Archive de dentisterie

Archive du lundi 4 février 2008

Cher Francis,

       Aujourd’hui mon ami le dentiste a commencé les travaux pharaoniques dans ma bouche. Je ne vais pas revenir sur les liens très spéciaux qui m’unissent à ce praticien ni te raconter ma séance de torture d’aujourd’hui. Non, je voudrais te parler d’un endroit stratégique de tout cabinet dentaire ; la salle d’attente.

Lorsque que l’on va chez le dentiste, aussi adulte que nous soyons, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir peur. Peur de souffrir ( les produits anesthésiants ne sont pas si efficaces que ça) peur d’une mauvaise nouvelle (Une infection) et bien sûr peur de devoir payer très cher des soins non prévus (dents a couronner). En ajoutant les mauvais souvenirs d’enfants et les phobies diverses, tu as un tableau presque complet.

Confronté à ses peurs, l’être humain a toujours cherché à s’organiser en groupe afin d’être moins vulnérable. C’est le bon vieux principe d’agrégation, cette pulsion surgie de notre inconscient qui pousse un type à installer sa serviette à coté de la votre sur une plage vide et immense. Chez le dentiste ce comportement se traduit par une socialisation compulsive.

Dans la salle d’attente, les personnes ne se connaissant pas et appartenant souvent à des milieux sociaux très éloignés se mettent à nouer des conversations de façon spontanées. Ces discussions finissent toujours par s’articuler autour des soins dentaires et permet ainsi aux condamnés à la torture d’échanger des mots et de mettre du réel rassurant sur ce qui les attend.

A chaque fois je souris en voyant les expressions que prennent les personnes quand viennent leur tour. Appelées par l’assistante il se lève posent le magazine sur la table basse, saluent d’une voix basse l’assemblée et partent en traînant les pieds dans un silence qui semble dire « Bon, j’y vais, souhaitez-moi bonne chance ». Les autres regardent le ou la condamnée avec des yeux émus exprimant  un sentiment d’appréhension partagé. Le cabinet du dentiste est un haut-lieu de l’empathie humaine.

 Une fois le soin terminé ils sortent tout contents d’avoir survécu et de passer à autre chose.

Quant à moi, le mec bizarre qui joue avec son portable et photographie très peu discrètement le cabinet (photo ci-dessus prise ce soir), je ne dois compter que sur mon propre pouvoir de rationalisation de la douleur pour ne pas paniquer vu que je ne suis que très rarement interpellé par les autres patients. Mon autre atout c’est l’humour. Un humour souvent très décalé. Exemple d’aujourd’hui : mon dentiste me fourre une pâte bleue dans la bouche pour prendre les empreintes pour mes couronnes, alors je recrache encore des morceaux de cette saleté je lui dis : Purée on dirait que j’ai bouffé un Schtroumpf !

C’est bizarre sur le moment ça m’a fait pas mal rire et lui aussi alors que là je trouve le gag plutôt moyen… Il faut croire que j’étais stressé et que j’avais besoin de rire pour décompresser. En effet je dois l’avouer, je suis un grand douillet des dents.

14 ans plus tard mon ami le dentiste est décédé et c’est devenu très dur d’avoir un rendez-vous. Désert médical, ophtalmologique et stomatologique! Du coup cet article à la saveur amère des regrets. 😥

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