Chemise rose

190409

Chaque semaine, lorsque vient le moment de rédiger mon billet du mardi, je me laisse aller et je commence à écrire avec mon clavier sans mettre de titre. C’est toujours assez amusant, voire excitant, de voir où mes pensées vont me conduire et sur quelle actualité ou quel sentiment personnel va se construire le sujet de ce mardi.

Cette semaine cependant, pas besoin de réfléchir pendant des heures, mes doigts pleuvent sur le clavier avec une vitesse peu ordinaire pour faire sortir quelque chose de lourd et de pesant; mon impuissance face aux souffrances des enfants dont je m’occupe.

Bien loin de moi l’idée de vouloir sauver le monde. Non, je n’ai pas le complexe du messie et je suis d’accord pour dire que le travail d’un éducateur n’est pas de se substituer aux parents des enfants mais de travailler avec eux, si ils sont d’accord, pour les soutenir dans leur parentalité. C’est ce que j’ai encore fait aujourd’hui.

Mais une fois ceci dit, il faut bien se rendre compte de la réalité des choses. Sur un groupe de 12 enfants en situation de handicap mental, j’accompagne aussi bien des enfants présentant des troubles du comportement qui se traduisent par des crises violentes, des enfants présentant une psychopathologie ou des troubles de la personnalité, des enfants présentant une grande immaturité affective donc relationnelle, des enfants déficients, d’autres qui ne le sont que du fait d’un manque de stimulation…etc… Bref, un important éventail de difficultés diverses pour lesquelles nous devrions donner une solution au cas par cas et non tenter de répondre de façon globale. Mais voilà nous sommes deux et en dépit de notre expérience et de nos efforts, nous n’avons toujours pas réussi la quadrature du cercle.

Ainsi du coup je me rend compte de mon impuissance surtout lorsque comme en ce moment, les enfants cessent de progresser faute d’une réponse vraiment adaptée et personnalisée apportée à leurs problématiques.

Au final je les vois se débattre avec leurs difficultés comme des alpinistes en train de dévisser sur une falaise alors que moi je n’ai qu’une seule corde bien usée à leur tendre.

Leurs souffrances m’inquiètent et leurs avenirs  me préoccupent. Le tournant ultra libéral du gouvernement actuel qui veut tous les mettre avec le moins de moyens possibles dans les écoles ordinaire pour réduire les dépenses publiques tout en prétextant une vision humaniste, m’inquiète encore plus.

Donc non, une fois de plus je ne veux pas sauver le monde, j’aimerai juste avoir un peu de soutien et des conseils pour faire avancer les choses et réduire les difficultés. Travailler l’autonomie et l’expression comme je le fait depuis des années ne suffira pas pour les aider à trouver un peu plus de stabilité et de bonheur.

Et en attendant des jours meilleurs je compatis au sens étymologique du terme, c’est à dire que je souffre avec eux en partageant en silence leurs diverses douleurs.

Parfois je me dis que je devrais porter des chemises roses pour symboliser le fait que je ne suis qu’une feuille de papier hygiénique que l’on sert pour torcher la misère du monde jusqu’au moment où recouvert de toute cette merde je ne finisse par craquer… Mais bon, la dépression ça je me l’interdit car ça n’aiderait pas plus les enfants pour qui faute d’être un éducateur miracle, je reste au moins un point de repère important.

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