La vie des autres

Souvent dans ces pages je me plains de ma vie, de ma solitude réelle et existentielle et en général de tas de choses qui m’angoissent à plus ou moins courte échéance.

Forcément dans cet état d’esprit, j’ai tendance à regarder la vie des autres avec envie en me limitant à relever quelques points positifs pour décréter qu’elle est forcément meilleure que la mienne. Mais même en étant bien conscient que le bonheur n’existe pas et ce pour aucune personne, je ne m’attendais pas pour autant à trouver autant de souffrance dans la vie de personnes que j’estimais chanceuses.

Ces dernières semaines j’ai eu tant d’exemples de souffrances aussi profondes que cachées que cela me donne envie de parodier Shakespeare en écrivant : « montre-moi un homme heureux et je te montrerai une tragédie ».

Un des signe révélateur de malaises profonds chez les personnes qui cachent leurs souffrances c’est la consommation d’alcool. Face à une personne qui boit beaucoup, notre jugement est souvent biaisé. Si c’est un proche qui se prend des murges on en parle en rigolant avec lui et si c’est un inconnu avec ce qui semble être une vie de merde alors là nous pensons directement que nous sommes face à un alcoolique. Mais est-ce si simple?

Mon opinion sur la question renforcée par mes dernières observations est la suivante : chaque fois que l’on est face à une personne qui boit jusqu’à s’en rendre malade c’est que cette personne, et ce peu importe les signes extérieurs de bien-être et de vie équilibrée qu’elle manifeste, est en fait une personne qui n’est pas bien dans sa vie..

Alors oui le papy qui se bourre la gueule à un mariage, le copain marié père de famille avec une belle situation qui se prend de grosses murges à chaque fois qu’on boit avec lui, cette célébrité bien connue pour ces excès… Tous ont pour point commun de cacher de profondes souffrances que l’alcool vient révéler sans avoir besoin de leur délier la langue.

L’alcool consommé avec excès est comme une drogue, ses ravages à court, moyens et long terme sont un prix très lourd à payer pour quelques instants de détachement, de flottement. Ainsi pour vouloir payer ce prix pour si peu et risquer comme pour toutes les drogues de tomber en dépendance, il faut vraiment avoir une grosse souffrance en soi et penser que seul l’alcool peut l’effacer tout en sachant que ce n’est que de façon provisoire.

Les personnes porteuses de souffrances cachées et qui boivent de façon régulière pour tenter d’y échapper ont d’ailleurs mis au point certaines stratégies pour que leurs crises de dipsomanies (c’est le nom médico-psy de la murge) ne soient pas repérées comme révélatrices d’une détresse. Notre mentalité franchouillarde facilite bien les choses, entre copains on se raconte souvent les murges que l’on prend en rigolant de ces « exploits » mais ce n’est qu’entre de vrais amis que l’on peut s’interroger sur la raison qui nous a a poussé à tant boire. Pour les plus jeunes la dimension de défi est aussi bien présente, tester ses limites face à l’alcool approcher le coma éthylique pour en tirer de la gloire et parfois dans un groupe ritualiser l’usage de l’alcool pour en faire un rituel de passage dans une société qui n’en a quasiment plus…

Et moi dans tout ça ?

Mon corps de par ma corpulence et mon entrainement tolère assez bien l’alcool mais je n’ai aucune envie d’en boire lorsque je suis seul et quand je suis avec les autres je me fixe aussi des limites ce qui me permet de veiller à la sécurité des gens qui autour de moi continuent à boire. C’est très prétentieux mais c’est vrai, je l’ai encore testé la semaine dernière.  Je n’ai pas besoin de l’alcool pour conjurer les démons qui sont en moi, je les ai regardé en face depuis bien longtemps et depuis nous avons appris à faire bon ménage ensemble.

Cependant au moment de conclure ce billet hebdomadaire je vais écrire quelque chose de très horrible mais que ma sincérité m’interdit de cacher : découvrir les souffrances des personnes que j’enviais m’a procuré un incroyable soulagement. Je ne me plaindrai plus de ma vie de merde car je crois que tout autour de moi des tas de personnes que je pense être heureuses et équilibrées cachent en fait de profondes blessures d’autant plus lancinantes qu’elles s’interdisent de les verbaliser et restent ainsi seuls avec elles.

Au fond je l’aime bien ma petite vie de merde !  😈

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