309 4 EVER

toshiyuki-tenjobi

Pour cette dernière archive de 2018, j’ai choisi de ressortir ce que j’avais écrit le jeudi 28 décembre 2006. Je parlais de Toshiyuki, (c’est ainsi que je nomme ma chère 309 GT) et de ma peur du contrôle technique. Aujourd’hui cette 309 qui va fêter ses 32 ans en mars prochain, est chez le garagiste pour de très importants travaux. Moteur refait, nombreuses pièces changées, traitement anti corrosion et bientôt carrosserie et révision complète du circuit d’alimentation avec rénovation du carburateur double corps et tant d’autres choses… Bref, mon histoire d’amour avec cette voiture qui dure depuis 12 ans n’est pas prêt de se terminer surtout depuis qu’elle est passée en carte grise collection. L’extrait ci-dessous explique les raisons profondes de mon attachement à cette voiture.

       Jeudi 28 décembre 2006

Cher Francis,

Cet après midi, j’ai amené ma vieille 309 GTI au garage pour qu’il la prépare et la passe au contrôle technique. Tous les deux ans je dois passer par cette expérience angoissante. Et si malgré mes soins elle ne passait pas ? Je redeviendrais piéton… 

Je pense aussi à cette autre 309 que je vais aller chercher samedi à Nancy afin de la réparer pour lui faire passer le contrôle technique elle aussi. J’aimerai tant retrouver les sensations de ce moteur 1.9 carburateur double corps… Bon, tout ça pour te dire que ce soir encore je ne pense qu’aux voitures !!!

Alors vu que je ne cesse de parler de ça depuis un moment autant essayer ce soir d’aborder le sujet sous un angle différent. Je vais donc te parler des raisons qui font que je suis si attachés aux 309.

La première raison est que cette voiture a des dimensions qui conviennent parfaitement à mon gabarit et me permettent de ranger plein de choses dans son coffre.

La seconde raison c’est que pour un smicard comme moi, la 309 est une voiture facile à réparer et à entretenir à moindre frais surtout dans le pays peugeot.

Mais la vraie raison, celle que je n’évoque jamais devant les gens pour ne pas passer pour un fou, je vais te la confier ce soir… 

Lorsque j’étais enfant, les autres petits garçons avaient tous des papas qui avaient de belles voitures. Le mien de père n’avait que des vieilles simcas. C’est dur à l’avouer mais j’avais honte. Le jour où avec son ancienneté à l’usine, et la fin du payement du prêt pour la maison, mon père a put s’acheter une voiture neuve ce fut une superbe 309 Gr bordeaux. A mon tour j’étais fier d’avoir une grosse et jolie voiture, et j’étais fier de mon papa qui la conduisait. Plus tard mon père décida d’acheter et de revendre ses voitures tous les six mois. Cependant à chaque fois il baissait dans la gamme. Puis un jour quelques mois avant son décès, il acheta une 205 junior à la place d’une 309 et là toute la magie s’effaça… 

Jusqu’au jour où un ami curé me proposa de lui acheter sa 309 Gt… Ce fut ma Blandine, celle dont je pleure encore parfois la disparition et dont je garde le lion de calandre avant, espérant le placer samedi sur celle qui est à Nancy.

Mon attachement à la 309 trouve ainsi sans doute des racines dans les rapports que j’avais avec mon père. Un père que je n’ai pas réussi à comprendre à temps, un père que je n’ai pas réussi à pleurer le jour de son décès, un père qui me manque encore si cruellement aujourd’hui. 

Pour moi la 309 a une âme et si au paradis les gens roulent en voiture mon père doit avoir une 309.

Esprit de Noël

Jeudi 21 décembre 2006

Cher Francis,

       Cette journée a été marquée par le traditionnel repas de Noël de l’I.M.P dans lequel je travaille. Cette année encore les enfants ont eu droit à un repas festif et lourd (toasts, pommes dauphines et croquettes de poisson, bûche de noël). Plus tard dans l’après midi c’est le père noël qui est arrivé pour leur remettre les cadeaux, recevoir leurs dessins et éventuellement leur faire quelques câlins.

Le brave homme qui s’était dévoué s’est ainsi retrouvé entouré d’une nuée de gamins tous plus excités les uns que les autres. Les plus grands restaient à l’écart et observaient la scène en souriant mais en respectant la joie de leurs camarades plus jeunes. 

