Grosse fatigue

Voici deux semaines et demie que j’ai repris le travail avec le soutien d’un collègue et un  emploi de temps de rêve mais rien n’y fait, je suis encore plus fatigué car il y a tant de choses à faire aujourd’hui et demain que je commence à désespérer d’en voir la fin.

Je vieillis

Et là je vais aller m’étendre…

bed

Strange days…

190910

Œuvre d’une jeune fille autiste tentant de répondre avec l’aide d’un éducateur décontenancé à des consignes orales complexes

Aujourd’hui j’ai passé presque toute la journée à accompagner des enfants de mon groupe et de l’autre dans les classes « normales » de l’école. Le matin avec la petite c’était génial et ça avait beaucoup de sens, l’après midi avec mon petit démon ça a aussi été très intéressant mais en seconde partie d’après midi c’était une autre histoire…  🙄

Je travaillais pour la première fois avec une jeune fille relevant de trouble autistiques sévères et envahissants. Elle était assise à ma gauche tandis qu’une petite fille de mon groupe très angoissée, faisait sa découverte de l’intégration dans une classe de l’école.

L’enseignante avait préparé un exercice avec des consignes écrites (les enfants que j’accompagne ne sont pas lecteurs) faisant appel à des notions personnelles et à l’imaginaire ce qui était exactement à l’opposé des capacités de la jeune fille autiste, pauvrement aidée par moi éducateur de plus de vingt ans d’expérience découvrant la problématique de l’autisme sévère.

La jeune fille commença a émettre des sons parasites, des petits cris et tout un tas de bruits de gorge comme si elle découvrait son organe vocal. La classe était devenue un plateau de film d’horreur.

Je peinais à la calmer et à lui intimer le silence, je le faisais avec beaucoup de calme car je sentais qu’elle était comme perdue et surtout très angoissée de se retrouver loin de ses repères géographiques et humains ( pas sa salle et pas les adultes avec qui elle travaille).

Les enfants, comme tous les enfants, riaient de ses bruits.  Je pris alors la parole pour leur expliquer avec des mots simples que la jeune fille était différente et que ses difficultés créaient de l’angoisse et l’empêchaient de contrôler ses émotions et de se contenir. Vu que ce sont des braves gosses, ils me comprirent tout de suite et cessèrent de rire et de prêter attention à la jeune fille.

C’est alors que le délire monta encore d’un cran et que le profond sourire que j’avais en moi (car oui je trouvais la situation très drôle) commença de se former sur mes lèvres.

<car oui, c’est à ce moment que la maitresse décida de brancher un ordi et de lancer une playlist sur You Tube, une playlist de musiques de films dramatiques et mélancoliques ! L’ambiance était devenue très marrante, à ma gauche je devais rassurer, calmer et faire travailler la jeune fille autiste, à ma droite la petite fille angoissée avait besoin de moi à chaque coup de crayon et devant moi un gamin qui fait partie de la classe mais a aussi quelques difficultés me demandait de l’aider car il s’était trompé dans la consigne. Et tout ça avec une musique très présente de film mélodramatique… J’avais l’impression d’être dans le film Rain man… 😆

Car oui, je me serai vraiment cru dans un film tant la situation était ubuesque, j’avais une énorme envie de rire devant cette chose ridicule et dénuée de sens qu’était devenu à cet instant mon métier mais je me contentais de sourire en pensant à quel point ce serait drôle de raconter cela à mes collègues et sur ma page ce soir.

Une fois passé un gros fou rire au volant sur la route du retour je me dis que je dois tout de même faire un bilan de tout ça. Je pense d’une part que je dois certes acquérir des techniques spécifiques pour accompagner les enfants relevant de troubles autistiques sévères mais que je dois aussi pousser l’équipe à s’interroger sur le bien fondé de lancer une nouvelle séance d’intégration pour une jeune fille en grande difficulté en lui enlevant en même temps les lieux et les personnes qu’elle connait et tout ça en m’empêchant d’accompagner correctement une autre petite fille qui elle aussi pourrait tirer quelque chose de ces séances d’intégration. Enfin bon, pendant ce temps là, c’est à dire pendant que je tente d’intégrer deux enfants avec de grosses difficultés, l’enseignante avec laquelle je travaille lutte avec sept enfants également très perturbés. Du coup nous nous rendons compte que ces initiatives d’intégration personnalisées ont un prix très lourd pour les autres enfants qui du coup sont moins accompagnés.

