En quête de sens

Le fait de vivre avec une personne âgée en plein processus de sénescence est une perpétuelle souffrance ainsi qu’une source d’inquiétude lorsqu’il s’agit d’un membre de sa famille proche. Hélas c’est aussi un appel à s’interroger sur la façon dont je vais vivre ma propre vieillesse, si j’en ai une (ce qui est loin d’être sûr) et sur, n’ayons pas peur des mots, le sens de ma vie.

Et si pour une fois, allez disons juste ce soir, nous tentions de voir les choses en face ? Nous naissons en sortant d’un trou puis en vieillissant nous nous rapprochons doucement d’un autre trou creusé dans le sol avec la consolation d’avoir enfin son nom gravé dans le marbre. Une existence dominée par une seule perspective; celle de l’abîme.

Car oui, ne faisons pas comme ceux qui semblent penser que la mort est un choix qu’il suffirait de ne pas faire mais au contraire embrassons-là sans crainte comme cela était le cas dans le monde d’avant où elle avait sa place parfois célébrée à travers certains rituels.

Accepter la mort ce n’est pas penser à elle tous les jours ni déprimer, c’est au contraire être heureux de se réveiller chaque matin pour avoir une nouvelle journée pour trouver un sens à nos existences.

Certaines personnes se tournent vers la religion et tentent de faire le bien autour d’elles pour gagner une place vers le monde d’après. Je ne vais pas lancer le débat sur les religions vu que je suis plus ou moins chrétien mais je peux sans hésiter supprimer la piste religieuse du sens de la vie pour une raison simple : personne n’est apte à déterminer ce qu’est le « bien » pour autrui. Kant écrivait que  » Vouloir le bien d’autrui est la pire des tyrannies » et je suis bien d’accord avec Manu vu que j’avais écrit cette phrase sur un des panneaux de mon ancienne salle éducative.

Une autre piste celle des biens matériels est encore plus facile à éliminer comme but à atteindre dans sa vie. Amasser des trucs en répondant à des besoins créés par un modèle capitaliste autodestructeur procure un peu de joie mais jamais de bonheur et ne peut être un but dans la vie.

Avoir des amis aimer ? Là encore je raye de la liste car pour moi un meilleur ami ce n’est qu’un pire ennemi qui ne m’a pas encore trahi et faute de n’avoir jamais été aimé, pour moi le sentiment amoureux n’est qu’une forme de psychose permettant à deux personnes d’oublier quelques temps la réalité de leurs solitudes existentielles. Tous ces liens que l’on tisse dans une existence ne sont que des étincelles d’espoir dans le vide de nos vies et en dehors des amours imaginaires magnifiés dans les arts, ne survivent que le temps de passer à d’autres liens qui connaitront le même sort.

Fonder une famille ? Non ce mioche que tu attends devant la maternelle ne changera pas le monde même si c’est ce qui est écrit sur le T-shirt que tu lui a acheté, il ne fera que cracher son CO2 pendant quelques décennies et finira par trahir tous tes espoirs après avoir renié toutes les valeurs que tu auras tenté de lui transmettre. Alors bravo à ceux qui ont encore le courage de faire ce choix courageux, mais pour moi perpétuer l’espèce et transmettre mes gènes n’est pas non plus un sens à la vie.

Et là il reste quoi pour un type comme moi un peu trop lucide et désenchanté ?

Et bien il reste ma philosophie personnelle, mon unique raison de vivre et d’attendre le lendemain. Je vais donc vous donner ce qui pour moi est le vrai sens de la vie. Rien que ça !

Avouez que vous ne vous attendiez pas à ça ce soir ! :mrgreen:

Cependant bien loin d’être une blague cette théorisation et le modèle qui en est la suite logique est le fruit d’une déconstruction des mythes humains. J’ai donc mis à plat notre condition pour regarder ce que nous pouvions faire dans les limites réelles qui sont les nôtres.

Pour moi le sens de la vie se résume en trois verbes :

  • Expérimenter : c’est à dire découvrir de multiples choses à travers ses sens, nourrir chaque jour sa curiosité et garder sa capacité à s’émerveiller pour avoir envie de faire de nouvelles expériences donnant naissances à de nouveaux ressentis.
  • Apprendre : c’est donner du sens à ces ressentis les comprendre, les intellectualiser et les organiser, capitaliser les expériences pour au final comprendre et acquérir de nouvelles aptitudes et connaissances sources d’épanouissement, de compétences personnelles et de petits moments de bonheur.
  • Transmettre : car oui avec ou sans descendance, le devoir de chaque être humain c’est de passer le relais, c’est à dire permettre à d’autres qui le souhaitent de suivre nos cheminements voire nos passions. Nous en tirons une certaine reconnaissance au sens philosophique donné par Paul Ricœur et nous permettons à d’autres personnes d’acquérir dans un premier temps nos connaissances et nos techniques avant qu’elles les fassent évoluer, progresser ou disparaitre pour les adapter aux nouvelles réalités des générations suivantes.

Le sens de la vie c’est aussi simple que cela ! En plus de cela mon modèle que je nommerai eatéiste ( EAT : Expérimenter, Apprendre, Transmettre car oui les acronymes c’est trop tendance) fonctionne selon une dialectique simple, logique et efficace et est emprunt d’altruisme. C’est aussi un modèle profondément humaniste et philanthrope vu que pour expérimenter, apprendre et transmettre on a forcément besoin d’autres personnes. L’eatéisme est également foncièrement égalitaire car pour progresser l’humanité a besoin de toutes les participations eatéistes aussi modestes soit-elles. Découvrir et partager le remède contre une maladie grave et découvrir et partager le moyen de nettoyer les taches de ketchup sur les habits sont tous deux des apports eatéistes qui font progresser l’humanité car dans le futur on voudra vivre sans maladie et propres ! 😆

Bon c’est trop abstrait ? Vous voulez un exemple d’eatéisme? Et bien tiens… Prenons la musique… Tout petit j’ai expérimenté la musique en l’écoutant et plus tard en cherchant à la faire couler de mes doigts j’ai commencé à l’étudier en apprenant auprès de plusieurs professeurs et à présent à mon petit niveau je transmet à la fois ma passion pour cet art et j’apprends aux enfants qui en font la demande et pour qui cela a un sens à jouer d’un instrument ce faisant je transmet mon savoir à des enfants qui plus tard continueront peut-être à étudier la musique en se rappellent de leur vieil éducateur…

l’eatéisme tel que je l’ai théorisé ce soir est bien sûr une philosophie personnelle qui combinée à la « get down on it » attitude évoquée la semaine dernière me permet de survivre d’avancer et d’espérer. Mais faites donc l’exercice vous-même je suis sûr que vous aussi vous avez déjà expérimenté une démarche aeatéiste. Et franchement cela n’est-il pas un formidable outil (et peut-être le seul vraiment viable) pour continuer à espérer tout en donnant un sens à nos existences ?

Bon, vu que je viens de résoudre une des grandes énigmes que l’humanité s’est posée je pense avoir le droit d’aller boire une bière sur mon balcon en regardant les vaches qui au lointain vont à la traite du soir. Non ce n’est pas très eatéiste comme démarche sauf si je parviens à intellectualiser et à partager les petits moments de bonheurs qui sont logés dans ce rituel des bonnes journées. 😎

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