Tout à coup je remarque que l’un des enfants est assis par terre le regard vide et perdu. Un autre éducateur est vers lui, je m’avance vers eux histoire de voir si je peux l’aider à remettre un peu de joie dans le cœur de ce jeune garçon que je connais bien. Remarquant ma présence et devinant mes intentions, mon collègue se tourne alors vers moi et me dit:

« C’est pas la peine, il vient de comprendre »

Là encore pas besoin de longs discours. Je comprends tout de suite le sens de cette phrase; le jeune garçon vient de tourner une page de sa vie d’enfant en comprenant avec ses yeux de grand garçon que le père noël qui vient chaque année dans son établissement est un faux. Par la suite il étendra ce raisonnement aux autres pères noël, ceux de la rue, ceux des supermarchés, les invisibles du soir du 24… 

Au delà du coup porté aux liens de confiance vis à vis des adultes, ces plaisantins qui lui auront fait la même blague chaque année, le fait de découvrir que le père noël n’est qu’un mythe aura été pour lui une expérience traumatisante mais cependant nécessaire. ( au sens vulgaire et philosophique)

Dans mes souvenirs, ce fut lors du Noël de mes huit ans que je découvris que les cadeaux étaient mis en place sous le sapin par mes parents, j’avais observé leur petit jeu, caché derrière la porte entrebâillée. Cette découverte instaura une ère de profonds bouleversements dans mon univers de petit garçon, le père Noël n’existait pas, pas plus que le père fouettard et tant d’autres avec eux… Jour après jour je passais en revue mes souvenirs et mes connaissances remettant chacune de mes convictions en doute. 

La chute du père noël entraîna donc avec elle comme dans un jeu de dominos tout un tas de croyances diverses comme ma foi jusque là inébranlable en l’existence des monstres et des fantômes ou comme la conviction que j’avais alors d’avoir plané en suspension dans le couloir de ma maison…

Et non… tout cela n’était que rêves ou fabulation, le monde de l’enfance magique et sécurisant s’éloignait alors de moi chaque jour de plus en plus vite laissant sa place à l’univers triste, normé et sans surprise des adultes. Tous les éléments de ma vie étaient donc en instance d’être rangés dans des boites séparées, chaque nouvelle chose devait donc être traitée à priori pour définir si elle appartenait à l’imaginaire ou au réel… 

Heureusement qu’aujourd’hui encore certains éléments résistent à cette classification allant quelque fois jusqu’à remettre en cause le système tout entier. La possibilité d’une forme de vie extra terrestre, les facultés étranges de mon siamois, les choses dont je pressens l’existence, et avant tout les sciences exactes et dignes de foi qui nous montrent entre autres choses que l’univers n’est réel qu’à travers nos perceptions.

Le traîneau du père Noël avait donc quitté mon ciel. Par la suite, à force de scruter la voûte céleste à sa recherche, j’ai découvert qu’un univers infini, mystérieux et inconnu restait encore à explorer et que ce que moi et les autres allaient découvrir remettrait en cause le concept de réalité et amènerait un peu de rêve dans ce monde si tristement rationnel et matérialiste. J’attends toujours, mais je garde espoir.

A bien y penser Francis, l’univers étant infini, il est mathématiquement possible que le père Noël existe… Dans mon cœur d’enfant, je me plait ainsi à l’imaginer voguant au delà des frontières de l’univers connu vers cette obscure clarté qui tombe des étoiles avant de se répandre sur des lendemains incertains.

Marchés de Noël

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D’aussi loin que je m’en souviens, j’ai toujours détesté les marchés de Noël, le 14 décembre 2007 j’écrivais d’ailleurs ceci :

Vendredi 14 décembre 2007

Cher Francis,

Ce soir après une journée bien difficile et un entretien à domicile qui s’est révélé être un lapin, je suis allé au centre-ville pour y faire une commission. Les bonnes odeurs de crêpes et de gaufres flattaient mon ventre qui n’avait mangé de la journée qu’un bout de poisson avec quelques épinards sans saveur.

Cependant n’étant pas du genre à attendre 20 minutes pour manger une crêpe à 3 euros, je passai mon chemin.

