Adieu l’ami…

Cette semaine j’avais décidé de rédiger mes articles la veille pour les mettre en ligne aux premières heures du matin. Mais aujourd’hui c’était l’enterrement d’un ami alors du coup j’ai attendu d’assister à la messe de ses funérailles pour écrire aujourd’hui.190312

Il est 19h00, j’ai une canette de ma bière américaine préférée à coté du clavier et je suis là à me rappeler de Serge.

serges

Serge était boulanger de formation. Il a aussi fait la guerre d’Algérie avant de revenir à la planche à pain avant de l’abandonner pour de bon pour entrer à la fonderie des usines Peugeot. C’est à la même époque qu’il rencontra celle qui allait devenir sa femme et vient habiter dans mon village l’année même de ma naissance.

Lorsque j’étais enfant, ses rapports tendus avec mon père (disputes à l’usine) m’avaient empêché de le rencontrer mais à la mort de mon paternel l’année de mes 14 ans, Serge est devenu une personne qui m’avait fasciné par son agitation perpétuelle et par sa bonté qui l’ont poussé à se donner, peut-être trop, aux autres.

C’est simple, Serges était partout, il fallait monter sur un arbre pour installer un haut parleur pour la sono de la fête de la musique ? Serge arrivait avec son échelle et faisait le boulot. Le curé avait besoin de distribuer des enveloppes du denier du culte ou un journal de paroisse ? Serge arrivait avec son vélo et faisait le boulot.Chaque fois qu’un travail devait être fait dans le cadre associatif ou autre, Serge était toujours là et faisait du bon boulot tout en agaçant les gens par son tempérament de survolté qui ne tenait pas en place et qui exprimait en rafales ses opinions sans filtres.

Quand Serge était fâché contre quelqu’un il lui faisait bien sentir et n’en avait rien à faire de la réaction des autres personnes, il était vrai intègre et brut de décoffrage.

Et c’est peut-être cela que j’aimais le plus chez Serge vu que tout comme lui, je ne supporte pas l’hypocrisie et j’exprime toujours le fond de ma pensée quitte à bousculer voire choquer mes collègues.

La bonté de Serge et son souci pour mon sort et celui de ma mère après la mort de mon père ont fait qu’un lien s’est créé entre lui et moi. Moi je trouvais un petit peu de père que je n’avais plus et lui qui était à l’époque dans une relation difficile avec ses filles, pouvait me « paternaliser » sur un mode complice et parfois me secouer les puces comme la fois où voyant que je trainais pour bêcher le jardin. Il avait pris la bêche et commencé à faire le travail pour me faire culpabiliser. Et ça avait marché, cette année là j’avais bêché plus vite que jamais !

Nous avons ainsi passé près de vingt ans à entretenir ce lien permanent par des services rendus l’un à l’autre, par des bières bues chez l’un chez l’autre et à travers toute la vie associative à laquelle je participais activement à l’époque avant que tout s’effondre en 2011 suite à une cascade d’événements malheureux et dramatiques.

La vie associative est toujours portée par une pincée de personnes très charismatiques qui créent un consensus. C’était justement le cas pour la grande association du village dont le fondateur et grand animateur développa un cancer qui le contraignit à s’éloigner de ces activités bénévoles mais parfois très fatigantes.

C’est la même année que Serge dont la vie avait toujours été marquée par des incidents et des ruptures allait une fois de plus rencontrer le malheur sur sa route en étant terrassé par deux AVC successifs qui le plongèrent dans un coma éveillé qui allait durer jusqu’à vendredi dernier, jour où son corps finit par lâcher.

Ces huit années qui ont été un cauchemar éveillé pour sa famille, ont été une période étrange pour moi. J’allais parfois le voir à l’EHPAD mais ni ma présence ni ma voix ne provoquaient la moindre réaction chez lui. Je lui parlais mais j’avais l’impression que son âme n’était plus là et que je m’adressais à une coquille vide. Du coup j’avais espacé mes visites jusqu’à finir par considérer que mon ami était là sans y être.

Mais aujourd’hui au moment de bénir son cercueil pour lui dire au revoir, j’ai oublié de lui dire pardon d’avoir été trop lâche et aussi plus important j’ai oublié de le remercier pour toutes ces années où il avait été un ami voire parfois un père pour moi.

Et là en mouillant mon clavier de mes larmes qui ont déjà coulé pendant la cérémonie, je me rend compte que je viens de le faire, enfin j’espère…

Au revoir mon ami, vas retrouver mon père et te prendre la tête avec lui, je t’imagine prendre ma défense pendant que mon père hurle que je suis un raté qui n’a pas joué les cartes qui  m’ont été données et qui a préféré travailler dans le social au lieu de faire une carrière dans le droit comme mes diplômes durement acquis me l’autorisaient.

Alors engueulez-vous! J’arrive bientôt pour envenimer le débat.

 

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