Ces séances d’intégration se nomment « scolarité partagée » alors ce soir après avoir vu le meilleur et le pire de ce dispositif je suis moi aussi très partagé… :mrgreen:

 

Reprise

190530

Aujourd’hui c’était la reprise, la vraie. J’ai retrouvé une douzaine d’enfants plus ou moins en bonne forme plus ou moins comme je les avait laissé il y a un cinq semaines. C’était aussi le moment de revoir les parents et de n’avoir pas grand chose à leur dire vu que les autres parents sont autour, bref encore une journée un peu bizarre et inutile dans la vie d’un éducateur qui fait ce métier depuis une vingtaine d’années.

J’ai censuré le reste du texte…

Trop pessimiste pour un si beau jour de rentrée.

Mes vacances : l’heure du bilan

tabihito

Ma dernière semaine de vacances est déjà bien entamée, c’est donc l’heure du bilan de cet été un peu spécial.

Pour la seconde fois en plus de vingt ans, je ne suis pas parti en vacances. Car comme je vis avec une mère âgée qui ne peut plus se déplacer facilement et qui n’y trouve plus son compte, je suis donc resté à la maison pendant un peu plus de 5 semaines.

Je devrais être dévasté, déprimé de ne pas avoir profité de la mer et de la plage où j’aime observer les comportements étranges des autres humains, mais en fait non. C’est même loin d’être le cas et à la lumière de mon expérience et suite à mes réflexions, je vais jusqu’à considérer peu à peu que les seules vraies vacances sont des vacances chez soi.

Pourquoi donc partir ? L’explication du masochisme latent imposé par notre culture de la souffrance que j’ai avancée dans cet article ne peut pas à elle seule justifier que toute une partie de la population se rue en même temps sur les mêmes routes pour partir en vacances. Le transport est déjà une souffrance en soi et arrivés sur place que fait-on ? On se fait arnaquer par des vendeurs qui proposent très chers des produits locaux artisanaux qui sont en fait fait très loin et en usine. On souffre de la surpopulation, on ne trouve pas de réelles attaches sur place car la population locale garde ses distances nous considérant comme étant des envahisseur nécessaires, on se baigne sous un pavillon bleu en pensant que ce label garanti une eau saine alors qu’en fait la plupart des polluants chimiques ne sont pas pris en compte… On peut encore continuer comme ça pendant une page…

Alors malgré tous ces désavantages et celui encore plus dissuasif du coût, la très grande majorité de la population part ou voudrait partir en vacances quitte à faire un crédit pour le faire.

Alors pourquoi ? Si l’on écarte le seul avantage réel qui est de pouvoir pratiquer des activités que l’on ne peut pas faire ailleurs, pourquoi tant de sacrifices pour un bénéfice si limité ?

La réponse est simple et je vais encore l’expérimenter lundi prochain à 9h00 du matin quand je vais retrouver mes collègues:

– « Alors t’es allé où cet été? Tu est parti au moins ??? »

Et oui les vacances sont un marqueur social très fort, dire que l’on est allé en vacances rassure le groupe. (Ah il est allé en vacances il a donc fait comme tout le monde et a prouvé qu’il avait sa place dans la meute en mettant sur pied le budget pour le faire). Et là pour appuyer encore un peu plus sa légitimité, il est de bon ton d’ajouter : « J’ai vu ça et ça, j’ai visité ça… » Ce genre de précision qui sous-entend que vous avez approfondi votre culture ce qui est là encore très socialement valorisant (alors que ce n’est en général pas le cas car même si vos sacs sont plein de brochures sur  les lieux que vous avez visité vous ne les lirez pas et ils finiront soit dans un tiroir soit à la poubelle).