Au dessus de moi les fameuses « lumières de Noël » répandaient leurs lumières aussi éclatantes qu’envahissantes. Je pensais à tout cet argent dépensé en ampoules fils et électricité. Une telle dépense et un tel gaspillage d’énergie à l’heure de l’écologie et des restrictions de budget. Quelque chose sonne faux…

Il existe deux genres de lumières. celles qui guident les hommes comme celles des phares en mer et celles qui les égarent comme les faux feux allumés par les brigands cherchant à faire couler des navires afin de récupérer la marchandise qu’ils transportent.

En tapant ces lignes je me rend compte de la justesse de la métaphore que je viens d’employer. Les metteurs en scène de ces orgies luminescentes sont les pouvoirs publics ainsi que les commerçants. Ces naufrageurs du 21ème siècle cherchent à égarer l’acheteur afin que, hypnotisé par le balais de lumières il finisse par échouer dans une boutique en laissant s’écouler l’argent de son porte-feuille. Je suis en effet convaincu que ce que l’on appelle la magie de Noël est en fait une sorcellerie au service de quelques groupes qui, bien loin d’être occultes, opèrent sans se cacher ni éprouver la moindre gène.

Des milliers d’euros dépensés pour ces appâts lumineux, mais des milliards de bénéfices pour le commerce et donc pour l’État.

Mais c’est vrai que c’est joli ces lumières et ces animations. Cependant, de mon point de vue, si on réduisait un peu la quantité pour donner les sommes ainsi économisées aux plus pauvres, le spectacle restant en resplendirait encore plus.

Mais à la ville, ce ne sont pas des lumières…

 

Téléthon

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Cette semaine à la date du 7 décembre, j’ai trouvé ce que j’avais écrit en 2011, une méchante charge contre le téléthon. 😈

Aujourd’hui onze ans plus tard le téléthon existe toujours au village mais en moins ambitieux par contre il y aurait de quoi parler de certaines choses…

 

Vendredi 7 décembre 2007

Cher Francis,

       Nous y revoilà, le week-end maudit annuel est de retour, le Téléthon va prendre le village en otage pendant deux jours.

Cette année encore je voudrais rendre hommage à tous les gens qui organisent cet événement d’une taille disproportionnée pour notre petit village. Tous ces bénévoles qui montent les tentes, servent les repas toute la nuit, tous ces coureurs qui font le tour de la place du village en faisant gagner un euro par kilomètre parcouru… Enfin bref toutes ces personnes qui, cette année encore, vont suppléer aux manquements de l’état en finançant la recherche sur les maladies génétiques. Il faut croire qu’aux yeux des politiques, la détresse des parents face à la maladie voire la mort de leurs enfants n’est rien à coté de la détresse des grands riches payant trop d’impôts. Question de priorité ?

Cette année encore je n’ai été sollicité par personne quand bien même j’avais proposé mon aide. Je n’ai pas non plus réussi à augmenter les profits en consommant. J’ai en effet attendu en vain pendant plus d’une demie-heure pour me faire servir une assiette de frites à moitié cuites avec une barquette de moules qui puent…

Alors comment puis-je participer ?

Courir seul sous la pluie n’est pas très motivant… Et même si j’en avait le courage, je ne pourrai supporter très longtemps le spectacle frustrant des gens qui sont ensemble à s’amuser avec leurs amis. Il y a vraiment de quoi me faire détester cette manifestation annuelle qui monopolise toutes les énergies, sauf la mienne, et qui me renvoie en le décuplant mon sentiment de solitude, ainsi que ma déviance vis à vis de la norme villageoise.

J’oublierai donc cette énième tentative de faire partie de ce grand moment annuel de vie sociale du village.

Je m’en fous, je suis allé là bas avec mon appareil photo pour y filmer quelques rushes que je monterai pour la vidéo de dimanche. Ce sera ma façon de participer à l’effort collectif en plus des 5 euros de bière sandwich dépensés sur place ce soir.

Ah! J’oubliais ! la photo c’est un ami à un stand où les gens construisent pour 5 euros une cabane à oiseaux.

Poignante archive…

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Je continue donc d’exhumer ce que j’ai écrit dans la période 2005-2009 sur mon ancien blog.

Cette semaine c’est le texte du 30 novembre 2007 que je ressors car là encore, coïncidence ou non, il fait de nouveau écho à une nouvelle situation au travail.

