Alors voilà, ma cousine Oksana est donc revenue dans mon village et ce depuis vendredi soir. Elle l’a fait car au final la vie en ville dans un quartier populaire n’est pas si plaisante que ça surtout à partir du moment où elle a décidé de scolariser ses enfants.
Car oui, cette fois je pense que nous y sommes enfin, elle comprend qu’elle ne rentrera pas la semaine prochaine mais peut être en automne si la guerre se termine ou si les troupes russes sont repoussées pour de bon à la frontière.
Sa grande fille a commencé le collège aujourd’hui et a fait un effet « bœuf » comme on dit chez nous. Tous les jeunes de sa classe se sont agglutinés autour d’elle pour l’accueillir et l’on kidnappé à la fin des cours pour l’emmener traîner au terrain de jeu. Je pense qu’elle est ravie et j’espère que passé ce premier jour elle se tissera de vraies amitiés qui l’aideront à supporter son exil et à apprendre le français comme l’a fait sa mère dans la même collège il y a 23 ans. Et oui l’histoire se répète…
Son petit frère commence l’école primaire jeudi matin et là non plus je ne me fait aucun souci, à sept ans la différence de langage n’est pas un problème pour jouer entre jeune enfants et lui aussi va vite apprendre le français car ce sont des enfants sérieux et doués pour les langues comme leur mère.
De l’autre coté du ring mon autre cousine continue à faire des grands voyages gratuits pour de prétextes fallacieux et surtout pour faire une dizaine de selfies par jour. Demain je vais une fois de plus traîner avec son grand fils, le champion de foot sauf que là il va y avoir des changements.
Après une très grosse facture de garagiste totalement imprévue, je suis tout bonnement ruiné. Je vais donc cesser de dépenser des petites sommes pour tout ce beau monde. fini les mac do et autres services comme des convoyages ou pire encore, l’achat de denrées alimentaires.
En effet, je sais pertinemment qu’ils ont bien plus d’argent que moi, qu’ils profitent de ma générosité et qu’une fois la guerre terminée ils reviendront dans leur pays et m’oublieront.
Mais voilà ce que j’ai fait, je l’ai fait non pas uniquement pour de l’affectif mais bien par sens du devoir, ce même sens du devoir qui me fait accepter ma vie actuelle sans vacances ni sorties depuis plus de six ans.
Mes nouvelles limites ne seront pas non plus uniquement budgétaires, je vais devoir aussi me repositionner par rapport à ma cousine qui vit à 600 mètres de ma maison, ne pas aller chez elle, ne pas lui demander de passer, la laisser gérer tout cela selon ses envies. De toute façon ses enfants auraient trop honte de moi, le vieux gars qui vit chez sa mère âgée et qui n’est même pas marié…
Au bout de tout cela c’est donc une nouvelle ère qui s’ouvre devant moi, je n’en attend pas grand chose mis à part cette sensation enivrante d’avoir enfin une vie avec une famille présente et proche qui a besoin de moi, raison pour laquelle je dois me montrer très attentif pour ne pas me faire prendre au jeu en me souvenant que même si ma vie change un peu, mon sort restera le même, je serai toujours seul car je ne suis pas digne d’être aimé.
Je finirai donc ma vie comme je l’ai commencé non pas avec les autres mais à coté d’eux.







