Instants de solitude

Je viens de rentrer d’une journée de travail des plus étrange. Nous avons présenté notre chanson sans le jeune qui est au clavier et qui était malade et bien sûr le résultat a été très décevant par rapport au niveau que les enfants avaient atteint pendant les répétitions.

Mais bon cela n’est pas le plus important.

Aujourd’hui je parlais à ma collègue de mon idée d’offrir un cadeau à une jeune fille du groupe à l’occasion de son départ. Mon idée c’était de lui donner un collier avec en guise de pendentif le médiator qu’elle avait utilisé pour jouer de la basse dans le spectacle d’aujourd’hui. C’est alors que je reçois une réaction qui m’a déstabilisé, puisqu’elle me répond que mon idée est plus que mauvaise mais carrément déplacée.

Et là encore je réagis avec une certaine émotion comme un gamin choppé la main dans le bocal à bonbons car oui, je viens encore de me faire prendre à ce piège dans lequel je tombe chaque fois que je dis au revoir à des enfants avec qui j’ai beaucoup partagé de choses. Le piège de l’attachement.

Dans notre métier il existe plusieurs doctrines pour gérer le coté humain de la relation éducative. J’ai ainsi des collègues qui réfutent l’idée même d’attachement vis à vis des enfants et se borne à une bientraitance très professionnelle sans aucune émotion superflue, d’autre avouent avoir des préférences pour tels ou tels enfants, d’autres enfin comme moi investissent beaucoup certains enfants au point de ressentir un immense sentiment de perte et donc de tristesse lorsque vient le moment de passer le relais à d’autres professionnels.

Dans mon cas cela va encore plus loin puisque ce sentiment de perte se double d’une autre émotion encore plus triste, celle d’un constat sur ma vie personnelle qui prend la forme d’un genre d’amertume. Je pense à ces enfants avec qui j’ai partagé tant de choses et qui vont partir, vivre et devenir alors que moi je ne reçois que ce sentiment de perte et la perspective une vie qui ne cesse de perdre sa saveur comme un chewing-gum mâché trop longtemps.

Oui c’est stupide, mais voilà, ma vie en plus de perdre son intérêt ne cesse de se compliquer avec de plus en plus de choses à gérer notamment avec ma mère âgée et une totale absence d’aide.

Je vais donc encore vivre un été pourri, un été qui font partie de ceux que l’on oublie et pour tenter d’échapper à cette souffrance pour tenter de positiver et de me donner un bon rôle de gentil éducateur, j’ai voulu offrir un collier à une gamine en me mentant à moi-même sur mes vraies motivations. Dans ma tête c’était pour qu’elle ait un souvenir de son concert et qu’elle garde son médiator comme le symbole durable d’un moment de réussite lui rappelant qu’elle est capable de réussir. Mais au niveau de mon subconscient c’était lui imposer le souvenir de son vieil éducateur qui va sans doute encore pleurer comme un gosse au moment de lui dire adieu. Laisser un petit bout de moi l’accompagner dans sa vie future pour que je puisse devenir autre chose que ce que je suis destiné à être pendant les quelques années qui me restent à vivre.

Car oui je suis un être très sensible dans tous les sens du terme, c’est à dire que je ressens les choses et les émotions des personnes et que je suis souvent submergé par mes états d’âme. Je mouille d’ailleurs mon clavier de mes larmes rien qu’en tapant ces lignes. Et à chaque été à chaque au revoir ce sera la même chose, un sentiment de perte, une jalousie face à une vie qui s’élance alors que la mienne périclite.

Au final les psychologues dans les centres de formations devraient peut-être écarter les candidats présentant des carences affectives et des vies pathétiques. Mais pour ceux qui comme moi sont passés à travers, il ne reste plus qu’une chose à faire, remplir sa vie avec autre chose que le travail.

Mes projets estivaux et ma musique suffiront-ils pour cela ? J’en doute car chez moi les manques affectifs sont si forts que j’ai débranché la machine depuis longtemps.

Le souci c’est qu’elle se rebranche chaque année au mois de Juillet et que pour la déconnecter complétement il n’y a qu’une solution que je n’ai toujours pas le courage d’utiliser.

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