Le dégoût des autres

Attention : ce soir je me laisse aller au grès de mes envies, je vais donc écrire des choses qui peuvent être choquantes, mais sachez que je vais bien et que je suis de bonne humeur. Ce sont juste mes pensées du moment exprimées sans filtre.

Tout autour de moi mes collègues expriment leur difficultés face aux limitations de leurs interactions sociales. C’est sans doute méchant de ma part mais cela me fait sourire car pour moi la solitude n’est pas une ennemie mais plutôt une compagne de toujours. Très tôt dans ma vie, je me suis senti seul, à vrai dire depuis qu’à l’hôpital les docteurs ont coupé mon cordon, je ne me suis plus jamais senti relié à personne. J’ai aussi été très vite seul à la maison car ayant plus de dix ans d’écart avec des frères et sœurs mariées ou partis vivre ailleurs. Ajoutons à cela une mère surprotectrice et un père qui ne m’a jamais compris jusqu’à son décès l’année de mes 14 ans et on comprendra pourquoi j’ai peut être eu des difficultés au niveau de ma socialisation primaire.

Mais attention, je n’écris pas cela en mode « je suis malheureux car je suis seul » non, dans mon cas la solitude est assumée au point d’être devenue un choix de vie. Je n’ai pas vraiment d’amis, juste des collègues et des connaissances car je n’ai jamais eu le besoin de me lier à d’autres personnes pour me sentir heureux.

Dans la vie je suis extraverti, j’exprime mes émotions et idées aussi librement que je le fait sur ces pages (ce qui peut faire peur à pas mal de gens) et je suis quelqu’un de sociable et communicatif. Mais en dépit de tout ça, j’ai toujours limité mes interactions avec mes semblables et ce dès la petite enfance.

C’est toujours l’enfance qui fait mal, un peu moins chaque jour mais quand même il faut bien avouer que l’ombre de nos premiers traumatismes continue de planer sur nos vies d’adultes influençant consciemment et inconsciemment un grand nombre de ce que nous pensons être des choix libres et personnels.

Mes premiers souvenirs d’interactions avec les autres enfants remontent à la maternelle grande section. La maitresse nous faisait faire un bricolage à base de terre et je me souviens très bien l’avoir entendu dire :

« Les enfants regardez ce que fait Laurent, et bien ce n’est pas ça qu’il faut faire !  »

Ce jour là j’ai découvert simultanément que je ne serai jamais doué pour les travaux manuels et que toute ma vie mon travail serait examiné et comparé à celui des autres pour me classer parmi les bons ou les médiocres. Et oui, tout petit déjà la lutte des classes ! 😆

Mais mon autre souvenir concomitant avec ce dernier c’est bien celui de ma réaction. J’ai serré les poings en retenant mes larmes et en continuant de faire ce vase très moche qui est toujours sur l’étagère de ma chambre.

C’est ainsi que depuis mes 5 ans j’ai appris que les opinions des autres allaient me faire souffrir et que pour éviter cela, je devais assumer mes faiblesses et faire ce que moi j’avais envie de faire quitte à ne pas avoir d’amis faute de trouver des camarades partageant mes centres d’intérêts.

Et vu que tout gamin je préférai écouter des albums de Pink Floyd sur un magnétophone étendu dans l’herbe plutôt que de jouer à courir ou au foot, et bien forcément je suis resté seul dans mon coin et j’ai été taxé d’enfant « étrange ». Un enfant qui ne cherche pas à se mesurer aux autres dans les activités physiques et sportives libres ou structurées pour trouver sa place dans la meute (et tenter au passage de devenir un mâle alpha en culotte courte), un enfant qui tout petit déjà n’en a rien à faire des autres et ne cherche qu’à trouver sa voie sans se préoccuper de leurs avis, et bien forcément ça inquiète.

L’année de mon bac j’ai récupéré mon dossier scolaire et j’ai lu ce que les institutrices du primaire écrivaient de moi. J’étais décrit comme un enfant solitaire et taciturne faisant des dessins torturés. Car oui j’oubliais c’est aussi très tôt que j’ai découvert que je ne savais pas dessiner mais que cela n’allait pas m’empêcher de le faire quand j’en aurais envie ! 😆

Arrivé à l’école primaire j’ai découvert que j’avais certains talents qui allaient me simplifier les apprentissages. Ma très grande mémoire auditive et mes facultés de compréhension allaient m’aider à maitriser la lecture de façon courante bien avant les autres enfants. Personne n’a jamais pu m’expliquer pourquoi on ne m’a pas fait sauter de classe. Étant tant en avance, je suis resté au fond de la salle dans le coin lecture à dévorer les bandes dessinées dans les magazines Pilote et autres. C’est un très beau souvenir et là encore contrairement à ce qui aurait du être le cas pour n’importe quel autre enfant, je n’ai jamais ressenti une quelconque tristesse d’être séparé des autres. A vrai dire les mères des enfants en difficulté envoyaient leurs enfants jouer chez moi espérant qu’à mon contact ils progresseraient plus vite.