Bref oui, à de rares exceptions près les vacances ça sert avant tout à se faire mousser en public. En règle générale on ne part pas pour soi mais pour les autres, pour leur prouver quelque chose ou pour justifier sa place dans un groupe social.

Cette charge contre les vacances n’est pas une façon pour moi d’évacuer ma frustration car très honnêtement je n’ai aucun regret de ne pas être parti et je ne suis pas du tout triste à l’idée de ne jamais revoir la mer.

Car oui, le seul bénéfice réel que je tirai de mes vacances à la mer était de pouvoir nager dans un espace immense sans risquer de toucher quelqu’un ( à la mer très peu de gens nagent, même les jeunes musclés se contentent de se baigner en faisant de grandes éclaboussures pour impressionner les femelles avant de revenir se coller à elle pour écarter les autres mâles) Moi j’aimais nager pendant de très longs moments (qui hélas au fur et à mesure de mon âge et de mon embonpoint se sont raccourcis) mais à présent en voyant la surpopulation estivale, l’état de la mer qui est si critique que même sur le rivage on se rend compte de l’ampleur du désastre et en pensant à ce qui se trouve dans l’eau que j’avale de temps à autres car je suis un piètre nageur, et bien non, je n’ai plus du tout envie de le faire.

La mer pour moi est devenue comme cette parente un peu éloignée que l’on va visiter à l’hôpital. On entre le cœur gros dans sa chambre, on voit que son avenir est  très sombre et on se dépêche de partir car c’est trop déprimant surtout que l’on s’attend à recevoir prochainement  le coup de téléphone qui nous informera de son décès.

Du coup je suis resté chez moi avec plein de projets que je n’ai pas mené à bien en prétextant soit la canicule soit le mauvais temps alors que ce n’est que ma très grande flemme et ma dépendance aux écrans qui m’ont écarté de ces accomplissements estivaux. Quant à l’argent je ne l’ai pas mis de coté, non, je l’ai dépensé pour m’acheter un appareil photo numérique plein format dont je rêvais depuis des années avec lequel je vais enfin pouvoir répondre de façon correcte aux demandes du travail et du monde associatif. Je compte aussi reprendre en main mon site sur les araignées dont j’ai retrouvé les codes et donc l’accès il y a peu de temps et pour le faire je vais devoir illustrer mon site avec mes propres photos en macro.

Donc oui, je ne suis pas déprimé, loin de là même! Mes collègues venues me voir au village en ont même été surprises.

Je ne sais pas ce qui m’attend cette année et l’année prochaine, mais si je peux repasser un été à rien faire chez moi et bien ça m’ira très bien.

Les lendemains qui déchantent

190813

J’évoque souvent mes peurs quant à l’avenir de notre société, mais au cœur de ces vacances d’été dont la fin s’approche à grand pas, c’est à présent pour moi directement que je m’inquiète.

Et ces peurs, ça c’est nouveau, sont toutes ou presque liées à la santé, ma santé et aussi celle de mes proches et amis.

Au rayon de ces craintes il y a bien sûr l’alimentation. Doit-on écouter les informations et les documentaires qui nous annoncent plusieurs fois par semaine que tous nos aliments, en particulier les végétaux, sont contaminés par des substance cancérigènes ou doit-on suivre le conseil du ministère de la santé et manger cinq fruits et légumes par jour ? Le bio est-il vraiment une sécurité dans un environnement empoissonné ? Et si oui, quel bio ?

Les perturbateurs endocriniens et autres saletés dans nos cosmétiques, comment trouver des produits d’hygiène vraiment sûrs ?

