Le concours

Chaque année les éleveurs de chevaux comtois se retrouvent dans un village du coin. C’était jeudi dernier 13 aout et cette fois-ci j’y suis allé avec mon Yashica Mat 124G et en suivant un éleveur trop concentré pour faire attention à un mec de mon gabarit qui tourne autour de lui et de sa jument de concours avec un TLR 😆 . J’ai ainsi fixé sur film Kodak Portra 160 un instant intéressant, celui de la divulgation des classements, qui selon moi illustre bien la dualité de ce rassemblement.

Car oui, d’un coté le public vient en masse uniquement pour voir et toucher les chevaux sans rien comprendre de ce qui se passe vraiment.  Notez par exemple la fille sur la droite qui regarde dans l’autre sens tellement elle se fiche des résultats qui sont proclamés. Les éleveurs quand à eux sont sous l’emprise d’un stress énorme. Ce que peu de gens savent, sauf ceux qui comme moi ont grandi avec des fils de paysans et d’éleveurs, c’est que dans un comice, c’est leur travail sur plusieurs années qui est jugé par les experts selon des critères très complexes.

Un échec ou une bonne place ont tous deux des grandes conséquences sur leurs crédibilité et leur avenir économique dans ce secteur. Bref oui, ce sont pas mal de choses qui se jouent pour les éleveurs au moment des résultats, d’où cette tension bien palpable et je l’espère visible dans cette photo :

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Yashica Mat 124G Portra 160, photo faite jeudi et développé aujourd’hui, scan V700

Entre le stress de l’éleveur et celui du cheval on a un flou de bougé sur certaines parties du corps des deux sujets mais franchement je trouve que ça transcrit encore mieux cette tension que j’évoque plus haut.

Ma guerre contre les choses est presque terminée, j’ai de nouveau accès à mon labo et j’espère avoir le temps (chronologique et météorologique) pour me lancer dans le 8×10 C41 (la diapo 8×10 c’est déjà testé). A suivre dimanche prochain ?

Souvenirs de pêche

Lundi 14 août 2006

Cher Francis,

       Le vent est enfin tombé, le vent de terre soufflant vers la mer s’est apaisé et laisse sa place au vent de mer qui commence à souffler.

Après deux semaines d’attente, je peux enfin sortir mon matériel de pêche.

Bien entendu, malgré mon inspection d’avant le départ, je me rend compte que mes cannes sont abîmées et que mon moulinet est mal préparé. le problème c’est que je m’en rend compte sur le rocher.

J’improvise quelques réparations de fortune sous les yeux intrigués d’une bande de bedeaux qui s’arrêtent sur le quai pour me regarder pêcher. Les réparations ne tiennent pas plus d’une heure et moi je suis à deux doigts de balancer mon matériel à l’eau afin de donner un exutoire à toute cette frustration qui m’envahit. Mais je reste là, gérant mon impuissance à contrôler la situation tout en faisant face aux regards des autres pécheurs et de la demi douzaine de personnes qui se trouve toujours derrière moi. Peut être attendent-ils que je fende le chenal en deux comme Moïse… 

D’autres pêcheurs arrivent et lancent leurs bouchons quasiment sur le mien si bien que les lignes s’emmêlent. A gauche comme à droite mon rayon d’action se réduit alors que les difficultés techniques se multiplient. Mon moulinet bloque le fil, la petite boule d’arrêt du bouchon ne reste pas à sa place et envoie mon hameçon racler le fond de l’eau.

Malgré tout cela je réussis de temps à autres à effectuer un lancer correct et là ce sont les chalutiers qui arrivent m’obligeant à relever ma ligne pour ne pas risquer d’emmêler mon fil dans leurs hélices. 

Puis enfin je me retrouve avec une pelote inextricable de nylon dans les mains créée par mon moulinet et mes nerfs défaillants. 

Là je n’y puis plus, je tape l’eau avec ma canne d’un grand coup rageur avant de replier le matériel pour rentrer.

Bilan de la journée: 5 euros de vers qui n’auront servi qu’à m’énerver pendant deux heures et demi et tout cela pour deux touches…

Mais tu le sais bien Francis, je suis obstiné j’y retournerai donc demain. En attendant je vais plonger dans la mer qui commence à faire des jolies vagues bien sympathiques…

En relisant tout ça 14 ans plus tard, je trouve la scène presque comique, non ouvertement comique.

Quelques années plus tard, je laissais tomber la pêche comprenant que cette activité se résumait à jeter de l’argent dans l’eau et surtout en remarquant la ratification des poissons dans le chenal et sans doute ailleurs. Alors entre participer à un massacre écologique (tuer des poissons et polluer avec mes maladresses) et gaspiller mon argent, j’ai tout laissé tomber pour passer plus de temps dans l’eau.