Le 30 novembre 2007, un enfant revenait à l’établissement peu après le décès de sa petite sœur atteinte d’une maladie génétique. L’événement avait été très difficile pour les enfants et pour l’équipe car lorsque l’on travaille avec des enfants l’idée de la mort s’éloigne parfois énormément. Je faisais partie des adultes qui avaient décidé de venir à l’enterrement de la petite et toute ma vie je me souviendrai des cris de son grand frère qui résonnaient dans la grande nef de l’église. 11 ans plus tard son chagrin me touche encore au point d’avoir les larmes aux yeux en tapant ces lignes.

 

Vendredi 30 novembre 2007

Cher Francis,

Depuis deux jours notre petit établissement est comme assommé. Hier matin nous apprenions avec une grande tristesse la mort de la petite sœur de l’un des enfants que nous accueillons. Un enfant qui quelques jours plus tôt montrait avec joie et fierté la photo de sa petite sœur qu’il aimait tendrement de tout son cœur de grand frère. La petite fille, âgée de quelques mois, était atteinte par une maladie génétique. Ce matin sa maman téléphone très tôt à l’établissement pour annoncer que son fils souhaite passer dans la journée pour voir ses copains. Nous avons donc décidé d’annoncer sans plus tarder à tous les enfants cette nouvelle tragique qui frappait l’un des leurs. Nous savions ce qui allait se passer.

Comme nous l’avions prévu, la journée s’enlisa alors dans une succession de crises de larmes reflétant à la fois l’angoisse des enfants face à la mort et la tristesse profonde et sincère qu’ils ressentaient pour leur copain par empathie. Une chape de plomb s’était abattue sur eux. Les plus forts d’entre eux nous aidaient à réconforter les plus affligés.D’autres enfants encore plus affectés disaient qu’ils voulaient mourir eux-aussi ou revivaient leur propres rencontres avec la mort. Tous avaient besoin d’écoute, de réponses, et avant tout de réconfort. Notre petite équipe a donc fait de son mieux face aux demandes et à leurs diverses  manifestation. En ce qui me concerne j’ai passé la journée avec les grands qui m’ont vraiment impressionné par leur lucidité et leur courage face à l’annonce de cette mort. La sincérité de leurs émotions, le courage de certain d’entre eux pourtant très affectés, étaient tout à leur honneur. Après avoir repris chaque débordement et après avoir tenté de mettre des mots sur les angoisses des enfants que j’accompagnais, le moment de la visite de leur copain en deuil arriva.

L’enfant pâle et frêle entra dans la pièce en montrant une grande photo sur laquelle on voyait ce bébé plein de vie. Il avança vers moi et d’une voix désincarné me dit ainsi qu’à ses copains: « c’est ma petite sœur, elle est morte »  Puis il poursuivit « Finalement nous avons choisi la couleur du cercueil , il sera blanc »  La précision rigide de sa syntaxe qui d’habitude me faisait tant sourire me glaça le sang. D’un seul coup je sentis mes défenses s’effondrer face à une réalité que désormais je ne pouvais plus éviter; l’infinie tristesse d’un jeune enfant que je connaissais bien face au décès de sa petite sœur. Profondément ému je mis ma main sur l’épaule du jeune garçon dans l’espoir de faire naître un réconfort qu’à cet instant j’espérais mutuel. Quelques paroles sortirent de ma bouche inspirées par mon cœur et mon envie de soutenir cet enfant. J’insistais ainsi sur le travail autour du spectacle de Noël, sur le fait que nous attendions son retour quand il serait prêt à revenir. Je cherchais par ces mots à lui rappeler les liens qui existent et à lui montrer qu’à son retour notre petite routine rassurante reprendrait en lui redonnant ainsi les repères dont il a tant besoin du fait de sa déficience. Cependant mes mots étaient au fond très ridicules et maladroit car le jeune garçon qui vient d’assister à la mise en bière de sa sœur n’a peut être pas encore réalisé ce que veut dire ces mots qu’il prononce comme une récitation apprise avec sa maîtresse: « Elle est morte »

Le travail de deuil est un processus intra-psychique consécutif à la perte d’un objet d’attachement. Selon certains auteurs il passe par quatre phases: Refus- Colère- Dépression- Acceptation. Ce schéma retenu pour l’adulte est  inscrit dans la durée, selon les individus et leurs facultés de résilience chaque phase peut durer plus ou moins longtemps. Dans le cas du jeune garçon déficient que nous accompagnons, le chemin vers l’acceptation de ce deuil cruel qui le frappe ne fait que commencer. Nous serons là pour l’aider avec tout notre professionnalisme et avant tout, tout notre cœur.