La semaine prochaine ma maison va être équipée d’un compteur linky (impossible de s’y opposer) et là encore c’est l’angoisse totale. Sur Internet on lit des choses terrifiantes dont je ne tiens pas compte mais les sources officielles se veulent tout de même un peu trop rassurantes. Alors là encore qui croire ? Pas les furieux sur les forums et autres c’est sûr mais d’un autre coté lorsque l’on constate que les allemands ont abandonné ce genre de compteurs et que l’agence de sureté donne son feu vert tout en regrettant que plus d’études n’aient été faites par Enedis sur les risques sanitaires autour de cette technologie, et bien on a du mal à rester serein. Je n’ai pas les connaissance ni les outils scientifiques pour évaluer le risque réel et je doute de pouvoir trouver une réponse vraiment objective et fiable à mes questions sur Internet. J’ai donc passé une très mauvaise nuit en dépit de mon matelas neuf. Enedis ne veut qu’une chose c’est gagner de l’argent avec ces compteurs plus besoin de personnel pour beaucoup d’opérations dont le relevage, les gains sont ainsi faramineux et justifieraient qu’ils nous mettent en danger surtout si aucun lien causal ne peut être établi par la suite.

Je pourrai encore évoquer plein d’exemples de craintes que je nourris sur ma santé, ce qui doit faire rire les personnes qui me connaissent et qui me lisent car mon hygiène de vie et ma surcharge pondérale font que je ne devrais pas m’inquiéter de ça.

Mais justement le problème est là, derrière ces craintes se dessine un fait majeur dont on ne parle que trop peu; la perte de confiance vis à vis des discours officiels des autorités.

Dans un contexte de pessimisme nourris par les mauvaises nouvelles sur l’environnement et sur les discours toujours plus alarmants des scientifiques et sociologues dont un grand nombre nous annoncent des catastrophes terrifiantes pour l’humanité, il devient de plus en plus difficile de faire confiance à nos responsables élus mais en réalité contrôlés par les pouvoirs économiques.

Les politiques sont comme ma directrice au travail, il faut que ça tourne c’est tout ! Alors dépensez faites marcher l’économie, consommez et ignorez le reste ! Dans un cas comme l’autre cette position de leur part s’explique par le fait de pressions. Pour ma directrice c’est la hierarchie et au dessus la commande sociale et pour les politiques ce sont les pouvoirs économiques et au dessus les mécanismes du capitalisme dérégulé et inégalitaire qui règne en maitre sur notre planète.

En même temps les grands riches se font construire des bunkers luxueux et inexpugnables sous terre ou s’achètent des îles ou des immenses propriétés très isolées. Vu les sommes faramineuses  investies pour une espérance de vie de plus ou moins 30 ans, cela prouve que ces grands riches craignent des catastrophes dans un avenir proche et pose la question suivante : que savent-ils que nous autres ignorons ?

Alors au delà des discours il y a les faits basiques et incontestables comme la réalité de l’accroissement de la population humaine et de la diminution des ressources. Au niveau des réalités il y a aussi la difficulté voire le refus des pays riches de baisser leur train de vie (le fameux « Le train de vie de l’Amérique n’est pas négociable » de George Bush père en 1992).

Ainsi du coup on peut commencer à se demander de façon tout à fait légitime si la seule façon pour les plus riches de préserver leur train de vie  n’est pas de supprimer une grande partie des plus pauvres (ceux qui ne leurs sont pas utiles bien sûr). Cela pourrait expliquer bien plus facilement le fait que des substances dangereuses se trouvent officiellement dans notre alimentation sans que cela inquiète personne en dehors des associations et organismes de veille ainsi que la position attentiste et dilatoire des autorités.

De telles théories complotistes me faisaient rire il y a quelques années mais plus maintenant, car oui je n’accorde plus aucune confiance aux discours officiels du fait non pas des théories complotistes vis à vis desquelles je reste encore plus critique, mais tout simplement par l’observation du contexte actuel dans sa globalité.

Au final que faire de tout ça ? Rester figé et vivre mes dernières décennies dans la peur au risque de développer des maladies psychosomatiques graves ? Me rebeller ? Oui mais de quelle façon et pour quel effet ? Rester stoïque et mettre ça dans un coin de ma tête en essayant de consommer de façon attentive et responsable ?

