actu du jour ce n’est pas ça, non, loin de là !!!

Figurez-vous que mon village avec les autres villages du plateau est devenu ce soir un pôle rural !

Alors oui j’ai bien du mal à y croire en écrivant cela mais je dois m’en faire une raison nous disposons à présent d’un petit supermarché proposant plus de 10 000 références avec un rayon boucherie et aussi des pompes à essence !!! 😯

Ce soir c’était l’inauguration, on y allait en mode touch and go, caisses fermées, pas de pain, c’était juste pour attirer le client.

J’ai eu une grosse envie de tuer l’animateur qui surjouait en vendant avec exagération et enthousiasme de façade les mérites de ce nouveau commerce. Il était si stupide et énervant que j’ai du combattre l’envie très forte de lui exploser le ventre avec des coups de pieds.

Une fois ce nouveau défi relevé (oui lutter contre mes pulsions et assembler 60 sapins ce sont des exploits !) 😆 Je me suis mis à réfléchir aux conséquences de l’ouverture de ce grand commerce.

En premier lieu je pense que notre village est en train de devenir un pôle rural mais bon cette désignations n’existe plus depuis 2011 alors peu importe, elle dénote quand même un changement de rang des villages du plateau qui se retrouvent enrichis par ce nouvel équipement de convenience.

En second lieu je pense que la boulangerie du village a de quoi se faire du soucis car le pain qui sera vendu en supermarché sera de qualité égale voire supérieure à celui qu’elle vend aux villageois qui ne se rendent même pas compte qu’ils achètent du pain de supermarché dans une fausse boulangerie. Maintenant les choses seront claires, on achètera du pain de supermarché dans un supermarché à un prix de supermarché. La boulangerie du village va donc beaucoup perdre et peut-être fermer et ce sera une bonne chose.

Enfin vu les prix je pense que ce commerce sera surtout visité par les suisses et les riches du plateau, ceux qui ont accès aux soins. Mais bon en ce qui me concerne je serai bien content d’avoir un commerce à 1,3km, ouvert le dimanche matin si j’ai oublié un truc pour le repas de dimanche.

Au final je pense me réjouir de l’ouverture de ce grand magasin. Nous n’avons jamais eu ça au village ! Je suis tout de même impatient de voir ce qui va se passer concrètement. Comment les gendarmes vont gérer les collégiens qui vont tenter de voler ou d’acheter de la bière, qui va vraiment aller faire ses courses dans ce supermarché et bien sûr tous les changements bons et mauvais que ce commerce luxueux introduira dans nos vies. 😎

70 ans…

La semaine dernière le courrier n’a été livré que vendredi, en rentrant du travail vendredi soir j’ai donc reçu une énorme quantité de lettres et de pubs et dans celle-ci une lettre que j’aurai souhaité ne pas recevoir ces temps-ci. 😥

C’est la lettre de suivi des décomptes de mes trimestres de retraite.

Bon alors allons-y directement, j’ai 50 ans et je dois 79 trimestres à cet état pour avoir une retraite à taux plein. Je fais un rapide calcul ça veut dire que je pourrais partir en retraite l’année de mes 70 ans ! : shock:

La bonne nouvelle c’est que mon employeur s’est engagé pour le maintien des seniors dans la boite jusqu’à 70 ans (comme par hasard) Mais bon, comment vais-je gérer ce que je gère en ce moment dans un corps 20 ans plus vieux ?

Donc là je n’ai plus le choix, je vais vraiment devoir perdre du poids pour commencer.

Je pourrais aussi me laisser mourir pour échapper à ce que je subis en ce moment, mais non, j’ai si envie de me réveiller un jour sans avoir à me lever ni à préparer un truc pour le travail, que j’ai vraiment envie de prendre soin de moi pour atteindre ce rêve.