Ce travail passe par la présence de certains d’entre nous aux obsèques demain matin. Je ferai partie du nombre.

Archive de solitude

soltilude

Cette semaine je remonte 13 ans en arrière pour republier ce que j’ai écrit le 23 novembre 2005.

Coïncidence ou non, c’est dans le prolongement de ce que j’ai écrit mardi. Est-ce la fin de l’automne et l’arrivée des fêtes qui me dépriment ?

 

Mercredi 23 novembre 2005

Cher Francis,

Si tu n’existais pas je donnerai à chacun de mes messages quotidiens un titre différent. Par exemple ce soir mon titre serait ; Retour à l’anormal. Ce serait un clin d’œil à la reprise du trafic SNCF ainsi qu’une allusion à la nature des discussions que je vais avoir avec toi à partir de ce soir.

En effet j’ai décidé de te reparler de moi. Ce soir dans le train j’ai rencontré des collègues qui m’ont posé certaines questions qui ont remué des choses difficile mais intéressantes sur mon identité et mes problèmes.

Ainsi pour commencer je vais te parler mon cher Francis, de ma constante volonté quasi inconsciente de me faire rejeter du groupe.

Après avoir été dans ma petite enfance, admiré comme un enfant prodige j’ai peu a peu glissé dans le rejet au point de n’avoir connu que la solitude de 10 ans à maintenant. Bien sûr par solitude j’entends l’absence de relations avec les personnes de mon age et dans un cadre autre que professionnel.

Ce que je veux t’expliquer ce soir c’est que n’ayant connu que la solitude, mon comportement inconscient en partie est orienté de façon à reproduire constamment des mécanismes aptes à déboucher au rejet de ma personne par le groupe.

J’arrive à cela en adoptant un comportement fantasque, en étant lourd, grossier… sur le moment la désapprobation du groupe me procure un plaisir de l’ordre de la perversion. Cependant mon but inconscient est bien celui de me faire rejeter afin de rester dans ce que je connais depuis presque toujours, c’est à dire la solitude.

Les rares groupes qui parviennent à déjouer mes techniques n’ont cependant jamais été jusqu’à m’aider à sortir de ce système. En effet lorsque nous étions de sortie je ralentissais afin de pouvoir m’éclipser du groupe sans me faire remarquer. Pour moi être accepté dans un groupe était vraiment trop difficile car je n’avais pas connu cela depuis longtemps.

Ainsi demain je continuerai l’introspection pour me clarifier et pour t’exposer les raisons qui font que je n’ai pas le goût des autres.

 

Enfin non on va arrêter là pour cette semaine car oui, l’introspection c’est bien, mais c’est encore bien mieux lorsque l’on arrête de la pratiquer!

Archive sinistre

yukichi

Cette semaine je déterre un texte que j’avais écrit il y a 13 ans ! 😯

A cette époque j’étais en formation et dans un module on nous avait demandé d’écrire un texte d’une certaine taille en utilisant tous les mots d’une liste donnée à part. 🙂

Ce jour là je m’étais bien défoulé… 😈 je me souviens du regard angoissé de la formatrice et du silence des mes collègues de promo. C’était ma façon, un peu perverse je l’avoue, de les secouer après avoir malmené des mois durant par leur indifférence glaciale.

 

Mercredi 16 novembre 2005

  Cher Francis,

Aujourd’hui j’ai retrouvé un plaisir depuis longtemps oublié, celui d’écrire un texte sans contraintes ni directives scolaires. Il fallait juste utiliser douze mots (en gras dans le texte). Voici ce que ça a donné avec mon humeur du jour:

NEIGE ÉCARLATE

Le jugement venait de tomber. Un homme venait de se faire condamner à mort pour le vol d’une brioche. Les personnes présentes à l’audience ne semblaient même plus s’étonner de l’étrangeté de tels verdicts. En ce mois de décembre 1794 sous le régime révolutionnaire de la terreur, cette situation était loin d’être anormale. Le pire était encore à venir. Robespierre dans sa folie meurtrière allait encore accentuer la violence de la répression refusant tout forme de dialogue avec ceux qu’il considérait comme étant les ennemis de la révolution.

Les mots prononcés par le juge résonnaient encore dans le petit tribunal de district. Le prévenu tomba à terre terrassé par l’émotion. Cet ancien paysan s’était installé en ville avec sa famille. La perte de son emploi et de toute source de revenus avait mené à la perte du domicile familial ainsi qu’à l’apprentissage de la faim et du désespoir.