Bref, je suis perdu et effrayé, mais écrire tout cela me fait du bien et c’est bien pour ça que je continuerai de le faire.

Ah sinon après en avoir causé avec mes voisins, je viens d’annuler mon rendez vous pour la pose du compteur Linky 4 heures après avoir posté ce message. Je vais jouer le pourrissement et voir comment je peux m’opposer peut-être en faisant front avec eux pour ne pas avoir à subir ce stress du une fois de plus à ma perte de confiance dans les discours officiels.

 

La culture de la souffrance

190806

L’autre soir en passant devant la TV allumée pour la seule personne de la maison qui la regarde (et ce n’est pas moi) j’entends une fois de plus que le journal TV du soir consacre ses premières minutes aux embouteillages sur la route des vacances. J’entends plus que je n’écoute, quand soudain un commentaire du journaliste retient mon attention :

« Les vacances ça se mérite »

En clair; en plus du tarif de la location et de la galère du transport, le prix à payer pour profiter de vacances serait de rester coincés dans des embouteillages.

Ayant moi-même été pris plusieurs fois dans des embouteillages sur la route des vacances, je ne peux accepter cela et les dernières fois où je suis parti, je me suis arrangé quitte à payer plus cher pour avoir une route plus dégagée.

Mais force m’est de constater que tout le système autour des vacances est réglé pour créer le plus d’embouteillages possible à commencer par la système de location des appartements et autres formes de villégiature qui sont le plus souvent du lundi au samedi. Pourquoi ne pas avoir des offres de locations du mercredi au mercredi ? Et bien peut-être parce que de façon plus ou moins inconsciente, notre culture nous pousse à ériger un type ou un autre de souffrance comme paiement nécessaire d’une forme de plaisir.

Alors vous allez sans doute penser que j’écris n’importe quoi et je vais donc devoir développer un peu…

Notre culture est basé sur le travail, il est socialement bien vu de montrer que l’on souffre que notre travail est compliqué et qu’il nous fait souffrir en étant toujours dans la plainte et la surenchère. A l’opposé quelqu’un qui affirme que son métier est une source d’épanouissement et de plaisir est tout de suite regardé en biais ou décrédibilisé. Le mot travail a d’ailleurs été construit sur la base d’un mot latin « tripalium » qui désigne un instrument de torture à trois pieux, plus tard l’utilisation du mot « travailleur » se traduit plus comme celui qui torture mais cela n’abuse personne puisque le travailleur ayant progressé au niveau de son statut et acquis certaines libertés, le fait pour lui de continuer de travailler de son plein gré se traduit par le fait que c’est lui-même qu’il torture pour justement satisfaire cette culture de la souffrance.

Alors oui notre logiciel immuable et masochiste semble ériger la souffrance comme la preuve d’une valeur de l’individu qui l’affronte, la gère et en sort grandit ( le fameux Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort de Nietzsche) Et la raison de cela est je suis désolé de le dire et de l’affirmer, le religion.

Car oui même si notre société semble de plus en plus éloignée de la religion et du concept de Dieu avec un athéisme en constante progression, il n’en est pas moins que notre culture judéo-chrétienne est marquée par l’image forte du Christ en croix qui a souffert pour la rédemption de l’humanité avant de rejoindre son père. Cette scène iconique de la Bible est devenue un symbole fort, un repère pour donner du sens puis légitimer le fait que nos existences de mortels doivent s’accommoder de cette souffrance multiforme. Saint Paul ( c’est à dire les diverses personnes qui ont écrit des textes sous son nom dans la bible) va plus loin en accordant des mérites à la souffrance comme celui de permettre à l’homme qui l’expérimente de rester humble. Bref la religion chrétienne est basée sur la souffrance, la privation et corrélativement sur le renoncement aux plaisirs faciles de la vie qui obtenus sans souffrance sont forcément mauvais… Ben voyons… 🙄 c’est aussi cette logique qui a fait que la religion chrétienne a interdit le prêt à usure c’est à dire le fait de prêter son argent et d’en tirer des intérêts et ainsi de s’enrichir sans travailler donc sans souffrir.

