Trash week : Mes années pourries

Lorsque j’étais à la Fac dans les années 90, Internet faisait ses premiers pas et était disponible pour les étudiants qui pouvaient le consulter sur des ordinateurs situés dans la grande bibliothèque universitaire.

C’est là que j’ai créé ma première adresse mail sur hotmail.com (adresse que j’ai encore) mais c’est aussi là que j’ai découvert en écoutant les rumeurs, le site Internet le plus répugnant qui puisse exister. Ces pages étaient regroupées dans un domaine dont le nom à lui seul était un programme : « rotten.com » en clair pourri.com. Sauf que « rotten » en anglais est un mot bien plus fort que le mot français « pourri » l’idée de mort marquant profondément l’acception de ce terme.

Ce site était alimenté par des médecins, des policiers et d’autres professions qui s’exercent dans des contextes macabres et ces personnes au mépris total de toutes déontologie envoyaient des photos vraiment atroces.

Du coup regarder rotten.com avec les copains était un peu comme un jeu idiot d’adolescent attardé, un jeu auquel j’ai participé non pas pour faire partie de leur bande mais bien pour faire un travail sur la réalité physique et psychologique de ces sacs de viande en lente putréfaction que l’on nomme les humains.

Je me souviens avoir vu des crânes éclatés comme des pastèques, avoir lu des histoires de morts atroces ou stupides, bref je me souviens de ces jours pendant lesquels j’ai nagé dans ce que l’humanité a de pire sans que cela ne m’affecte car je le faisais à petite dose avant de finir par cesser de le faire en comprenant que j’avais fait le tour de la question, que je n’étais pas un voyeur malsain et que mes défenses psychiques et mes facultés de résiliences étaient montées au maximum.

Ce flirt avec l’innommable aura duré pendant 20 ans et aujourd’hui il ne reste plus que quelques articles sur wikipédia et des captures d’écrans de la page d’accueil. On trouve bien quelques archives ça et là mais plus aucun morceau authentique de l’ancien site censuré par le gouvernement américain qui a interdit à juste titre le contenu (obtenu de façon illégale) du site jusqu’à son extinction totale en octobre 2017.

Aujourd’hui avec le recul je me dis qu’en dehors des questions morales et déontologiques soulevées par l’existence de ce site, ces pages n’étaient au bout du compte qu’un freakshow moderne. Dans un pays étouffé par son puritanisme à deux vitesses et où l’idée de mort est niée de très nombreuses façons, consulter ce site était doublement transgressif et donc très jouissif.

Le problème c’est que ces pages étaient référencées par les moteurs de recherches et encore plus par les rumeurs étudiantes, du coup de nombreux esprits jeunes et fragiles ont été exposés à des images et à des idées pour lesquelles ils n’étaient pas prêts.

Alors au moment de conclure cette page consacré à un site qui n’existe plus, et bien je me dis que pour une fois c’est une bonne chose. Que rotten.com finisse de pourrir en enfer, Internet ne s’en porte que mieux. 🙄

3 réactions sur “Trash week : Mes années pourries

    • Et on ne parle pas des badauds qui se massent sur le lieu d’un événement violent ou funeste pour faire des photos ou des vidéos avant de les envoyer sur les réseaux sociaux dans le but de faire le buzz ou de se faire de l’argent facile. En même temps, moi qui porte toujours un appareil photo autour du cou, qu’aurai-je fait si j’avais été sur la route qui longe l’aéroport quand le dernier Concorde s’est écrasé peu après son décollage ? Du coup je serai peut-être moins prompt à juger… ces charognards ! 😆

      Aimé par 2 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s