Archive estivale

Il y a 14 ans je passais donc mon été en bord de mer, un mois complet et chaque soir je supportais ou je participais aux animations proposées. Parmi elles il y avait la caravane publicitaire de la française des jeux, une grosse machine à faire du fric en vendant des illusions. Je m’étais donc défoulé sur cet envahisseur…

Archive du lundi 7 août 2006

Cher Francis,

       Ce matin il ne reste plus beaucoup de traces du passage de la caravane publicitaire de la française des jeux. Quelques affiches oubliées, des prospectus et des grilles perdantes jetées négligemment par terre par des personnes désabusées…

Je dois te dire que je me suis rendu au spectacle de la veille. J’espérais gagner quelque chose vu que j’avais ramassé une bonne dizaine de bulletins. Je rêvais même de me voir attribuer une télévision afin de remplacer celle de ma chambre qui m’a lâché avant de partir en vacances…

J’avais quelques espoirs mais je n’y croyais pas vraiment, je pronosticais même que le grand prix irait à des parisiens. Cependant avant de découvrir que j’avais raison j’ai du supporter le spectacle de la française des jeux et là vraiment il y a de quoi dire…

L’année dernière la soirée s’articulait autour d’un show biscornu s’inspirant vaguement des quatre éléments. Cet été par contre le but affiché était clairement de faire de la publicité pour le loto ainsi que pour les partenaires de la tournée en intercalant des spots d pub sur écran géant entre chaque numéro.

Les numéros parlons-en… Le concours du meilleur animateur gagné par un mec du coin qui assurait pas trop mal, le concours de chanteur gagné, et là c’est une bonne surprise, par le jeune franco chinois Chang dont je te parlais hier, et enfin un spectacle mettant en scène trois personnages imaginaires qui devine, gagnaient au loto et réalisaient leurs rêves…

C’est à ce stade du spectacle que j’ai pris conscience des clichés accumulés dans ces tableaux sordides. Des lieux communs balancés avec tant d’assurance à la tête du public que l’ensemble créait une très forte violence symbolique.

Alors dans le détail il y avait le premier personnage, un Karim de la banlieue qui fait du rap dans sa cave et qui avec le pognon monte son club privé et se fait aduler par tous. Une autre abrutie, mère de famille sans travail qui avec le pognon devient une star à Hollywood et enfin un troisième larron sûrement le plus méprisable, un informaticien qui claque le pognon pour faire des voyages « culturels » avant de faire une opération humanitaire en Afrique. Démagogie, bons sentiments de bas étage, tout pour plaire à la foule qui ne remarquait que la forme du spectacle certes fort réussi sur ce point, sans prendre conscience de la stupidité mercantile du message publicitaire ainsi véhiculé.

Un tel spectacle en banlieue aurait de quoi déclencher de vraies émeutes vu la force de la violence symbolique qu’il porte en lui.

Le but est bien sûr de faire rêver la foule d’une vie meilleure et de lui faire croire qu’en jouant au loto cela est possible, les trois personnages représentent sans doute trois cibles  visées par les cadres commerciaux de la française des jeux car peut-être que pour eux le produit « loto » peine à fonctionner…

Des manipulations publicitaires nous en recevons chaque jour et partout mais pour ma part c’est la première fois que j’en vois de si insultantes pour l’intelligence humaine. Le dieu argent y est vénéré en maître absolu vu qu’il a le pouvoir de réaliser tous les rêves à commencer par celui qu’ont en commun ces trois caricatures humaines, celui de devenir célèbre.

Quel beau message pour les jeunes venus assister en masse au spectacle

Ainsi en résumé j’ai assisté à un joli spot publicitaire de près de trois heures qui par des biais multiples raconte et affirme que dans la vie seul l’argent et la célébrité qu’il procure compte, et que bien sûr pour avoir un gros paquet de pognon il existe un moyen simple qui est le loto… Super…

Et j’ai du endurer tout ça pour me rendre compte à la fin de cette insulte gigantesque au genre humain que je n’avais aucune chance de gagner quoique ce soit et que comme prévu la TV a écran plat allait être gagnée par des parisiens…

Seule consolation, la pétasse d’office, oui tu sais la « célébrité » baladée par la caravane publicitaire a eu un accueil très mitigée en présentant une chanson de son premier album…