Comme j’aimerai y être dans cette eau bien fraiche… La mer me manque et je me demande si je la reverrai un jour. 😥

Parenthèse enchantée

Hier c’était ma fête et pour une fois ça a été ma fête dans le sens positif, une bonne saint Laurent pendant laquelle j’ai fait un bénéfice net (après déduction des frais Paypal) de 801 euros. J’ai atteint cette somme sympa en vendant un reflex numérique dont je ne me sert plus, les chaussures de ma mère pour 5 euros (je lui ai donné ses sous), du film rare à un copain 😉 et surtout ma chambre Sinar Norma 13×18. En 13×18 (5×7″) je garde donc la P et je vends la Norma, une chambre par format c’est logique ! C’est ça la rationnalisation !  😎

Ces dernières semaines je me suis rendu compte de plusieurs choses, en premier lieu du poids des choses qui s’entassent autour de moi, m’emprisonnent et ne me procurent plus de plaisirs et aussi de la fragilité de ma situation. A 47 ans je vis chez ma mère en lui payant un loyer qui est prélevé chaque mois ainsi que mes autres dépenses assurances téléphones etc. Si j’ajoute mes petits plaisirs et mes achats de matériel, il devient très difficile de pouvoir économiser pour faire face à la suite quand le moment sera venu.

L’argent c’est quelque chose d’étrange, il est si facile à dépenser mais si difficile à gagner… Mes ventes ont été compliquées à faire avec les photos et les renseignements de plus en plus complexes à donner sur les plateformes de vente. Cela prend pas mal de temps et au final entre les frais Paypal et les autres on se rend compte que l’on vend très souvent à perte. Mais qu’importe…

C’est ainsi que depuis mes « petites révélations » j’ai commencé à me soucier bien plus des questions d’argent. J’ai ainsi commencé à vendre tout ce que je pouvais et je ne vais pas m’arrêter de sitôt car je veux me constituer un véritable tapis de secours face aux incertitudes multiples de cet avenir plus sombre de jour en jour. Je vais aussi réduire de façon drastique ma consommation de bière et de nourriture locale ( dommage pour la brasserie du village) et renoncer à tous mes projets d’achat de biens non essentiels.

Bref je vais vivre sans le moindre plaisir hormis celui de la musique. La musique que je fais avec mes exercices et celle que je continue d’étudier avec mes cours payants de basse et de guitare, car oui ça avance et vu le progrès positif et le plaisir réel que cela me procure, je serai stupide de tout arrêter. En plus de ça j’en ai besoin pour le boulot afin de mener à bien une action éducative reposant sur la musique.

Un homme seul tel que moi n’a besoin de rien d’autre que d’un peu de nourriture (ces dernières semaines il n’y a que trois repas par semaine car trop chaud et pas motivés pour cuisiner), d’un toit et d’une connexion Internet pour avoir accès à du contenu gratuit.

Mais cela suffira-t-il à me donner mon quota de plaisirs ?

Ah mais oui c’est vrai ! J’allais l’oublier une fois de plus ! Je n’ai pas le droit d’être heureux, alors du coup le moindre plaisir sera bien suffisant pour m’empêcher de tomber dans la grande déprime ! 🙄

Pacha, mais fonctionnaire à la retraite !

Vendredi, le monde entier apprenait dans un tweet que Mr Palmerston, chargé du problème des rongeurs au ministère des affaires étrangères et éloigné de son poste par les mesures anti-corona virus, prenait sa retraite dans une maison de campagne après 4 ans de bons et loyaux services auprès du corps diplomatique.

4 ans de travail ce n’est pas si long, moi-même j’en ai 21 et ma retraite tout comme la femme de ma vie je ne suis pas prêt de la toucher !!!

Mais bon, vu que Palmerston est un chat qui a un compte twitter, suivi par 105 000 folowers. 4 ans du coup c’est effectivement un age correct pour prendre sa retraite ! 😆

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Ce genre de délire à la fois très drôle et très british dans l’utilisation d’un « nonsense » bien maitrisé est l’une des raisons pour lesquelles j’adore les anglais.

Je ne résiste pas à l’envie de vous montrer sa lettre de démission !

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Ce délire m’a bien fait rigoler, et crotte aux esprits chagrins qui trouvent cela stupide et vain.

