Devenir humain

191112

Je suis un grand fan de science fiction, de vrai science fiction celle qui fait réfléchir et non pas celle qui enchaine les combats manichéens sans nuance et sans saveurs. Je suis donc un trekkie un vrai fan de Star Trek, une race très rare en France, pays gangréné par star wars, cette franchise devenue assez pourrie pour être bouffée par la souris boulimique de Dysney.  😈

Bon maintenant que j’ai craché ma méchanceté du jour, je reviens à mon propos. Oui j’aime Star Trek son univers cohérent, ses personnages forts et surtout cette problématique centrale que l’on retrouve dans chacune des séries. Que cela soit un extra terrestre dont la race à refoulé les émotions, un androïde sophistiqué, un être mi-humain mi-machine, un simple programme qui se matérialise en hologramme tangible (oui bon c’est le futur, hein…) et bien tous ces personnages ont le même projet, la même ambition celle de devenir humains.

Les humains sont d’étrange créatures, alors qu’un chat nait chat alors qu’un poulain se lève très vite une fois sortie de l’utérus de la jument pour devenir cheval à son tour et alors que d’autres formes de vie ont une mémoire chimique qui leur est transmise les rendant 100% opérationnels à l’instant même de la naissance, l’être humain ne nait pas humain mais doit apprendre à le devenir au prix de multiples interactions plus ou moins directes avec ses semblables et surtout avec lui-même qui vont lui apprendre à parler puis à développer une personnalité et enfin à se socialiser.

La plupart du temps ça marche, l’humain grandit se fait aimer, donne de l’amour en réponse et parvient à entrer dans l’état de psychose borderline nécessaire pour croire en des concepts étranges comme la confiance, l’espoir, l’amour…  Cela lui permet de se construire une vie sociale et de consommer pour atteindre ce qu’il pense être le bonheur (autre concept pour psychotiques débutants) alors qu’il ne fait qu’enchainer des satisfactions de besoins créés par l’industrie, réel moteur de notre modèle social. Plus tard, un savant mélange de masochisme et d’inconscience le pousse même à se reproduire histoire d’augmenter ses chances de gâcher sa vie et l’avenir de la planète qui étouffe d’être bientôt huit fois milliardaire.

Et parfois comme dans mon cas, ça ne prend pas. Et les gens comme moi se retrouvent en spectateurs désabusés et prennent parfois un clavier un mardi soir pour évoquer la réalité de leurs existences… Les gens comme moi ne montrent pas leurs différences, ils savent vivre avec les autres humains en cachant leur alterité et ont appris de multiples stratagèmes pour survivre dans ce monde qui parfois leur échappe.

Cependant, et c’est là le seul problème, contrairement aux marginaux qui fuient le monde ou aux psychopathes et sociopathes qui veulent le détruire ou du moins créer de la souffrance, notre plan à nous est tout autre. Nous aimerions devenir comme vous pour un jour vivre avec vous au lieu de simplement exister à coté de vous.

Ce « nous » car oui je ne suis pas le seul, j’en suis convaincu, je peine à le décrire et encore plus à lui donner un nom car nous ne sommes pas une tribu bien délimitée pour être exploitée par l’industrie marchande, nous n’avons pas de T-shirt à notre effigie et pas de groupe Facebook.

Nos perceptions trop réalistes du monde et de son destin nous font passer pour des pessimistes ou des adeptes des thèses complotistes. Nos questionnements font rire ou parfois créent des malaises. Nous aimons être avec les autres mais pas de trop et nous sommes capables d’aimer et d’entrer en profonde empathie avec nos presque semblables. Il serait prétentieux de nous coller l’étiquette de « penseurs » ou « d’intellectuels » nous sommes justes éveillés à certaines réalités présentes et à des menaces à venir qui nous empêchent d’être pleinement avec vous. Je réfute aussi le terme d’angoissés car nos perceptions actuelles et futures sont construites et validées par de vrais intellectuels et penseurs qui font autorité dans toutes les époques. Allez, bon du coup je nous désignerai par le terme certes pédant de « éveillés ». Et flute je viens de voir le visage de Jean Claude Van Damme avec son « be aware » 😆 C’est bon, je laisse tomber n’en déplaise aux amateurs d’étiquettes.