Resterait-il un espoir? Je ne crois pas, car pour regarder cette merde démagogique, plus de 15 000 personnes s’étaient rassemblées sur le front de mer, la promesse de cadeaux n’explique pas tout…

Et moi dans tout ça ? Moi aussi j’ai cru un instant à ma chance et j’ai été attiré dans ce piège grossier, mais je pense avoir gardé ma lucidité, ce que je viens de te raconter en est, je l’espère, le gage… 

Ré-ouvrir les vieilles blessures…

Hier dans un moment d’égarement et pour rendre un service à mon frère, j’ai ouvert un compte Facebook sous un pseudo débile. J’ai vite casé trois photos et j’allais chercher un moyen de le fermer quand tout à coup j’ai eu cette idée stupide.

Tenter de la retrouver et de la joindre.

Alors attention, cette fois on va parler d’amour !

Il y a une trentaine d’année au lycée, je suis tombé amoureux d’une fille de ma classe mais entre mes complexes et mon statut de loser notre relation s’est limitée à une grande amitié platonique vécue à grand coup de séance de ciné et d’échanges épistolaires. Le bonheur de recevoir une lettre, objet physique et personnel de l’être aimé (même unilatéralement) dans sa boite aux lettres…

Je me souviens encore très précisément du jour où mon cœur a explosé d’amour pour elle. C’était un mardi d’octobre 1991 en cours de maths. La prof venait de me poser une question à laquelle je ne savais pas répondre. Les autres jeunes s’étaient moqués de moi et j’avais fondu en larmes en les suppliant de cesser de se moquer de moi. Et c’est là qu’elle était intervenue pour prendre ma défense devant toute la classe. Pour la première fois quelqu’un semblait s’intéresser à moi, alors comme un animal blessé et affamé, j’ai passé le reste de mes années lycée à tenter de suivre la main qui m’avait apporté un peu de réconfort et d’espoir.

Nos chemins se sont séparés en 1992, après le bac je ne l’ai revue qu’une seule fois et déjà il était devenu plus difficile de parler ensemble. Par la suite elle est partie à Paris s’est mariée a eu deux enfants a divorcé et est partie dans le sud où elle fait un travail peu gratifiant tout en rêvant de pouvoir retourner dans notre région.

Et ça, c’est ce qu’elle m’a raconté hier. Car oui, avec ce réseau social j’ai vite eu fait de la retrouver. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me réponde si vite mais elle l’a fait. Reste à savoir si elle va désirer poursuivre nos échanges sur Internet…

La vie est pleine d’ironie, elle pensait que j’étais devenu riche avec une bimbo au bras et moi je pensais qu’elle était dans la restauration de luxe avec une famille épanouie… Comme quoi ce genre de futur n’existe que dans les films.

Alors nous voici tous deux avec nos désillusions, nos vies en lambeaux et nos difficultés familiales. Alors que faire si nous décidons de prolonger nos échanges ? Finir par se revoir cet été ? Et puis ? Comprendre que nous n’avons plus rien en commun ce qui pour moi aurait pour effet de détruire à jamais la seule romance de ma vie ? Ou alors continuer à se faire coucou sur le web avec des petites conversations futiles en attendant que je trouve le courage d’évoquer avec elle nos relations passées espérant qu’elle m’avoue enfin si un jour, une fois, elle a eu elle aussi des sentiments pour moi. Si elle dit non je serai enfin apaisé et si elle dit oui alors là c’est clair que j’aurai du mal à monopoliser mes facultés de résilience pour surmonter le choc.

Car oui, cet amour a toujours été très particulier pour moi, c’est la seule fois où j’ai aimé une fille en dehors de toute pulsion sexuelle. Adolescent avec mes hormones qui bouillonnaient, je ne regardais jamais son corps mais seulement ses yeux,  je ne désirais qu’une seule chose c’était passer le plus de temps en sa compagnie. Je n’ai jamais fantasmé sexuellement sur elle mais je rêvais de voyager avec elle dans le monde entier.  A l’époque j’étais jaloux de tous les garçons qui l’approchaient. Mon amour pour elle était aussi pur qu’exclusif et dévorant, bref une vraie maladie.