Ainsi même sans avoir été au caté et même en étant le plus virulent des athées, notre inconscient reste façonné par cette culture judéo-chrétienne. Du coup concrètement si les choses sont trop faciles, si on obtient ce que l’on veut sans efforts ni souffrances, cela nous semble non mérité et nous fait parfois culpabiliser, c’est à dire regretter de ne pas avoir eu notre part de souffrance légitimiste.

Quand un ouvrier réalise un travail dont il est satisfait, il ne dira jamais  » Ah j’ai bien aimé travailler sur ce projet et j’apprécie le résultat de mon travail » Mais plutôt : « Ah j’en ai bavé c’est pour ça que le résultat est bon, je me suis donné de la peine ». Et pourtant il ne va pas à l’église…

Dans ma campagne plus qu’ailleurs, un ouvrier qui travaille de ses mains est toujours plus valorisé qu’une personne qui exerce un travail plus intellectuel et ce pour la même raison, quand on travaille avec ses bras on souffre beaucoup plus pour toucher son salaire et l’on est donc plus conforme à cette culture de la souffrance.

Parfois je me demande comment les choses se passent dans les sociétés non imprégnées de cette culture de la souffrance… Les valeurs sont sans doute très différentes et surement dans le bon sens.

En attendant de la découvrir je me force à penser régulièrement à l’existence de cette culture de la souffrance dans mon inconscient chaque fois que je me reproche en mon fort intérieur d’être trop heureux dans mon travail ou d’avoir fait quelque chose sans efforts. Cela m’aide à prendre de la distance, à ne pas culpabiliser et enfin et surtout, à prendre les bonnes décisions pour ne pas suivre les troupeaux masochistes sur les routes ou ailleurs. Faites donc de même !

Distractions

190730

Étymologiquement, avoir des distractions, se divertir, signifie se détourner de quelque chose. En clair nous nous divertissons pour penser à autre chose.

Cette autre chose c’est un peu la somme de ce dont je parle que trop souvent (la planète qui meurt, la société au bord de l’effondrement, la peur de perdre mon emploi, la peur de la précarité, la mort et toutes les joyeusetés de ce genre).

On comprend donc que le divertissement n’est pas un simple passe-temps mais un réel moyen de survivre sans se laisser aller au désespoir.

Et si en plus de ça on peut en même temps produire des choses qui apporte du plaisir à soit et aux autres, alors là c’est encore mieux !

Alors pourquoi est-ce que je suis encore devant cet écran au lieu de prendre mon dispendieux matériel photo pour aller faire de la prise de vue ?

Et bien sans doute parce que lorsque l’on est trop lucide ou angoissé selon les points de vue, on n’arrive plus à se distraire et on reste en boucle sur des thèmes morbides et auto-destructeurs, en clair une voie toute tracée vers la dépression.

C’est pour ça qu’après avoir envoyé cet article, je vais lâcher mon ordinateur pour la journée et que je vais me forcer à me distraire pour de vrai. Mercredi et jeudi ce sera la virée en Saône et Loire alors j’espère que j’aurai des occasions de faire des photos pour justement sortir du grand marasme.

Doomed

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Désolé pour ce titre anglais mais pour moi ce mot est bien plus riche et parlant qu’aucun autre mot français. « Doomed » veut dire « condamné » (avec une acception plus prophético-religieuse que « condamné » qui renvoie à un contexte plus judiciaire.

Et ce qui selon moi est irrémédiablement condamné, c’est bien sûr l’espèce humaine.

Alors oui je ne suis pas un grand optimiste mais je n’estime pas non plus être un alarmiste car mes inquiétudes ne sont que le résultat de la somme de mes observations récentes sur l’état de notre société, de notre planète et des solutions suggérées ou mises en place.