Hélas entre l’actualité nationale et internationale et ce que me réserve mon corps stressé et fatigué, je me dis qu’au fond je n’ai plus pour longtemps à me poser ce genre de questions. Je vais donc faire une nouvelle tentative de régime dès janvier mais sans me stresser car oui, au fond, je ne pense pas trainer encore longtemps ici bas… 🙄

Brrrr acte 3 : Chuis dans le mal…

Ce soir bien enrhumé et la journée de boulot avec les courants d’air n’arrange rien, je vais donc renoncer à écrire ce que je voulait écrire ce soir, une interrogation sur le rôle des réseaux sociaux dans l’amplification des haines et l’instrumentalisation des faits divers sans éléments vérifiés…

Donc non pas de politique ce soir, juste vodka poivre

Encore…

Déshumanisé

Dimanche j’ai emmené ma mère au cinéma pour voir le très beau film inspiré de la vie et du combat de l’abbé Pierre. A la fin de la séance le public de la salle a applaudit ! Chose que j’ai rarement vu dans un cinéma mais bon, passons.

En ce qui me concerne ce film a été plutôt compliqué à voir et à gérer. D’ailleurs je ne pense pas avoir applaudit. En vérité ce film m’a mis mal à l’aise, non pas à cause de la détresse humaine si bien portée à l’écran mais bien parce que je me suis rendu compte qu’au fond la détresse des gens je n’en ai plus rien à foutre. Voilà c’est dit, c’est carré c’est fait. Mais bon, je veux être clair, je n’aime pas ce sentiment noir et oppressant. Ce soir je me sens comme un pompier pyromane et ça ne me plait pas.

Toutes ces années de travail social, tous ces amis qui ne font que profiter de ce que je peux leur apporter et qui au fond n’aiment pas être avec moi, ces 50 années passées sans que personne ne m’ait jamais dit « je t’aime » font qu’aujourd’hui je suis devenu indifférent aux souffrances humaines. Lorsque je pense à mon avenir qui va être marqué par la souffrance la solitude et heureusement la brièveté, je sais que personne ne sera là pour moi, donc pourquoi œuvrer pour les autres ? Ces jours-ci je porte ce sweat shirt noir pour faire justement passer ce message, hélas vu que personne ne comprend la référence croisée, personne ne pourra non plus capter le message qui est derrière.

Heureusement qu’au travail face aux enfants, je ressens encore un peu d’empathie face à la maladie mentale et que je fais de mon mieux pour les aider. Peut-être que l’explication de ce dédain pour l’humain que je ressens est au fond une façon de me protéger de leurs troubles psychiques qui finissent par m’user à force de les gérer au quotidien ? Ce sentiment de désintérêt se manifeste néanmoins bien plus clairement pour les enfants moins en difficulté que j’accompagne. Je me rends compte que lorsqu’ils grandissent et deviennent ingrats voire insolents, j’ai bien du mal à leur pardonner. Les parents c’est encore pire vu tout ce qu’ils ne veulent pas me dire et ce qu’ils disent de moi devant leurs enfants… Marre de ces mensonges, de ces hypocrisies érigées en règle de vie tacites.

J’écris ça ce soir, mais peut être que demain cette crise sera passée, sinon comment redevenir charitable au sens noble et oublié du terme ? Comment retrouver au fond de moi ces sentiments d’amour de compassion et ce désir d’être au service des autres indépendamment de toute forme de rétribution ? Comment retrouver foi en une humanité pour qui je n’existe pas ? Et au fond pourquoi le faire ? Est-ce que être plus humain va m’aider à mieux faire mon travail ? Et bien non, car de ma place de déshumanisé j’ai un regard bien plus objectif sur les relations humaines et je trouve que ne m’attacher à personne est plus honnête pour les autres qu’une relation mensongère.

Si je n’étais pas si vieux, je me serai reconverti dans la protection de l’environnement et je serai parti en mission seul pour protéger ce qu’il reste de vie sauvage et de biodiversité, mais même pour ça je dois être en relation avec d’autres humains et de toute façon je suis trop vieux et en mauvaise forme pour considérer cette carrière.

Non, je pense que ma seule planche de salut va être dans les livres, c’est sans doute en relisant les oeuvres de certains philosophes comme Pascal que je vais me souvenir de ce qui faisait sens pour moi et des valeurs qui soutenaient mes engagements professionnels et personnels avant que ces années de plomb ne me transforme en monstre froid et indifférent.

Oui, ça et un petit câlin sincère, ça pourrait aider… 😆