Un baiser échangé avec elle aurait sans doute changé ma vie entière, j’en suis convaincu mais hélas cela ne s’est pas fait. J’ai tenté plusieurs fois de lui faire comprendre l’amour que j’avais pour elle parfois de façon très directe avec des phrases du genre « j’aurai tant aimé t’embrasser une fois dans ma vie » , j’avais même vidé mes économies pour lui acheter un pendentif en or avec sa chaine, bref j’ai fait tout et n’importe quoi en faisant attention de ne pas la brusquer pour ne pas me faire jeter pour de bon.

Le pire épisode dont je me souviens, c’est de l’avoir supplié de me donner une chance, je me souviens de cette soirée où elle m’a entrainé sous le pont en attendant que je fasse le premier pas chose que je n’ai jamais osé faire. Au final ce grand amour à sens unique a fini par bloquer toute romance en moi en me renvoyant une image de moi-même des plus pitoyable.

Le plus triste dans tout cela c’est qu’à l’époque il y avait une autre fille qui vivait la même chose que moi sauf qu’elle n’avait jamais osé m’avouer ses sentiments et attendait que je me rende compte de sa présence et de ses désirs en passant du temps avec moi. Je pense qu’elle m’a aimé lorsque je l’ai consolée dans le bus un samedi matin car elle pleurait après avoir eu un 5 en philo sur le sujet « le jeu n’est-il qu’un jeu ». Elle n’avait pas fait la partie pour dire oui le jeu est tout d’abord un simple jeu… Le prof avait hurlé que nous ne savions pas lire un énoncé (Mais comment est-ce que je me souviens de tout ça ?  😯  ) Je me souviens lui avoir dit des choses sympa pour la réconforter (j’avais eu une bonne note) et je me souviens avoir vu quelque chose dans ses yeux et je me souviens aussi des autres signes qu’elles m’avait laissé par la suite. Mais moi, hypnotisé par mon amour dévorant, j’avais remarqué tout ça tout en choisissant de l’ignorer. C’était une copine sympa que jamais bien mais mon cœur ne battait que pour cette autre fille.

Quelle aurait été ma vie si un de ces deux amours avait donné quelque chose ? Une relation d’adolescents de quelques mois aurait sans doute suffit à me donner une autre image de moi-même en diminuant mes complexes. Je peux même imaginer que fort de cette nouvelle confiance en moi, j’aurai étudié de façon plus correcte au point de faire fructifier mes diplômes pas comme cette maitrise de droit privé qui n’a pas servi à grand chose à l’éducateur spécialisé que je suis devenu.

Au final si j’y réfléchis bien, mon premier grand amour était unilatéral et cristallisé et a trouvé sa place sur une étagère de mon cerveau où il sert de rappel : Ne plus jamais aimer personne.

De toute façon je n’ai pas droit au bonheur, alors…

 

Un jour normal à Miami…

La scène se passe hier en début d’après midi en Floride vers Miami. Un couple résidant en Floride roulait tranquillement sur l’autoroute (Interstate 95) lorsque soudain ils remarquèrent une scène hallucinante; un homme était agrippé sur le capot d’un gigantesque poids lourd tandis que le chauffeur donnait des coups de volant pour tenter de le faire tomber.

200803

Choqués, ils dépassèrent le camion avant de se garer plus loin sur la bande d’arrêt d’urgence en attendant le camion pour filmer la scène avec un téléphone :

Cela n’était hélas pas un tournage ou une cascade mais bien un autre fait divers qui vient enrichir la liste des accidents de ce genre. En effet, en juin dernier sur la même autoroute un homme a sauté sur le capot de sa voiture conduite par sa compagne qui bien loin de s’arrêter lui a fait faire des pointes de 130km/h sur cette autoroute. Cet autre fait divers récent explique que la vidéo se nomme « l’homme de florrrrrrrrride contre-attaque ».

Mais revenons à notre « cascadeur » de hier. Selon les informations récupérées un peu partout, cet homme s’est mis en travers de l’autoroute  pour arrêter la circulation avant de grimper sur le capot du poids lourd. Ce comportement inquiétant s’est aggravé lorsqu’il a commencé de fracasser le pare brise avec un objet métallique (sur ma capture d’écran on voit bien que le parebrise est brisé). C’est pour cela que le chauffeur sous l’emprise du stress a redémarré et a tenté de le faire tomber en faisant des zig-zags. Sur la vidéo on entend l’homme sur le capot appeler à l’aide et réclamer l’aide de la police…

Une voiture de police qui patrouillait sur l’autoroute a fini par intervenir en stoppant le camion et en amenant l’individu à l’hôpital pour un examen.

