Bénévolé ?

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Ce dimanche comme chaque année j’étais bénévole pour un repas annuel associatif. J’ai une fois de plus tenu mon rôle de barman d’un jour en servant tout en tenant la caisse le tout en mangeant seul à ma table de bar pour offrir une continuité de service (et aussi pour ne pas avoir à faire la conversation, bien sûr).

Je suis bénévole depuis que je suis adolescent pour quêter, donner des coups de main divers, bref pour faire vivre les associations auxquelles j’ai adhéré.

Aujourd’hui il ne reste plus grand chose de ces associations qui se sont éteintes avec les personnes qui les portaient et faisaient consensus. En fait au village il n’en reste qu’une à laquelle on m’a fait adhérer depuis que je suis enfant. Par contre, ses demandes sont toujours très pressantes et comme les personnes en capacité d’y répondre sont très peu nombreuses, je suis donc assez souvent sollicité.

Jusqu’à cette année je trouvais cela gratifiant, j’en tirai même une certaine reconnaissance en me disant qu’en voyant mon engagement, les gens du villages me pardonneraient ma double faute (ne pas être marié et faire un métier non manuel). La journée du repas associatif était donc une vraie fête pour moi et je faisais mon travail avec le plus grand professionnalisme amateur possible.

Mais cette année quelque chose est venu ébranler mes convictions en nourrissant fortement mes doutes sur mes missions de bénévole.

En premier lieu la gestion des fonds est de plus en plus opaque et aucune démarche des autres bénévoles pour tenter d’avoir plus de transparence n’a jamais abouti. En ces temps où tout le monde se méfie des autorités et voit des abus de pouvoir et des détournements de fonds partout, cette politique d’opacité est plus que malvenue, la personne qui gère l’argent a beau avoir un certain statut, elle n’en reste pas moins à l’abri de soupçons comme ses pairs pour d’autres raisons bien plus médiatiques et sombres.

En second lieu je m’interrogeais depuis un certain temps sur le sens que cela avait de donner de son temps et de sa force pour une association qui n’a pas vraiment de cause. Autrefois je trouvais qu’elle avait une grande importance pour générer et entretenir le lien social mais à présent nous en sommes plus qu’un petit groupe pratiquant un entre soi illusoire.

Enfin, sur un plan plus personnel l’envie de faire des choses pour moi en me faisant plaisir devient de plus en plus pressante et me freine à prendre d’autres engagements.

C’est dans ce contexte de doutes et de réticences qu’est survenu un incident qui me fait réfléchir avec amertume à ces plus de 30 ans de ma vie de bénévole : Lors d’une réunion de préparation du repas, une des bénévole a proposé que ses petites filles viennent aider au repas associatif mais moyennant une rémunération.Encore plus incroyable, cette demande n’a pas été rejetée par les autres bénévoles.

Incroyable ? J’exagère ? Et bien non, du moins pas de mon point de vue car cette situation a été comme une baffe pour moi. Faire une telle demande pour des gamines qui ne sont pas dans le besoin c’était comme cracher sur les engagements des bénévoles (et du mien en particulier) qui travaillent pour organiser cette fête en payant même leur propre repas. L’absence de condamnation immédiate et non équivoque de cette demande venait de me révéler l’absurdité de notre bénévolat qui, faute de convictions partagées et réelles, ne pouvait lutter contre une logique de marché.

En clair si cette association avait été une association de lutte pour l’environnement avec des personnes toutes concernées par l’avenir de la planète, cette demande n’aurait même pas pu être formulée. Mais là, s’agissant d’un repas paroissial et en présence d’une communauté vieillissante et clairsemée, tout devient possible.

Cela explique un peu ma tête sur la photo, dimanche je ne me sentais pas bénévole c’est à dire homme de bonne volonté mais bénévolé (bien volé, bien eu), jeu de mot pour traduire le fait que je me suis fait peut-être volé pendant tout ce temps en donnant sans jamais vraiment recevoir.

