Emotional week #7 : Montagnes russes

Au moment de mettre un terme à cette thématique émotionnelle, je me sens obligé d’évoquer ma journée de jeudi qui a été un jour justement un peu trop riche en émotions. Entre les photos que je n’ai pas prises et celles faites ce jour là mais que je n’ai ni le droit ni l’envie de montrer, il ne reste donc plus qu’une illustration possible de ce jour de folie et c’est celle-ci :

La photo parle d’elle-même mais je vous raconte tout de même les événements qui ont fait de mon jeudi 25 mars un jour un peu trop intense à mon goût.

Le matin je me rends à l’établissement pour faire passer mon petit démon dans le bureau de la directrice afin de lui « remettre du cadre » comme on dit dans notre milieu, c’est à dire pour lui rappeler les interdits. Le véhicule arrive avec l’enfant dont les premières paroles sont « Je n’ai pas trop envie de venir là » Il refuse de sortir du véhicule, je dois donc le porter jusqu’à l’intérieur puis le trainer comme une serpillère dans le bureau. Une fois entré il refuse de s’assoir commence à jeter une chaise, refuse d’écouter chantonne puis hurle pour ne pas entendre ce que ma directrice essaie de lui dire. C’est sans doute méchant de ma part, mais je suis heureux qu’elle se rende compte de nos difficultés avec cet enfant et avec 3 autres de ses camarades soit le tiers du groupe. L’entretien est un échec et l’enfant va multiplier les crises avant que le soir même pendant la réunion de groupe, la psychologue nous donne une nouvelle façon de voir les choses. En résumé, cet enfant profondément immature n’a pas atteint le stade œdipien (le stade de développement où l’on accepte la loi posée par les autres et la société) il en est encore au stade de la socialisation primaire caractérisée par une illusion de toute puissance et le refus de différer et encore plus de renoncer à ses envies ou pulsions. Du coup lorsqu’il s’oppose et entre en crise, rappeler les règles et les interdits ne sert qu’à aggraver la situation en accentuant sa frustration. Il faut donc faire rupture, passer à autre chose et trouver un moyen subtil de faire entrer du manque c’est à dire de l’aider à accepter qu’il doit attendre pour avoir les choses et que cette attente n’est pas si difficile que ça à gérer. C’est ainsi que depuis vendredi matin ma façon de travailler avec ce jeune garçon est devenue très spéciale, je démine chaque opposition et je trouve des moyens de le laisser croire qu’il contrôle les choses tout en symbolisant à l’aide de différents supports la notion de manque et d’attente. Exemple datant de hier : Son anniversaire est en juillet, le voici qu’il commence à se fâcher de devoir attendre je le sens qui commence à se transformer en Hulk… Je lui demande avec une voie douce de venir avec moi devant le grand calendrier mural que j’ai fabriqué, je lui montre le temps qui reste avant la mi-juillet et je lui donne une craie pour qu’il barre le jour d’aujourd’hui. Par ce simple geste il expérimente une certaine forme de contrôle sur l’attente, un jour de barré c’est une attente qui se raccourcie, ce manque va donc peu à peu lui faire moins peur jusqu’au jour où il pourra le gérer de façon autonome. Je lui montre aussi toutes les choses sympas qui vont arriver avant cette date. Le voici rassuré et calmé, il reprend son travail avec moi à ses cotés. Travailler ainsi est épuisant surtout qu’avec ma collègue qui n’est pas souvent avec moi et la maitresse, nous en avons 12 autres à gérer avec des soucis soit un peu similaires soit différents ou soit pire, avec des soucis qui ne produisent ni pleurs ni cris et qui restent ainsi souvent peu ou mal accompagnés.

Les crises de cet enfant et le cheminement intellectuel et professionnel effectué dans la même journée ont donc été un vrai Lunapark émotionnel avec des montées et des descentes violentes d’adrénaline. Dans la foulée, ma collègue avec laquelle je m’entends vraiment très bien et que j’appelle avec malice « Maman » (car elle aussi utilise des biais stratégiques très féminins et maternels pour tirer ce qu’elle veut de moi 😆 ) m’annonce qu’elle va devoir se faire opérer pour un petit souci de santé cela m’inquiète non pas pour elle mais pour l’enseignante et moi car je sais que l’on va nous demander de faire sans elle. Nouvelle chute de moral.

A midi après manger (après avoir regardé les enfants et les adultes manger sans mesures de protection en gardant mon masque FFP2) je décide de me rendre au centre de vaccination de l’autre coté de la route pour tenter pour la seconde fois d’avoir un rendez-vous pour me faire vacciner. J’arrive devant le bureau installé dans le hall du gymnase reconverti en vaccinodrome et je me présente sans aucun papier ni autre forme d’attestation. Le secrétaire me demande d’attendre va voir dans une pièce à coté et me dit et bien on peut vous vacciner tout de suite ! Amusé par ce retournement de situation je me sens comme un type un peu éméché qui décide d’entrer dans un salon de tatouage ou comme un parachutiste qui au moment de faire son premier saut se laisse tomber en hurlant « Geronimo ! », bref je me jette dans le vide sans réfléchir et surtout sans penser aux discours inquiétants que j’ai tenté d’éviter le plus possible. J’ai ainsi reçu ma première dose de vaccin Pfizer ce jeudi 25 mars à 13h05 et si vous vous posez la question aucun effet mis à part un bras un peu gonflé et légèrement douloureux pendant 36 heures. Je rentre à l’école en allant voir les membres de mon équipe et les enseignants de l’établissement avec lesquels je m’entends bien (c’est à dire tous sauf un) et je brandis mon attestation en faisant le pitre puis en réalisant peu à peu que je tire une certaine fierté de mon geste au point de me retrouver le reste de la journée sur un petit nuage, j’étais comme ivre, ivre de ma victoire sur une de mes peurs au point de me comporter un peu bizarrement, une ivresse qui a un peu saoulé mes collègues mais pas de soucis pour elles, elles ont l’habitude ! 😆

C’est donc dans cet état que j’ai participé à la réunion avec la psychologue de 16h30 à 18h00 avant de rentrer chez moi et de décider d’aller acheter une pizza histoire de me rassasier et de faire manger ma mère âgée. Et c’est là dans cette petite boutique que je me suis trouvé nez à nez avec un forcené. Non, le grand huit émotionnel n’était pas encore terminé. Par contre je laisse cette histoire pour mardi prochain le temps de prendre de la distance et de structurer mon récit afin de tirer les leçons de cette rencontre peu commune.

Là c’est samedi, fin de la semaine émotionnelle, je suis resté au lit jusqu’à 10h00 comme un ado, j’étais claqué nerveusement. Je l’ai peut être cherché avec mon concept thématique ! 😆

Une réaction sur “Emotional week #7 : Montagnes russes

  1. Tu as été rattrapé par l’histoire…
    Pour le vaccin c’est bien, tu as l’air content !!
    Pour le gamin, c’est l’angoisse totale cette histoire. Et je vois bien qu’en professionnel tu essaies d’appréhender la chose avec beaucoup de bienveillance, mais là c’est une situation hors-norme, le petit est complètement border line …
    Tu as raison de te faire plaisir avec une bonne pizza, Moué !

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