Au final peu importe les motivations et la santé mentale de ce désespéré, on ne peut que déplorer la réaction des américains moyens qui au lieu de prévenir la police se garent sur la bande d’arrêt d’urgence pour faire une vidéo.

Oui, un téléphone ça sert aussi à prévenir les secours, non ? 🙄

Guignol en archive

Archive du lundi 31 juillet 2006

Cher Francis,

       La quiétude de cette fin d’après-midi au bord de mer est troublée aujourd’hui par une camionnette qui sillonne les rues flanquée d’une pancarte peinte à la main sur laquelle on reconnaît sans trop de peine des personnages incontournables du patrimoine culturel français.

Pour ceux qui auraient passé les derniers siècles sur une planète en dehors du système solaire, ce sont les commentaires aussi redondants que dithyrambiques du conducteur de l’engin publicitaire qui viennent les informer:

Guignol est de retour dans un nouveau spectacle « La rose magique » Venez toussss voirrrrrrrrr ceuuuuu fabuleuuuuu speKtacleu ce soirrrr devan l’officeu du tourismeu !!!

Non, ce n’étaient pas des fautes de frappe mais une tentative de retranscription phonétique de cet accent si particulier…

Je ne suis pas un spécialiste des spectacles de marionnettes mais ce que je sais par contre c’est que si ce genre de spectacle a traversé les siècles jusqu’à arriver à notre époque, c’est parce qu’il offrait beaucoup plus qu’un divertissement.

A ce titre, l’exemple de Guignol illustre parfaitement mon propos. Ces spectacles avec leurs personnages récurrents où le héros se moque des gendarmes qu’il va jusqu’à bastonner (étymologiquement, taper avec un bâton) aura servi à travers les ages d’exutoire aux foules souffrant des excès sécuritaires voire totalitaires de leurs gouvernements. Cette catharsis collective s’opérait alors à travers l’art subtil de la satyre. Ce spectacle populaire était alors bien plus qu’un amusement destiné aux enfants, ce qui expliquait en partie le nombre d’adultes présents aux représentations.

La camionnette de Guignol a enfin terminé sa campagne publicitaire. Alors que dans les rues le silence retombe à peine troublé par les rafales de vents soulevant de ci de là, quelques feuilles mortes ainsi que par le tintement des couverts en inox dans les assiettes en verre, je m’interroge sur ce qu’est devenu la tradition de Guignol dans notre pays.

Bien sûr il y a les guignols de l’info de la télévision qui bien souvent vont plus loin que le comique satyrique pour poser de vrais débats de fond, mais qu’en est-il du spectacle de marionnettes du genre de celui qui va débuter dans quelques instants ? J’imagine mal Guignol protéger ses amis Mohamed et Mnemdbé contre les foudres d’un gendarmes ressemblant à Sarko.

Je ne crois pas que le spectacle de ce soir sera ainsi fait, c’est sans doute pour cela que je ne vais pas aller le regarder.

Guignol sans le coté satyrique vis à vis de la politique et du social n’est plus qu’un show pour enfants dont l’un des seuls mérites est de faire perdurer l’art du spectacle de marionnettes. 

Alors que faire ce soir ? 

Et si je poussais la luxure et la dépravation jusqu’à ne rien faire justement ?

Quelques étés plus tard, le guignol du bord de mer finissait de se déshonorer en pillant allégrement les franchises Disney Et Pixar pour mettre sur pied des spectacles du type Guignol et la reine des neiges.  🙄

Ceci écrit je comprends qu’il faut que ces personnes fassent vivre leurs familles dans une région où l’économie est tout sauf florissante surtout hors période estivale, mais bon ça laisse un peu amer tout de même. J’en viendrais presque à regretter ce guignol apolitique d’il y a 14 ans. 😆

Par contre piller les franchises sans redonner un centime aux majors étasuniennes alors ça c’est culotté ! 😈