Bonne retraite à Mr Palmerston, sa nouvelle adresse reste bien sûr cachée pour éviter que le souris montent une opération commando pour venger leurs compagnons morts sous ses crocs ! 😆

 

Archive estivale

Il y a 14 ans je passais donc mon été en bord de mer, un mois complet et chaque soir je supportais ou je participais aux animations proposées. Parmi elles il y avait la caravane publicitaire de la française des jeux, une grosse machine à faire du fric en vendant des illusions. Je m’étais donc défoulé sur cet envahisseur…

Archive du lundi 7 août 2006

Cher Francis,

       Ce matin il ne reste plus beaucoup de traces du passage de la caravane publicitaire de la française des jeux. Quelques affiches oubliées, des prospectus et des grilles perdantes jetées négligemment par terre par des personnes désabusées…

Je dois te dire que je me suis rendu au spectacle de la veille. J’espérais gagner quelque chose vu que j’avais ramassé une bonne dizaine de bulletins. Je rêvais même de me voir attribuer une télévision afin de remplacer celle de ma chambre qui m’a lâché avant de partir en vacances…

J’avais quelques espoirs mais je n’y croyais pas vraiment, je pronosticais même que le grand prix irait à des parisiens. Cependant avant de découvrir que j’avais raison j’ai du supporter le spectacle de la française des jeux et là vraiment il y a de quoi dire…

L’année dernière la soirée s’articulait autour d’un show biscornu s’inspirant vaguement des quatre éléments. Cet été par contre le but affiché était clairement de faire de la publicité pour le loto ainsi que pour les partenaires de la tournée en intercalant des spots d pub sur écran géant entre chaque numéro.

Les numéros parlons-en… Le concours du meilleur animateur gagné par un mec du coin qui assurait pas trop mal, le concours de chanteur gagné, et là c’est une bonne surprise, par le jeune franco chinois Chang dont je te parlais hier, et enfin un spectacle mettant en scène trois personnages imaginaires qui devine, gagnaient au loto et réalisaient leurs rêves…

C’est à ce stade du spectacle que j’ai pris conscience des clichés accumulés dans ces tableaux sordides. Des lieux communs balancés avec tant d’assurance à la tête du public que l’ensemble créait une très forte violence symbolique.

Alors dans le détail il y avait le premier personnage, un Karim de la banlieue qui fait du rap dans sa cave et qui avec le pognon monte son club privé et se fait aduler par tous. Une autre abrutie, mère de famille sans travail qui avec le pognon devient une star à Hollywood et enfin un troisième larron sûrement le plus méprisable, un informaticien qui claque le pognon pour faire des voyages « culturels » avant de faire une opération humanitaire en Afrique. Démagogie, bons sentiments de bas étage, tout pour plaire à la foule qui ne remarquait que la forme du spectacle certes fort réussi sur ce point, sans prendre conscience de la stupidité mercantile du message publicitaire ainsi véhiculé.

Un tel spectacle en banlieue aurait de quoi déclencher de vraies émeutes vu la force de la violence symbolique qu’il porte en lui.

Le but est bien sûr de faire rêver la foule d’une vie meilleure et de lui faire croire qu’en jouant au loto cela est possible, les trois personnages représentent sans doute trois cibles  visées par les cadres commerciaux de la française des jeux car peut-être que pour eux le produit « loto » peine à fonctionner…

Des manipulations publicitaires nous en recevons chaque jour et partout mais pour ma part c’est la première fois que j’en vois de si insultantes pour l’intelligence humaine. Le dieu argent y est vénéré en maître absolu vu qu’il a le pouvoir de réaliser tous les rêves à commencer par celui qu’ont en commun ces trois caricatures humaines, celui de devenir célèbre.

Quel beau message pour les jeunes venus assister en masse au spectacle

Ainsi en résumé j’ai assisté à un joli spot publicitaire de près de trois heures qui par des biais multiples raconte et affirme que dans la vie seul l’argent et la célébrité qu’il procure compte, et que bien sûr pour avoir un gros paquet de pognon il existe un moyen simple qui est le loto… Super…

Et j’ai du endurer tout ça pour me rendre compte à la fin de cette insulte gigantesque au genre humain que je n’avais aucune chance de gagner quoique ce soit et que comme prévu la TV a écran plat allait être gagnée par des parisiens…

Seule consolation, la pétasse d’office, oui tu sais la « célébrité » baladée par la caravane publicitaire a eu un accueil très mitigée en présentant une chanson de son premier album…

Resterait-il un espoir? Je ne crois pas, car pour regarder cette merde démagogique, plus de 15 000 personnes s’étaient rassemblées sur le front de mer, la promesse de cadeaux n’explique pas tout…

Et moi dans tout ça ? Moi aussi j’ai cru un instant à ma chance et j’ai été attiré dans ce piège grossier, mais je pense avoir gardé ma lucidité, ce que je viens de te raconter en est, je l’espère, le gage…