Car oui non seulement j’avais appris à lire mais je comprenais aussi beaucoup d’autres choses comme la valeur de l’argent, les expériences de chimie de mon coffret, l’électricité avec des petits circuits fermés… Bref j’avais trouvé ma place d’intello. J’avais aussi du succès avec les filles qui venaient chaque matin chez moi pour m’accompagner à l’école. Je me souviens d’ailleurs que je détestais faire les lacets et que j’avais décidé de ne pas apprendre à les faire et que du coup ce sont les copines qui venaient me faire mes lacets chaque matin ! Non je n’ai pas honte de raconter ça, c’est un souvenir tendre et drôle et personne n’a été forcé d’être mon esclave, c’était juste un moment de ma vie où tout me semblait possible.

Hélas en grandissant les autres rattrapèrent leur retard sur moi tandis que moi je stagnais faute de ne pas avoir de nouvelles stimulations. Arrivé au collège la découverte des mathématiques abstraites et de mes difficultés de raisonnement scientifique allaient faire de moi un élève moyen jusqu’à ce que mes parents décidèrent de m’envoyer dans le privé ou peu à peu je repris confiance en moi pour enchainer le bac avec mention bien, une maîtrise en droit privé puis une entrée accidentelle dans le monde de l’éducation spécialisée qui déboucha sur un diplôme d’état d’éducateur spécialisé obtenu à Strasbourg.

Alors non, tout ceci n’est pas un CV simplifié ni mes mémoires, c’est juste un exposé rapide des phases de ma vie, avec une popularité en montagnes russes qui explique les difficultés que j’ai eu à être comparé aux autres quand j’étais en bas du fait du souvenir de mes jours glorieux et au final le mode de vie que j’ai construit afin de limiter mes interactions sociales pour ne plus jamais avoir à me comparer à personne.

Au final voilà qui je suis en toute vérité. Un type honnête mais paresseux, jovial, extraverti mais imprévisible car dépourvu de filtres au niveau de la parole et des actes, généreux mais bourré de complexes et du coup se passant très bien des autres et surtout de leurs avis de peur d’être jugé et rabaissé. Et quitte à choquer encore d’avantage, j’ajouterai que je n’ai aucun regret, j’ai toujours vécu à coté des autres et non avec eux. Mais je reçois et rends des services avec reconnaissance et plaisir, je suis aussi content lorsque quelqu’un partage mes centres d’intérêt et désire passer du temps avec moi, mais je ne me fais aucune illusion sur l’amitié et encore moins sur l’amour qui pour moi relève de la psychopathologie.

Mais ça c’est un autre sujet dérangeant que je garde pour une autre fois… 😈

10 réactions sur “Le dégoût des autres

  1. Je me reconnais là en pas mal de choses… je diverge juste en ce qui concerne le côté artistique, ainsi que l’amour, j’ai malgré mon cynisme une âme romantique. Disons que des vrais amis je n’y compte pas plus que ça, et je ne vis pas mal d’être confinée sans interactions sociales directes, pourvu que j’ai la personne que j’aime avec moi. J’ai souvent eu la comparaison avec les autres enfants sur ma lenteur, régulièrement appelée « lambine » par mon institutrice de CM1, ça marque… à choisir il est vrai que j’aime faire bien les choses et avoir le temps de les faire. On vit à une époque où on n’a pas le choix que d’aller vite pour tout, mais quand je peux avoir ma bulle à l’écart de toute cette bousculade, je savoure… Fille unique donc dans sa bulle de solitude avec un chien pour seul compagnon, et des relations conflictuelles avec mes parents, qui sont bien plus supportables depuis quelques années que je ne vis plus chez eux, ainsi que du harcèlement scolaire, ça forge un caractère et on n’échappe pas à son enfance dans sa vie d’adulte (même inconsciemment) je suis bien d’accord…

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  2. Bah je vois qu’on est tous des  » bipèdes solitaires » … Perso, je me suis rapidement désocialisé il y a une douzaines d’années … J’évite le contact avec les gens, ça me gave d’ échanger des banalités sociales du genre « bonjour… Il fait beau aujourd’hui »,  » Ha oui, pourvu que ça dure! » . 🙂 Raz le bol d’écouter les gens qui me tiennent la jambe pour se plaindre , tout en faisant mine de compatir alors qu’on a tous nos problèmes.

    Du coup, pour sortir faire ou tenter de faire quelques photo c’est parfois compliqué (c’est con hein ?)

    Gros point positif, fini les week-ends déménagements des amis (ou pseudo-amis), ou des amis des mes amis 🙂
    Gros point négatif, bah faute d’interaction, je deviens un vieux con … Ou peut-être est-ce l’age qui veut ça , et mon cerveau se cristallise.

    Faute de stimulation, l’éponge qui avait soif de découvertes et de nouveauté s’atrophie pour laisser place à un vieux cerneau de noix.