Hasard du calendrier, c’est aujourd’hui que Greta Thunberg, 16 ans, est venue faire un discours devant l’assemblée nationale. Nos élus ont donc fait semblant de l’écouter pour se donner bonne conscience ou pour se donner une image « écolo » mais personne n’est dupe, aucune résolution aucun engagement ne sera respecté par nos politiques. Les faits viennent le prouver puisque l’après midi même un traité de libre échange avec le Canada (le CETA) était ratifié par la même assemblée en dépit des réserves et des menaces bien réelles et établies qu’il représente pour notre environnement et notre santé.

Alors oui, notre civilisation est condamnée et il faut dès à présent se préparer à un monde à la « Mad Max » comme j’en vois souvent dans mes cauchemars c’est à dire un avenir dans lequel aucune institution de service publique, aucune loi ne survivra et où la violence sera la seule possibilité de survie pour les humains qui s’entretueront pour piller les dernières ressources de notre planète avant de disparaitre.

Les faits sont là et viennent le prouver :

  •  Changements climatiques (la multiplication des canicules, la fin des hivers, non ce n’est pas une simple parenthèse mais bien un effet du changement climatique)
  •  Pollution généralisée : Toute notre chaine alimentaire est contaminée par divers polluants qui nous tuent à petit feu et en premier lieu notre eau qui est de plus en plus suspecte. D’autres polluants sont dans notre nourriture et nos cosmétiques et cela ne semble inquiéter personne, surtout pas les responsables dont l’inaction fait le jeu de ceux qui nous tuent en nous vendant leurs saletés.
  • Extinction de masse des espèces, biodiversité en constante réduction (Cet été est le plus silencieux que je connaisse alors que j’habite à la campagne, les oiseaux sont de plus en plus rares et les insectes aussi)
  • Inaction, corruption et complaisance des politiques qui ne sont que les marionnettes des lobbys industriels et de la finance qui les portent au pouvoir et dictent leurs conduites et font voter les lois qui leurs sont favorables.
  • L’écologie est devenue plus une mode qu’un réel éveil des consciences On se dit écolo ou alors préoccupé par les menaces à court terme mais on ne veut pas renoncer à notre confort (à commencer par la voiture personnelle, le covoiturage c’est barbant) et le bio ça finit par coûter cher alors on laisse tomber.
  • De plus en plus d’intellectuels et de chercheurs annoncent la fin de notre civilisation et à présent ce sont des personnalités sérieuses que l’ont ne peut plus dénigrer en les rangeant dans la catégorie des farfelus alarmistes.
  • De plus en plus de personnes fortunées se préparent pour un effondrement de notre civilisation en se construisant des domaines (immenses bunkers équipés, îles ou grandes demeures) et en y stockant nourriture et moyens autonomes de survie.
  • En ce qui concerne l’énergie et les ressources naturelles, aucune solution n’est pérenne ni susceptible d’apporter une totale indépendance à chaque pays ce qui va forcément conduire à des conflits de plus en plus violents pour les dernières réserves de pétrole, pour les éléments chimiques de nos bidules technologiques, de nos batteries de nos panneaux solaires, conflits pour les minerais radioactifs de l’imposture du nucléaire français et également et avant tout , conflits pour l’eau qui sera le prochain enjeu planétaire majeur.
  • Enfin je tiens à souligner l’incapacité pour les humains à modifier leurs comportements sans être menacés directement et de façon imminente et violente.

Donc oui, si je mets ces faits bout à bout, je ne peux pas penser une seconde que l’humanité puisse survivre à son auto-destruction. L’effondrement semble être l’horizon de notre génération. Du coup je suis heureux de ne pas avoir d’enfants.

Mais au delà de ce tableau hélas trop réaliste, je continue à faire de mon mieux pour préserver ce qui peut l’être à mon échelle en diminuant au maximum mon empreinte carbone et aussi en faisant très attention à ce que je consomme et ce que je rejette.

Je ne fais pas ça pour me donner bonne conscience, je suis en paix avec moi-même sur ce plan, mais bien par conviction personnelle et conscience citoyenne. Une conviction que j’aimerai plus présente autour de moi mais pour que cela se produise réellement, il faudra sans doute une vraie catastrophe comme dans les films hollywoodiens.