Au final je me demande déjà ce que je ferai l’année prochaine. Si le repas existe encore je réfléchirai sans doute avant de m’engager et je ferai aussi valoir mes demandes égoïstes. Tant pis pour ma réputation qui de toute façon n’a jamais été brillante. Faute d’être respecté par des gens qui m’importent peu, je serai au moins un peu moins pauvre et surtout beaucoup moins crétin. 😈

 

Reconnaissance

Dans ces pages je ne cesse de grogner de me plaindre et de rapporter des choses négatives et/ou angoissantes.

Et bien ce soir si c’est ça que vous êtes venus lire vous n’avez qu’à passer votre chemin car cette semaine le programme a changé ! Il est temps d’évoquer quelque chose de sympa et de positif qui vient de m’arriver.

Alors voilà, j’ai donné un coup de main à une maitresse pour une opération artistique pour sa classe (la fameuse grande lessive) et du coup elle a été si touchée que je prenne du temps pour faire faire des photos à ses élèves qu’elle a eu l’idée de me remercier avec un joli geste:

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Et oui, les enfants de sa classe sous sa direction m’ont fabriqué un joli appareil photo avec des messages de remerciement au verso. J’étais vraiment à la fois touché et heureux de recevoir ce petit bout de carton.

Et pourquoi ça ? Et bien parce que ce geste est une preuve de reconnaissance, quelque chose que l’on ne rencontre plus beaucoup de nos jours où le fait de prendre du temps pour les autres sans rien attendre semble être devenu une absurdité qui ne mérite que des quolibets.

Si je dis ça c’est que je suis sous le choc après avoir entendu une habituée de la vie associative demander que l’on paye ses petites filles pour qu’elles servent à un repas. Cette demande a été un vrai tremblement de terre pour moi et mes convictions déjà ébranlées.

Du coup recevoir cet appareil photo en carton et la reconnaissance qui va avec, me permet de reprendre confiance en l’humanité et en mon propre engagement.

Purée, ça fait du bien d’écrire quelque chose de positif, pour une fois… 🙄

Grosse fatigue

Voici deux semaines et demie que j’ai repris le travail avec le soutien d’un collègue et un  emploi de temps de rêve mais rien n’y fait, je suis encore plus fatigué car il y a tant de choses à faire aujourd’hui et demain que je commence à désespérer d’en voir la fin.

Je vieillis

Et là je vais aller m’étendre…

bed

Strange days…

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Œuvre d’une jeune fille autiste tentant de répondre avec l’aide d’un éducateur décontenancé à des consignes orales complexes

Aujourd’hui j’ai passé presque toute la journée à accompagner des enfants de mon groupe et de l’autre dans les classes « normales » de l’école. Le matin avec la petite c’était génial et ça avait beaucoup de sens, l’après midi avec mon petit démon ça a aussi été très intéressant mais en seconde partie d’après midi c’était une autre histoire…  🙄

Je travaillais pour la première fois avec une jeune fille relevant de trouble autistiques sévères et envahissants. Elle était assise à ma gauche tandis qu’une petite fille de mon groupe très angoissée, faisait sa découverte de l’intégration dans une classe de l’école.

L’enseignante avait préparé un exercice avec des consignes écrites (les enfants que j’accompagne ne sont pas lecteurs) faisant appel à des notions personnelles et à l’imaginaire ce qui était exactement à l’opposé des capacités de la jeune fille autiste, pauvrement aidée par moi éducateur de plus de vingt ans d’expérience découvrant la problématique de l’autisme sévère.

La jeune fille commença a émettre des sons parasites, des petits cris et tout un tas de bruits de gorge comme si elle découvrait son organe vocal. La classe était devenue un plateau de film d’horreur.

Je peinais à la calmer et à lui intimer le silence, je le faisais avec beaucoup de calme car je sentais qu’elle était comme perdue et surtout très angoissée de se retrouver loin de ses repères géographiques et humains ( pas sa salle et pas les adultes avec qui elle travaille).

Les enfants, comme tous les enfants, riaient de ses bruits.  Je pris alors la parole pour leur expliquer avec des mots simples que la jeune fille était différente et que ses difficultés créaient de l’angoisse et l’empêchaient de contrôler ses émotions et de se contenir. Vu que ce sont des braves gosses, ils me comprirent tout de suite et cessèrent de rire et de prêter attention à la jeune fille.