La semaine dernière le père avait décidé de vendre son dernier bien, une splendide montre à gousset en argent dont il avait hérité de son oncle. Hélas, un marchand malhonnête avait profité de son état de faiblesse pour lui en donner un prix ne représentant que le dixième de la valeur réelle. L’argent avait disparu en quelques jours dans l’achat de nourriture. A présent les biens de la famille se limitaient aux habits rapiécés qui couvraient bien mal leurs corps meurtris par la faim et par la dureté des pavés sur lesquels ils dormaient la nuit.

Le père de famille cherchait du travail en ville mais sa quête demeurait vaine, personne ne semblait vouloir donner du travail à un loqueteux inconnu. Face à cette situation, sa femme n’avait plus eu d’autres choix que de mendier dans la rue. Blottis contre ses enfants afin de trouver un peu de chaleur, elle passait sa journée à tendre la main en implorant la charité chrétienne des passants là aussi en vain.

Les braves gens qui les avaient observés ces derniers jours leur avaient collé l’étiquette de mendiants paresseux ne daignaient même pas les regarder. A cette époque où triomphaient les théories libérales, l’exclusion était aux yeux des biens pensants un phénomène volontaire que la charité ne faisait qu’encourager.

Bien loin de cette conception politiques, les deux petites filles du couple ne comprenaient rien à la situation. Ce qu’elle avait pris au début pour un jeu ne les amusait plus du tout. A présent l’expression impassible de leur mère et son silence face à leurs questions suscitaient en elles de profondes angoisses que leur langage d’enfant ne pouvait plus verbaliser. Elles préféraient à présent recroqueviller leurs petits corps affaiblis par la faim et la fièvre contre celui de leur mère en espérant entre deux quintes de toux se réveiller de cet atroce cauchemar.

La nuit arriva et comme une voleuse s’empara des derniers espoirs du condamné. Il avait bien tenté de se défendre avec toute sa rage et sa passion, avançant que ce vol était un acte désespéré face à l’état d’urgence dans lequel se trouvait sa famille. En dépit de tous ses efforts le juge avait maintenu sa condamnation à mort. Il devait être guillotiné le soir même sur la place publique avec d’autres mécréants. À présent ses pensées allaient vers ses filles et sa femme elles devaient se demander pourquoi il ne revenait pas s’allonger près d’eux pour passer une autre nuit sur le pavé dur et froid. L’arrivée du bourreau mit un terme à cette pensée, alors qu’il prenait place dans la charrette des condamnés l’homme ne songeait plus qu’à sa mort imminente espérant que le fer de la guillotine qui allait séparer sa tête de son tronc ne le ferai pas trop souffrir.

Au dehors la neige s’était mise à tomber, La lumière émanant des demeures bourgeoises animées faisait briller les flocons comme des petits diamants dans le sombre écrin de la nuit glaciale. Les deux petites filles restaient indifférentes à ce spectacle, elles fixaient à présent leur mère de leurs regards vide en cherchant à comprendre pourquoi ce corps tant aimé avait cessé de leur procurer de la chaleur. La clameur d’une foule venant de la place située en haut de la rue pavée ne réussit pas non plus à les faire sortir de leur mutisme.

Sur le point d’entrer dans leur dernier sommeil, ces deux petits être fragiles sentirent une douce chaleur envahir leurs corps que la vie quittait, une chaleur comparable à celle qu’elles ressentaient en prenant leurs bains dans la bassine.

Un liquide chaud et poisseux coulait le long du trottoir dessinant le lit d’un ruisseau écarlate dans la neige qui avait commencé à s’amonceler. Le sang de leur père mêlé à celui des autres condamnés avait descendu la rue comme animé d’une volonté propre. Il étreignait à présent la femme et ses enfants en imprégnant leurs habits de sa tiède rougeur.      

Cet ultime baiser paternel avait réussi à réunir dans son linceul cramoisi cette petite famille que la misère et l’indifférence des hommes avait jeté dans la rue sans ménagement.

La neige, complice muette de la cruauté des hommes redoubla d’intensité et se mit à recouvrir avec empressement les protagonistes de ce nouveau drame humain. Il est vrai que les cadavres gelés et ensanglantés d’une femme et de deux petites filles faisaient quelque peu désordre.