Mais qu’importe les vocables car au bout de tout ça le résultat est le même, notre différence nous éloigne des autres et nous rend même incapables de nous associer entre semblables car elle prend en nous la force d’une passion ardente parfois militante qui vient consumer les fragiles liens qui nous unissent encore aux autres mortels. J’imagine mal Greta Thunberg se préoccuper de fringues et de garçons comme la plupart des filles de son age ou Dian Fossey négocier un plan retraite (pour elle en plus c’est malheureusement trop tard) ou enfin moi-même faire une boutique de fringues de luxe en y prenant du plaisir.

Au bout du compte (car oui j’ai envie de remonter sur le voyager pour parcourir la suite de la quatrième saison, je dois donc conclure) sommes-nous si malheureux d’êtres différents ? Notre altérité est-elle vraiment subie ou n’est-elle pas choisie ? et surtout est-il possible de vivre une vie entière dans ce paradigme ?

A bientôt 47 ans, je n’ai toujours pas de réponses à ces questions et je ne voudrais pas non plus parler au nom de personnes que je devine sans les connaitre. Une chose est sûre, nous sommes là et nous venons en paix alors n’ayez pas peur et venez de notre coté pour nous comprendre un peu mieux histoire de nous redonner foi en notre espèce pour que nous trouvions enfin le courage de revenir pleinement vers vous .

Watanuki à Voyager, paré pour téléportation. 😎

Strange days

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd’hui j’ai passé ma journée à rire car au niveau de mon travail, les situations absurdes se sont enchainées avec une telle célérité que la seule réaction saine était d’en rire ouvertement et de bon cœur en plus de ça ! Car non, je l’affirme aujourd’hui je n’ai pas ricané ni ironisé ni même balancé de sarcasmes, j’ai juste simplement rigolé des absurdités du jour.

Aujourd’hui c’était l’exercice de confinement et j’ai passé presque 20 minutes au sol comme les enfants je devais rester couché et silencieux pendant qu’un prof qui jouait le méchant, secouait la poignée de la porte d’entrée et tapait sur les portes et les vitres.

Le genre d’exercice absurde et inefficace vu qu’un vrai assaillant défonce les portes et ouvre le feu. Du coup jouer à faire les cibles idéales au sol c’était déjà très drôle mais voir mon petit démon que je devais garder dans cette classe se tortiller et faire toute la salle en rampant était au début gênant mais au final, constatant mon impuissance à l’immobiliser vu que moi-même je ne devais pas bouger, la situation a fini par me faire rire intérieurement mais très fort quand même.

A la fin de l’exercice j’ai appris avec consternation que la porte de ma salle ouverte a permis à l’agresseur comédien de massacrer (fictivement) deux classes dont celle de Claude. Je n’ai pas vraiment assuré sur ce coup là et à présent je fermerai toujours ma salle chose que je n’ai jamais faite.

Et puis toutes ces difficultés des enfants qui se répètent et auxquelles nous apportons les mêmes réponses, ces cris, ces regards vagues et notre impuissance face à tout cela et bien là encore aujourd’hui j’ai trouvé ça drôle. Non je ne me suis pas moqué, je respecte bien trop les enfants leurs différences et leurs difficultés. En y réfléchissant, c’est de moi que je riais comme si d’un coup je sortais de mon corps pour me contempler au milieu de cette situation ubuesque tentant en vain de mettre du sens et de l’ordre avec mes outils d’éducateurs.

Écrire tout cela m’aide beaucoup car au bout du compte je pense avoir compris ce qui m’est arrivé aujourd’hui. En fait (les enfants adorent dire « en fait » quand ils commencent à parler aux adultes comme si ils avaient compris que ces deux mots sont des mots d’adultes qui fixe leur attention et rend leurs discours crédibles à leurs oreilles). Donc oui, en fait, je pense que je viens de développer une nouvelle faculté, une mutation secondaire qui fait qu’à présent je suis capable de prendre du recul et de dédramatiser les choses. Une qualité indispensable dans un métier comme le mien où l’on doit mettre de coté les grandes espérances, accepter les limites de notre action et être conscients du temps nécessaire pour que le moindre progrès soit réalisé.

Ne pas se crisper, rester calme, serein et maitre de ses émotions tout en restant attentif et bienveillant, tout cela devient donc possible avec un sourire. Je vais tenter de retenir la leçon, cette page de mon blog m’y aidera. Ou pas ? 🙄

 

 

Peur

Pour cette humeur du mardi spécial Halloween je pensais publier une de mes histoires écrites il y a bien longtemps mais non, au final j’ai trouvé que dévoiler un pan hélas bien trop réel de ma personnalité serait bien plus effrayant.

