Aujourd’hui j’ai été obligé de me fâcher vis à vis d’un des enfants de mon groupe qui avait fait un tatouage maori à un de ses camarades à coup de chaussure dans la tête. Avec ma fichue mémoire auditive je me réentends lui dire que grandir c’est apprendre à maitriser sa colère et à obéir aux règles.
Cette affirmation bien que péremptoire n’est pas totalement fausse mais elle néglige d’évoquer l’un des défis les plus importants à relever afin de mener à bien nos projets de vie. Car oui, savoir se maitriser et se conformer de façon autonome aux exigences de la vie en société ne sert à rien si l’on ne parvient pas à relever le challenge ultime qui existe entre nous et nos ambition. Cette grande épreuve perpétuelle pour chacune et chacun d’entre nous c’est bien sûr celle de la maitrise du temps.
Et c’est là où le bas blesse.
Notre époque avec son développement technologique qui ne cesse de faire muter nos modes de vies, nous permet à la fois de gagner énormément de temps libre tout en nous poussant à perdre cette denrée précieuse dans des activités aussi chronophages qu’improductives. Concrètement entre les machines qui nous permettent de travailler plus vite, voire qui travaillent pour nous et la diminution du temps de travail, nous avons gagné beaucoup de temps libre comparé à celui dont disposaient nos ancêtres. Le drame c’est qu’au lieu de faire fructifier ces moments gagnés pour réaliser des choses profitables aux autres ou à nous-mêmes, nous passons de plus en plus de ces instants précieux devant nos écrans.
Je ne sais pas où vous en êtes par rapport à cela mais chez moi le bilan est plus que catastrophique. Tout en écrivant ce message je laisse le tube me diffuser les chansons choisies par l’algorithme de ce site de streaming pour me piéger le plus longtemps possible afin de me fourguer un maximum de publicité. Et bien que ne vois jamais de publicités grâce à mon bloqueur intégré dans mon navigateur, force m’est de constater que je reste de longs moments à écouter ces chansons qui s’enchainent les unes après les autres tout en me poussant à découvrir des nouveaux artistes.
Dans quelques instants j’enverrai cet article et je fermerai l’onglet pour me retrouver sur la page du tube qui continue à se la jouer jukebox. En voyant les miniatures j’aurai encore envie d’entendre d’autres chansons ou de découvrir d’autres groupes. Ce faisant j’aurai dépensé trois heures de temps libre à écouter des chansons que je connais que trop et à écrire un nouveau texte avec mon style bancal et maladroit. Dans un monde parfait, j’aurai passé au moins les deux tiers de ce temps à faire mes exercices de musique ou soyons fou à me caler dans un fauteuil pour lire un livre.
Puis vers 21h00 je vais avoir froid (ça chauffe mal dans cette pièce en bas) et j’aurai donc envie d’aller me coucher et là une fois bien calé dans mon grand lit après avoir réprimé les frissons de l’entrée dans les draps froids je me mettrai en chien de fusil pour mettre en marche l’ordinateur sur ma table de chevet pour regarder une nouvelle série ou un nouveau film avec le service dont le nom évoque l’Amérique du sud.
Parfois je me demande à quoi ressemblerai ma vie si je n’avais pas été un des premiers à sauter sur Internet… J’aurai sans doute encore 10/10 aux deux yeux et je serai peut-être devenu assez bon musicien pour sortir et jouer avec d’autres. Ou alors pas… Impossible de le savoir mais une chose reste certaine, les écrans dévorent mon temps libre en me procurant ce que je crois être un plaisir immédiat et un sentiment de détente alors qu’en fait il ne s’agit que de très courte satisfaction que je paye au prix d’une très lourde fatigue nerveuse.
Ce soir en écrivant cela je me mets moi-même en position de devoir faire un choix. Je dois en effet décider si je continue de mener ce style de vie stérile et malsaine ou si je veux essayer de changer les choses.
Vu la place de plus en plus grande que prend la musique dans ma vie avec quelque part le fol espoir que comme la photo elle me permette un jour de vivre avec les autres et non pas à coté d’eux, j’opte bien sûr pour une volonté de changement. Mais c’est là que tout devient étrange puisque pour y arriver je ne vois qu’une seule solution, devenir mon propre éducateur en me fixant un emploi du temps aussi strict que précis.
Vu que demain je n’ai pas de réunion, je vais donc avoir mon après midi pour travailler « I feel good » à la basse, un morceau moyennement facile pour un débutant comme moi mais qui, coaché par un prof qui ne me laisse rien passer, se doit de le bosser à fond.
Je vais donc traquer sans pitié le moindre temps libre dont je dispose chez moi et enfermer tous ces instants dans des cages horaires aussi précises que non dérogatoires. Une fois revenu de cette chasse cruelle, j’exposerai mes trophées sous la forme d’un emploi du temps que j’afficherai sur le mur devant moi avant de tenter de le respecter avec dévotion.
Allez chiche ! Bilan de ma tentative la semaine prochaine.
Bon, là ça caille c’est donc le moment de rouler le jambon dans la serviette ! 😆