C’est alors que le délire monta encore d’un cran et que le profond sourire que j’avais en moi (car oui je trouvais la situation très drôle) commença de se former sur mes lèvres.

<car oui, c’est à ce moment que la maitresse décida de brancher un ordi et de lancer une playlist sur You Tube, une playlist de musiques de films dramatiques et mélancoliques ! L’ambiance était devenue très marrante, à ma gauche je devais rassurer, calmer et faire travailler la jeune fille autiste, à ma droite la petite fille angoissée avait besoin de moi à chaque coup de crayon et devant moi un gamin qui fait partie de la classe mais a aussi quelques difficultés me demandait de l’aider car il s’était trompé dans la consigne. Et tout ça avec une musique très présente de film mélodramatique… J’avais l’impression d’être dans le film Rain man… 😆

Car oui, je me serai vraiment cru dans un film tant la situation était ubuesque, j’avais une énorme envie de rire devant cette chose ridicule et dénuée de sens qu’était devenu à cet instant mon métier mais je me contentais de sourire en pensant à quel point ce serait drôle de raconter cela à mes collègues et sur ma page ce soir.

Une fois passé un gros fou rire au volant sur la route du retour je me dis que je dois tout de même faire un bilan de tout ça. Je pense d’une part que je dois certes acquérir des techniques spécifiques pour accompagner les enfants relevant de troubles autistiques sévères mais que je dois aussi pousser l’équipe à s’interroger sur le bien fondé de lancer une nouvelle séance d’intégration pour une jeune fille en grande difficulté en lui enlevant en même temps les lieux et les personnes qu’elle connait et tout ça en m’empêchant d’accompagner correctement une autre petite fille qui elle aussi pourrait tirer quelque chose de ces séances d’intégration. Enfin bon, pendant ce temps là, c’est à dire pendant que je tente d’intégrer deux enfants avec de grosses difficultés, l’enseignante avec laquelle je travaille lutte avec sept enfants également très perturbés. Du coup nous nous rendons compte que ces initiatives d’intégration personnalisées ont un prix très lourd pour les autres enfants qui du coup sont moins accompagnés.

Ces séances d’intégration se nomment « scolarité partagée » alors ce soir après avoir vu le meilleur et le pire de ce dispositif je suis moi aussi très partagé… :mrgreen:

 

Reprise

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Aujourd’hui c’était la reprise, la vraie. J’ai retrouvé une douzaine d’enfants plus ou moins en bonne forme plus ou moins comme je les avait laissé il y a un cinq semaines. C’était aussi le moment de revoir les parents et de n’avoir pas grand chose à leur dire vu que les autres parents sont autour, bref encore une journée un peu bizarre et inutile dans la vie d’un éducateur qui fait ce métier depuis une vingtaine d’années.

J’ai censuré le reste du texte…

Trop pessimiste pour un si beau jour de rentrée.

Mes vacances : l’heure du bilan

tabihito

Ma dernière semaine de vacances est déjà bien entamée, c’est donc l’heure du bilan de cet été un peu spécial.

Pour la seconde fois en plus de vingt ans, je ne suis pas parti en vacances. Car comme je vis avec une mère âgée qui ne peut plus se déplacer facilement et qui n’y trouve plus son compte, je suis donc resté à la maison pendant un peu plus de 5 semaines.

Je devrais être dévasté, déprimé de ne pas avoir profité de la mer et de la plage où j’aime observer les comportements étranges des autres humains, mais en fait non. C’est même loin d’être le cas et à la lumière de mon expérience et suite à mes réflexions, je vais jusqu’à considérer peu à peu que les seules vraies vacances sont des vacances chez soi.

Pourquoi donc partir ? L’explication du masochisme latent imposé par notre culture de la souffrance que j’ai avancée dans cet article ne peut pas à elle seule justifier que toute une partie de la population se rue en même temps sur les mêmes routes pour partir en vacances. Le transport est déjà une souffrance en soi et arrivés sur place que fait-on ? On se fait arnaquer par des vendeurs qui proposent très chers des produits locaux artisanaux qui sont en fait fait très loin et en usine. On souffre de la surpopulation, on ne trouve pas de réelles attaches sur place car la population locale garde ses distances nous considérant comme étant des envahisseur nécessaires, on se baigne sous un pavillon bleu en pensant que ce label garanti une eau saine alors qu’en fait la plupart des polluants chimiques ne sont pas pris en compte… On peut encore continuer comme ça pendant une page…

Alors malgré tous ces désavantages et celui encore plus dissuasif du coût, la très grande majorité de la population part ou voudrait partir en vacances quitte à faire un crédit pour le faire.