La peur, ma plus vieille amie

C’est bientôt Halloween et juste après la Toussaint, deux moments qui en dépit du merchandising pour l’un et des discours positifs des prêtres pour l’autre nous rappelle notre condition de mortels voués à une mort certaine précédée de souffrances physiques et/ou morales. Bref c’est la semaine idéale pour évoquer cette peur qui me talonne depuis que je suis enfant et qui m’a façonné en venant limiter mes choix.

Car oui ma vie n’a été jusque là qu’une succession de renoncements face à toutes les occasions qui m’ont été offertes.

Voici quelques exemples : Dans ma petite enfance, de très grosses angoisses de séparation ont fait que j’avais peur de m’éloigner de mes parents pour vivre et découvrir d’autres choses avec les autres enfants, bref pour me socialiser. Plus tard peur d’aller voir le concert le plus important de ma vie alors que j’avais mon billet, plus récemment peur de laisser ma mère âgée et veuve seule pour partir une semaine en Californie alors que là aussi j’avais les billets…

Cette peur qui me colle à la peau depuis toujours et qui a bousillé les plus belles occasions de ma vie est ma pire ennemi ou alors peut-être ma meilleure amie allez savoir… Peut-être que mes reculades n’ont été que des expressions d’intuitions d’auto protection de ma personne ?

Au final peu importe, le résultat est le même je vis sous une tonne de regrets et avec ce sentiment d’un immense gâchis. Cette peur m’empêche aussi de me projeter dans quelque chose de positif, de toute façon ma vie est si pauvre et ce sur tous les plans que je ne trouve pas vraiment de choses positives à attendre.

Mais il existe bien pire comme peurs, mes pires sont les peurs de choses à venir. Elles sont bien plus terribles car elles sont concrètes et reposent sur des évènements inéluctables ou alors très probables. Alors il y a la mort de ma mère qui fera que je serai sans domicile, la maladie qui touche mes proches ou moi-même, une forme ou une autre d’effondrement de la société et de ces institutions protectrices, la perte d’emploi et bien sûr ma propre mort qui en fait au bout de toutes ces épreuves sera plus une délivrance qu’une mauvaise chose.

Au final mon existence passée présente et future n’est qu’une succession de peurs qui m’ont gâché, me gâchent et me gâcheront la vie. Ces pensées noires mijotent dans ma tête sur le feu de l’actualité et de son cortège de mauvaises nouvelles, le mauvais temps n’arrange pas non plus les choses. J’ai perdu tout appétit pour la création photographique et pour toute activité plus ou moins artistique, je ne suis plus qu’un zombie terrifié planqué derrière son écran.

Du coup je pourrai mourir demain car qu’aurais-je donc à perdre à part justement cette peur qui me colle à la peau depuis le début ?

Bénévolé ?

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Ce dimanche comme chaque année j’étais bénévole pour un repas annuel associatif. J’ai une fois de plus tenu mon rôle de barman d’un jour en servant tout en tenant la caisse le tout en mangeant seul à ma table de bar pour offrir une continuité de service (et aussi pour ne pas avoir à faire la conversation, bien sûr).

Je suis bénévole depuis que je suis adolescent pour quêter, donner des coups de main divers, bref pour faire vivre les associations auxquelles j’ai adhéré.

Aujourd’hui il ne reste plus grand chose de ces associations qui se sont éteintes avec les personnes qui les portaient et faisaient consensus. En fait au village il n’en reste qu’une à laquelle on m’a fait adhérer depuis que je suis enfant. Par contre, ses demandes sont toujours très pressantes et comme les personnes en capacité d’y répondre sont très peu nombreuses, je suis donc assez souvent sollicité.

Jusqu’à cette année je trouvais cela gratifiant, j’en tirai même une certaine reconnaissance en me disant qu’en voyant mon engagement, les gens du villages me pardonneraient ma double faute (ne pas être marié et faire un métier non manuel). La journée du repas associatif était donc une vraie fête pour moi et je faisais mon travail avec le plus grand professionnalisme amateur possible.

Mais cette année quelque chose est venu ébranler mes convictions en nourrissant fortement mes doutes sur mes missions de bénévole.

En premier lieu la gestion des fonds est de plus en plus opaque et aucune démarche des autres bénévoles pour tenter d’avoir plus de transparence n’a jamais abouti. En ces temps où tout le monde se méfie des autorités et voit des abus de pouvoir et des détournements de fonds partout, cette politique d’opacité est plus que malvenue, la personne qui gère l’argent a beau avoir un certain statut, elle n’en reste pas moins à l’abri de soupçons comme ses pairs pour d’autres raisons bien plus médiatiques et sombres.