    Vous voyez ? …. Moi aussi je sais tenir la jambe pour raconter ma vie …. Mais moi, c’est par pur sadisme ^ ^
    Bonne *soirée, *matinée, *journée, *appétit *(rayer la mention inutile)

    « Dans la vie, on est jamais seul, il y a toujours un con pour nous faire chier » (Francis Lalanne de de Saint-Exupéry – 890 av JCVD) 😉

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  3. Pardonnez les quelques fautes, j’ai pris la mauvaise habitude de me relire qu’une fois le post publié, et d’éditer par la suite … Mais là, je suis punis 🙂 … c’est sans filtre du coup 😉

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  4. Arrête de tout déformer… 😉 Je suis un solitaire alors que je n’ai pas de problèmes relationnels, j’ai juste compris que les autres ne m’apportaient plus de problèmes que de bénéfices, du coup je ne joue plus, je dis pouce et je fais mes trucs dans mon coin. La question que je me pose c’est est-ce que je peux continuer de vivre comme ça ? Apparemment oui, et je ne m’en porte pas plus mal. Cet article peut ainsi être résumé en quelques mots : Youpie je suis seul j’assume et j’aime ça car je me suis libéré de l’emprise du jugement des autres! 😀 Ce matin la grande de mon groupe m’a parlé du décès de son chat, je l’ai écouté et une fois de plus j’ai été sincèrement en empathie avec elle, je lui ai dit des mots pour l’aider, bref je fais un travail d’humain à humain tout en étant un asocial. C’est bien un truc d’éduc ça, édicter et porter des lois que l’on est incapable de faire valoir pour soi ! 😆

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  5. Je reviens donc,
    Ton témoignage m’a beaucoup plu, je me suis bien reconnue également.
    Enfant j’étais très solitaire, ado j’étais très solitaire, je fuyais les boîtes, les clubs de sports…les clubs de tout et surtout le « groupe » !
    J’étais une grande solitaire qui s’est socialisée sur le tard uniquement grâce à une période professionnelle où j’étais obligée de faire la « commerciale ».
    à la fac on m’appelait « l’autiste »…j’en tirais une certaine fierté 😉
    Je ne fonctionne pas en groupe, c’est au delà de mes forces, je ne le supporte pas, et à chaque fois que je fais des efforts je me prends une grosse pelle dans la figure avec force trahison….
    Depuis quelques temps je laisse mon St Bernard intérieur à la niche pour de grosses siestes bien méritées.
    Un exemple j’aime le yoga, parce que c’est typiquement une discipline où tu es avec toi même, et si tu es mal avec toi même ça ne peut pas accrocher…mais moi ça accroche plutôt bien;)
    J’ai un cercle très limité de personnes que j’aime comme on dit « inconditionnellement » et pour tous les autres j’apprends tous les jours, parce que les relations humaines ce n’est pas simple et que nous vivons une époque étrange où je trouve qu’il y a beaucoup de consommateurs, de personnes qui prennent et qui ne songent pas qu’ils peuvent apporter quelque chose à cette prétendue « grande fête » qu’est la vie.
    Le secret c’est de se trouver en bonne compagnie avec soi même, et nous ne sommes pas forcément éduquer dans ce sens, on pense à tord que ce dont nous parlons est la marque de l’égoïsme mais pas du tout , c’est super sain d’être en bonne compagnie avec soi même.
    Depuis toujours je dis à mes filles  » ton meilleur ami c’est toi même » cultivez cela, une certaine idée de la bienveillance qui commence par soi même !
    bises Laurent et merci de nous accueillir chez toi si généreusement
    Bonne soirée
    Corinne

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    • Merci pour ce beau Témoignage Corinne. C’est vrai que c’est un peu bizarre de me livrer comme ça sur ce blog, mais bon c’est sans doute histoire de faire un peu le point sans l’aide d’un psy. Je travaille avec eux je savent ce qu’ils valent. Bon bref, j’aime ton idée d’être en bonne compagnie avec soi-même, j’y travaille mais pas trop non plus car sinon je risque de devenir trop sociable et je veux rester dans ma confortable solitude. 😆 Tout comme toi, j’ai un petit cercle de personnes autour de moi mais ils sont à l’essai car ils me déçoivent et je les déçois aussi de façon régulière. Mais bon à priori chez eux pas d’hypocrisie, juste un peu pour que ça coule entre nous mais je ne m’en formalise pas. Bon et bien continuons ainsi ! Encore merci pour ton beau message, bises ! 😀

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      • L’hypocrisie c’est pas grave,c’est comme de la graisse que tu passes dans des engrenages pour que ça glisse mieux
        L’horreur pour moi c’est la mauvaise foi…
        Je ne supporte pas la mauvaise foi,cela me fait fuir.
        Ma mère était bouffée par la mauvaise foi,cela m’a tellement fait souffrir…

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