Alors pourquoi ? Si l’on écarte le seul avantage réel qui est de pouvoir pratiquer des activités que l’on ne peut pas faire ailleurs, pourquoi tant de sacrifices pour un bénéfice si limité ?

La réponse est simple et je vais encore l’expérimenter lundi prochain à 9h00 du matin quand je vais retrouver mes collègues:

– « Alors t’es allé où cet été? Tu est parti au moins ??? »

Et oui les vacances sont un marqueur social très fort, dire que l’on est allé en vacances rassure le groupe. (Ah il est allé en vacances il a donc fait comme tout le monde et a prouvé qu’il avait sa place dans la meute en mettant sur pied le budget pour le faire). Et là pour appuyer encore un peu plus sa légitimité, il est de bon ton d’ajouter : « J’ai vu ça et ça, j’ai visité ça… » Ce genre de précision qui sous-entend que vous avez approfondi votre culture ce qui est là encore très socialement valorisant (alors que ce n’est en général pas le cas car même si vos sacs sont plein de brochures sur  les lieux que vous avez visité vous ne les lirez pas et ils finiront soit dans un tiroir soit à la poubelle).

Bref oui, à de rares exceptions près les vacances ça sert avant tout à se faire mousser en public. En règle générale on ne part pas pour soi mais pour les autres, pour leur prouver quelque chose ou pour justifier sa place dans un groupe social.

Cette charge contre les vacances n’est pas une façon pour moi d’évacuer ma frustration car très honnêtement je n’ai aucun regret de ne pas être parti et je ne suis pas du tout triste à l’idée de ne jamais revoir la mer.

Car oui, le seul bénéfice réel que je tirai de mes vacances à la mer était de pouvoir nager dans un espace immense sans risquer de toucher quelqu’un ( à la mer très peu de gens nagent, même les jeunes musclés se contentent de se baigner en faisant de grandes éclaboussures pour impressionner les femelles avant de revenir se coller à elle pour écarter les autres mâles) Moi j’aimais nager pendant de très longs moments (qui hélas au fur et à mesure de mon âge et de mon embonpoint se sont raccourcis) mais à présent en voyant la surpopulation estivale, l’état de la mer qui est si critique que même sur le rivage on se rend compte de l’ampleur du désastre et en pensant à ce qui se trouve dans l’eau que j’avale de temps à autres car je suis un piètre nageur, et bien non, je n’ai plus du tout envie de le faire.

La mer pour moi est devenue comme cette parente un peu éloignée que l’on va visiter à l’hôpital. On entre le cœur gros dans sa chambre, on voit que son avenir est  très sombre et on se dépêche de partir car c’est trop déprimant surtout que l’on s’attend à recevoir prochainement  le coup de téléphone qui nous informera de son décès.

Du coup je suis resté chez moi avec plein de projets que je n’ai pas mené à bien en prétextant soit la canicule soit le mauvais temps alors que ce n’est que ma très grande flemme et ma dépendance aux écrans qui m’ont écarté de ces accomplissements estivaux. Quant à l’argent je ne l’ai pas mis de coté, non, je l’ai dépensé pour m’acheter un appareil photo numérique plein format dont je rêvais depuis des années avec lequel je vais enfin pouvoir répondre de façon correcte aux demandes du travail et du monde associatif. Je compte aussi reprendre en main mon site sur les araignées dont j’ai retrouvé les codes et donc l’accès il y a peu de temps et pour le faire je vais devoir illustrer mon site avec mes propres photos en macro.

Donc oui, je ne suis pas déprimé, loin de là même! Mes collègues venues me voir au village en ont même été surprises.

Je ne sais pas ce qui m’attend cette année et l’année prochaine, mais si je peux repasser un été à rien faire chez moi et bien ça m’ira très bien.