En second lieu je m’interrogeais depuis un certain temps sur le sens que cela avait de donner de son temps et de sa force pour une association qui n’a pas vraiment de cause. Autrefois je trouvais qu’elle avait une grande importance pour générer et entretenir le lien social mais à présent nous en sommes plus qu’un petit groupe pratiquant un entre soi illusoire.

Enfin, sur un plan plus personnel l’envie de faire des choses pour moi en me faisant plaisir devient de plus en plus pressante et me freine à prendre d’autres engagements.

C’est dans ce contexte de doutes et de réticences qu’est survenu un incident qui me fait réfléchir avec amertume à ces plus de 30 ans de ma vie de bénévole : Lors d’une réunion de préparation du repas, une des bénévole a proposé que ses petites filles viennent aider au repas associatif mais moyennant une rémunération.Encore plus incroyable, cette demande n’a pas été rejetée par les autres bénévoles.

Incroyable ? J’exagère ? Et bien non, du moins pas de mon point de vue car cette situation a été comme une baffe pour moi. Faire une telle demande pour des gamines qui ne sont pas dans le besoin c’était comme cracher sur les engagements des bénévoles (et du mien en particulier) qui travaillent pour organiser cette fête en payant même leur propre repas. L’absence de condamnation immédiate et non équivoque de cette demande venait de me révéler l’absurdité de notre bénévolat qui, faute de convictions partagées et réelles, ne pouvait lutter contre une logique de marché.

En clair si cette association avait été une association de lutte pour l’environnement avec des personnes toutes concernées par l’avenir de la planète, cette demande n’aurait même pas pu être formulée. Mais là, s’agissant d’un repas paroissial et en présence d’une communauté vieillissante et clairsemée, tout devient possible.

Cela explique un peu ma tête sur la photo, dimanche je ne me sentais pas bénévole c’est à dire homme de bonne volonté mais bénévolé (bien volé, bien eu), jeu de mot pour traduire le fait que je me suis fait peut-être volé pendant tout ce temps en donnant sans jamais vraiment recevoir.

Au final je me demande déjà ce que je ferai l’année prochaine. Si le repas existe encore je réfléchirai sans doute avant de m’engager et je ferai aussi valoir mes demandes égoïstes. Tant pis pour ma réputation qui de toute façon n’a jamais été brillante. Faute d’être respecté par des gens qui m’importent peu, je serai au moins un peu moins pauvre et surtout beaucoup moins crétin. 😈

 

Reconnaissance

Dans ces pages je ne cesse de grogner de me plaindre et de rapporter des choses négatives et/ou angoissantes.

Et bien ce soir si c’est ça que vous êtes venus lire vous n’avez qu’à passer votre chemin car cette semaine le programme a changé ! Il est temps d’évoquer quelque chose de sympa et de positif qui vient de m’arriver.

Alors voilà, j’ai donné un coup de main à une maitresse pour une opération artistique pour sa classe (la fameuse grande lessive) et du coup elle a été si touchée que je prenne du temps pour faire faire des photos à ses élèves qu’elle a eu l’idée de me remercier avec un joli geste:

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Et oui, les enfants de sa classe sous sa direction m’ont fabriqué un joli appareil photo avec des messages de remerciement au verso. J’étais vraiment à la fois touché et heureux de recevoir ce petit bout de carton.

Et pourquoi ça ? Et bien parce que ce geste est une preuve de reconnaissance, quelque chose que l’on ne rencontre plus beaucoup de nos jours où le fait de prendre du temps pour les autres sans rien attendre semble être devenu une absurdité qui ne mérite que des quolibets.

Si je dis ça c’est que je suis sous le choc après avoir entendu une habituée de la vie associative demander que l’on paye ses petites filles pour qu’elles servent à un repas. Cette demande a été un vrai tremblement de terre pour moi et mes convictions déjà ébranlées.

Du coup recevoir cet appareil photo en carton et la reconnaissance qui va avec, me permet de reprendre confiance en l’humanité et en mon propre engagement.

Purée, ça fait du bien d’écrire quelque chose de positif, pour une fois… 🙄

Grosse fatigue

Voici deux semaines et demie que j’ai repris le travail avec le soutien d’un collègue et un  emploi de temps de rêve mais rien n’y fait, je suis encore plus fatigué car il y a tant de choses à faire aujourd’hui et demain que je commence à désespérer d’en voir la fin.

Je vieillis

Et là je vais aller m’étendre…

bed

Strange days…

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Œuvre d’une jeune fille autiste tentant de répondre avec l’aide d’un éducateur décontenancé à des consignes orales complexes

Aujourd’hui j’ai passé presque toute la journée à accompagner des enfants de mon groupe et de l’autre dans les classes « normales » de l’école. Le matin avec la petite c’était génial et ça avait beaucoup de sens, l’après midi avec mon petit démon ça a aussi été très intéressant mais en seconde partie d’après midi c’était une autre histoire…  🙄

Je travaillais pour la première fois avec une jeune fille relevant de trouble autistiques sévères et envahissants. Elle était assise à ma gauche tandis qu’une petite fille de mon groupe très angoissée, faisait sa découverte de l’intégration dans une classe de l’école.

L’enseignante avait préparé un exercice avec des consignes écrites (les enfants que j’accompagne ne sont pas lecteurs) faisant appel à des notions personnelles et à l’imaginaire ce qui était exactement à l’opposé des capacités de la jeune fille autiste, pauvrement aidée par moi éducateur de plus de vingt ans d’expérience découvrant la problématique de l’autisme sévère.

La jeune fille commença a émettre des sons parasites, des petits cris et tout un tas de bruits de gorge comme si elle découvrait son organe vocal. La classe était devenue un plateau de film d’horreur.

Je peinais à la calmer et à lui intimer le silence, je le faisais avec beaucoup de calme car je sentais qu’elle était comme perdue et surtout très angoissée de se retrouver loin de ses repères géographiques et humains ( pas sa salle et pas les adultes avec qui elle travaille).

Les enfants, comme tous les enfants, riaient de ses bruits.  Je pris alors la parole pour leur expliquer avec des mots simples que la jeune fille était différente et que ses difficultés créaient de l’angoisse et l’empêchaient de contrôler ses émotions et de se contenir. Vu que ce sont des braves gosses, ils me comprirent tout de suite et cessèrent de rire et de prêter attention à la jeune fille.

C’est alors que le délire monta encore d’un cran et que le profond sourire que j’avais en moi (car oui je trouvais la situation très drôle) commença de se former sur mes lèvres.

<car oui, c’est à ce moment que la maitresse décida de brancher un ordi et de lancer une playlist sur You Tube, une playlist de musiques de films dramatiques et mélancoliques ! L’ambiance était devenue très marrante, à ma gauche je devais rassurer, calmer et faire travailler la jeune fille autiste, à ma droite la petite fille angoissée avait besoin de moi à chaque coup de crayon et devant moi un gamin qui fait partie de la classe mais a aussi quelques difficultés me demandait de l’aider car il s’était trompé dans la consigne. Et tout ça avec une musique très présente de film mélodramatique… J’avais l’impression d’être dans le film Rain man… 😆

Car oui, je me serai vraiment cru dans un film tant la situation était ubuesque, j’avais une énorme envie de rire devant cette chose ridicule et dénuée de sens qu’était devenu à cet instant mon métier mais je me contentais de sourire en pensant à quel point ce serait drôle de raconter cela à mes collègues et sur ma page ce soir.

Une fois passé un gros fou rire au volant sur la route du retour je me dis que je dois tout de même faire un bilan de tout ça. Je pense d’une part que je dois certes acquérir des techniques spécifiques pour accompagner les enfants relevant de troubles autistiques sévères mais que je dois aussi pousser l’équipe à s’interroger sur le bien fondé de lancer une nouvelle séance d’intégration pour une jeune fille en grande difficulté en lui enlevant en même temps les lieux et les personnes qu’elle connait et tout ça en m’empêchant d’accompagner correctement une autre petite fille qui elle aussi pourrait tirer quelque chose de ces séances d’intégration. Enfin bon, pendant ce temps là, c’est à dire pendant que je tente d’intégrer deux enfants avec de grosses difficultés, l’enseignante avec laquelle je travaille lutte avec sept enfants également très perturbés. Du coup nous nous rendons compte que ces initiatives d’intégration personnalisées ont un prix très lourd pour les autres enfants qui du coup sont moins accompagnés.

Ces séances d’intégration se nomment « scolarité partagée » alors ce soir après avoir vu le meilleur et le pire de ce dispositif je suis moi aussi très partagé… :mrgreen: