Bêtise du jour, bonjour !

Le mardi comme vous le savez c’est le jour ou j’écris des âneries, c’est aussi hélas parfois le moment où quand je n’ai pas d’idées je laisse mes doigts courir sur le clavier et dévoiler mes états d’âme et mon coté sombre.

Le souci c’est que les bêtises je ne fais pas que les écrire, je les filme aussi.

C’est ainsi qu’aujourd’hui au hasard d’une journée sèche mais morne, j’ai lancé une nouvelle chaine You Tube avec un concept stupide. Maintenant il suffit d’attendre pour moi si je vais avoir des vues et des abonnés ! 😆

Vide ?

Il est 20h51 et je n’ai toujours pas écrit ma chronique du mardi. Je suis pourtant rentré à 17h15 mais après m’être assuré que ma mère âgée avait mangé correctement ce midi, après avoir étendu le linge et fait diverses corvées, je me suis octroyé un temps sur l’ordi pour répondre à mes mails, régler mes affaires de cartes pokemon en cours (et oui je suis en train de rassembler mon second full set) avant de glisser bien sûr sur You Tube pour me remplir de musiques connues et inconnues et d’images farfelues.

Alors voilà je sors de table, il est à présent 20h57 et je me mets à penser à ces minutes qui disparaissent dans le néant comme les grains de sable du sablier qui mesure la durée de ma vie. Non, je n’ai pas d’idées morbides, pas ce soir, surtout que les deux semaines à venir que je vais passer chez moi risquent d’être plutôt riches et sympas. D’ailleurs j’ai comme une grosse envie de finir d’écrire mes âneries tout de suite et de me jeter sur mon lit pour regarder un film sur l’ordinateur portable que j’ai réparé et qui a un très bon son.

Mais non, je vais continuer à écrire, laisser mes doigts inventer le sujet de ce soir.

Mais pourquoi ? Et bien parce que nous sommes mardi et que le mardi je raconte ma vie. J’ai fixé cette règle il y a de cela plusieurs années lorsque j’ai démarré ce blog, j’avais aussi ajouté la règle selon laquelle je dois écrire tous les jours sans exceptions en suivant cette « hebdo grille » que je me suis inventée. En m’astreignant à toutes ces contraintes je comptais trouver un rituel qui soit structurant pour me pousser à plus de rigueur dans ma vie professionnelle voire tout simplement humaine mais la vraie raison était bien sûr une volonté, pas tout à fait consciente mais bien réelle, de mettre quelque chose dans ce grand vide qu’est ma vie.

Et voilà j’ai encore laissé échapper mes états d’âme… Je suis incorrigible !

Je devrais pourtant avant tout me souvenir que ce vide est mon environnement naturel, tout comme le poisson ne peut respirer que dans l’eau, le Laurent ne peut que vivre dans le vide. C’est vrai qu’au début cela fait peur, surtout lorsque l’on regarde la vie des autres. Toutes ces personnes autour de moi qui ont de la famille, des amis et qui courent partout avec des tas de rendez-vous. Chez moi rien de tout ça, en dehors de ma mère âgée, je suis seul dans mon vide.

Mais j’ai aussi un secret. 😉

Mon secret c’est que le vide n’est pas ce qu’il parait. J’ai en effet compris très tôt que le vide était un ami incompris.

Tout d’abord il faut comprendre que le vide ce n’est pas rien, j’ai parlé de vide pas de néant.

Tout comme dans un récipient vide, dans une vie sans attaches il y a de l’air beaucoup d’air pour bien respirer. Dans une vie vide on trouve aussi beaucoup de place pour la remplir de ce que l’on veut; passions dévorantes et dispendieuses en solitaire ou dans le but de tenter d’aller vers l’autre, hobbys insoutenables pour une épouse. Mais le vide c’est surtout et avant tout et du temps, du temps que l’on donne à soi-même pour se connaitre, pour fouiller dans la poussière de nos histoires de vies et trouver à quels moments nous avons été blessés tout cela pour pouvoir enfin lécher nos plaies.

Car oui, même à bientôt 50 ans c’est toujours l’enfance qui fait mal, un peu moins chaque jour mais quand même…

Ma vie vide je l’ai donc tapissée avec ce que je suis au dedans c’est à dire tout comme certains gamins que j’accompagne, avec cette musique qui ne cesse de couler en moi et que je tente depuis plus d’un an de guider vers mes doigts afin qu’elle résonne en dehors de ma personne mais toujours par mon entremise. J’ai aussi réservé une énorme place à mon travail et aux personnes qui me permettent de l’exercer et surtout de l’aimer, ces collègues qui comptent plus que ma famille en dehors de ma mère. Pour le reste il y a la photo, cette amie qui ne me veut pas que du bien et qui ne vient jamais me voir si je ne la force pas à passer chez moi. Il y a aussi ce travail perpétuel sur les langues étrangères que je maitrise à des degrés divers, cette curiosité insatiable qui me pousse à faire des choses parfois un peu folles et il y a ….

Hé mais stop !!! Il est passé où mon vide dans tout ça ? 😆 Tout comme la matière est composée de vide, la musique de silence, le vide de ma vie n’est-il pas en fait réduit à une existence proclamée mais bien cachée ?

Voilà il est 21h50 et je viens de passer presque une heure à écrire un texte sans aucun sens sur un aspect purement putatif de ma vie. Car oui ma vie vide de relations est en fait plus pleine que celles de certaines personnes qui croient être connectées aux autres et qui en fait ne le sont même pas avec elle-mêmes.

J’ai scruté les ténèbres en moi, j’ai sondé le vide en et autour de moi puis en surmontant mon vertige là où certaine personnes renoncent, je suis allé au bout de moi-même en prenant conscience de l’immense liberté dont je disposais pour faire de ma vie quelque chose qui me ressemble. Vide de l’extérieur mais intense pour la seule personne à même de la comprendre complétement c’est à dire moi. :mrgreen:

Une visite au musée

A chaque fois c’est la même chose, le centre régional d’art contemporain contacte l’école pour nous proposer une visite avec un thème et des explications alambiquées, je rigole en me disant « mais c’est quoi que ce délire et quel intérêt ça peut avoir pour les enfants » et une fois que j’y arrive, c’est la grosse baffe. Je découvre des choses géniales ainsi que des idées et l’envie de prolonger ces expériences avec des activités pour les enfants.

Cette fois-ci le nom de l’exposition que seuls les enfants ont pu voir (musée fermée au public mais pas aux classes allez comprendre la logique derrière tout ça…) enfin bref, le titre de l’exposition était « Prismatique ». C’était une exposition collective d’artistes travaillant toutes et tous sur des polyèdres et d’autres formes en trois dimension en sculptures et installations ou en peintures et photos.

Allez je vous emmène avec moi !

Des simples panneaux gris posés d’une certaine façon au sol et dans l’angle du mur blanc suffisent à tromper ma vision et à déformer les perspectives. La mesure de lumière de mon bridge a aussi été abusée ce qui a donné cette vision très graphique.

Alors oui j’ai adoré cette petite exposition que j’ai entièrement photographié. Les dames du musée nous ont donné des plans pour assembler des solides et les rassembler en une œuvre collective, ce que nous avons fait. Et même si ce soir je suis crevé d’avoir assemblé une vingtaine de tétraèdres et cubes ou pavés, je dois avouer que le résultat est vraiment sympa.

Les enfants aussi ont adoré, l’un d’entre eux qui devient de plus en plus dur à gérer a fait plusieurs colères avant de jeter sa chaussure au milieu de la grande salle du musée (photo ci-dessus). Là aussi c’était très graphique, du coup je le soupçonne d’avoir voulu faire un happening. 😆

Voilà c’est la fin de la visite n’oubliez pas le pourboire pour le guide, un petit commentaire est le bienvenu ! 😀

Non père

Aujourd’hui encore certains enfants du groupe que j’accompagne à l’école m’ont touché par leurs demandes simples et belles et par ces petites attentions et gestes affectifs discrets qu’ils ont à mon égard. Que cela soit pour leur lire une histoire ou pour discuter de pokemon et de culture geek, le fait de m’assoir près d’eux et de ressentir le bien-être que je peux leur apporter en leur racontant une histoire ou tout simplement en les écoutant, me touche énormément. Sans vouloir juger leurs parents qui sont souvent plus en difficulté que leurs enfants, je suis obligé de constater que bon nombre des jeunes que j’accompagne n’ont jamais eu ce qui pour la plupart des parents coule de source.

Alors oui, nous les éducateurs travaillons avec les familles pour les aider dans leur rôle de parents, mais hélas entre la mauvaise foi de ces derniers et les limites de nos actions, bien souvent nos beaux projets de soutien ne restent qu’à l’étape des vœux pieux.

Vous commencez à comprendre.. D’un coté vous avez des enfants avec parfois une histoire de vie proche de la mienne et de l’autre un éducateur qui bien que chevronné reste un être humain marqué par ses propres traumatismes et ses manques affectifs passés et actuels. Alors sans entrer dans le piège d’une relation fusionnelle qui serait dommageable pour tous adultes comme enfants, et bien que très conscient des mécanismes de transfert et de contre-transfert, et malgré les collègues qui voient tout cela et pensent de temps à autres à se poser en tiers, au terme de telles journées, je me mets à rêver de devenir père pour pouvoir vraiment porter un enfant dans la vie et non pas l’accompagner quelques années avant de rompre tous les liens comme l’éthique de ma pratique professionnelle l’exige.

Mais cela n’arrivera jamais. Tu ne m’appelleras pas « papa » car faute de pouvoir trouver une femme capable de m’aimer plus que je me déteste, je ne rencontrerai jamais ta mère. Je ne connaitrai donc jamais l’amour qu’un père porte à son enfant et ce qu’il reçoit en retour, pas de moments de tendresse ni de grandes colères, les conflits de l’adolescence… Non rien de tout ça. Puis je ne te verrai pas grandir et devenir tout ce que je ne suis pas avant de finir par poursuivre ton chemin en osant faire des choix le tout avec ma bénédiction plus ou moins tacite mais de sûr mon soutien inconditionnel.

Non, mon enfant, nous ne connaitrons jamais tout cela. Je suis donc condamné à être le père symbolique et professionnel de quelques centaines d’enfants, un rocher sur lequel les éponges qu’ils sont vont se coller pendant un moment en prenant des petits bouts de ma personne loufoque et passionnée pour se se construire des personnalités autonomes et individuées.

Alors oui, au terme de telles journées ponctuées de rires de complicité et de petits gestes de tendresse retenus mais bien repérés comme quand ils m’appellent « papa » sans faire exprès, je souffre de ne pas pouvoir devenir parent.

Mais bon, aurai-je été un bon père ? Les éducateurs ne sont-ils pas de piètres parents en vertu de l’adage selon lequel « les cordonniers sont les plus mal chaussés » ?

Il vaut mieux ne pas prendre de risques, quitte à bousiller une vie avec mes non-choix autant que cela soit la mienne et pas celle d’un autre être qui mérite tout sauf cela.

Alors au bout du compte, mon enfant, s’il te plait, reste dans le néant.

Et sois reconnaissant, car au fond si tu réfléchis bien, je t’épargne un aller-retour.

La tentation de l’égoïsme

C’est les vacances, ma semaine de vacances tant attendue… J’ai des tas de choses que je dois faire comme recevoir ma seconde dose de Pfizer jeudi matin aller chez le dentiste demain ou faire vacciner ma mère et il y a aussi les choses que je devrais faire comme ranger mon laboratoire photo pour le rendre à nouveau fonctionnel, balancer tout ce qui traine à la déchèterie et rendre service à des gens.

Sur ce dernier point, je dois dire que je suis devenu plutôt amer. J’ai l’impression de toujours donner de mon temps et de mes ressources sans que cela ne m’apporte rien en retour. J’ai par exemple récupéré des données sensibles sur un ordinateur portable qui ne démarre plus et équipé un de mes ordinateurs pour encoder des cassettes vidéos tout ça pour un quasi inconnu et sa copine qui ne m’ont rien donné en échange.

Alors suis-je devenu égoïste ? Non, je ne pense pas, je rends volontiers service sans rien attendre en retour à mes amis et dans le monde associatif mais j’ai peur de finir par me faire avoir par des gens qui n’en ont rien à faire de moi et qui veulent juste que je règle leurs problèmes gratuitement. C’est ce que j’ai fait remarquer à cette dame et du coup cette personne m’a donné l’ordinateur portable sur lequel j’étais intervenu. C’est une vraie saleté, une machine de supermarché non évolutive que je vais tenter de réparer en misant une trentaine d’euros pour les pièces détachées. Si je n’y arrive pas et bien je n’aurai rien en échange des heures de travail passées pour elle et son copain.

Des exemples comme ça je pourrai en donner des dizaines, « trop bon, trop con » c’est ça la formule consacrée non ?

Ce qui est le plus déplaisant dans ce genre de situation ce n’est pas tant de s’appauvrir (mon temps c’est de l’argent) en enrichissant les autres, mais c’est avant tout l’absence de reconnaissance au sens philosophique du terme. Si je rends un service à des personnes avec qui je n’ai pas de liens, j’attends en retour un autre service ou une rémunération, si je ne reçois pas cela je me sens comme dénigré, insulté.

Alors du coup pour ces deux personnes j’ai osé, et oui pour la première fois de ma vie j’ai réclamé quelque chose. Le gars m’a promis un billet, il a intérêt à s’exécuter. Quant à la dame, elle a intérêt elle aussi de faire un geste sinon si je parviens à réparer sa machine je la revends sans aucun remord et si je n’y arrive pas et bien là je serai vraiment très amer.

Car oui, que ce soit pour veiller sur leurs données ou pour respecter le travail des autres, certaines personnes font preuve d’une inconséquence dont je ne veux être ni la victime ni le complice.

Mise à jour du sujet !!!

J’ai écrit ce billet à 11h00, à 13h00 je décide d’ouvrir cet ordinateur. Je prends un petit tournevis pour enlever une dizaine de vis et j’ouvre cet ordinateur avec une carte de crédit, car oui ce genre d’ordinateur portable s’ouvre comme une tablette. Je déclipse le clavier et je remarque que les deux nappes se sont détachées. Je me dis que non que ce n’est pas possible que cette panne soit si simple mais bon je rebranche les deux nappes avec des lunettes qui font loupe et miracle, la machine redémarre !

Par la suite j’ai passé deux heures à vider cet ordinateur de tous ses fichiers et programmes de l’ancienne utilisatrice avant de changer son nom.

Car oui, elle me l’a donné ce machin, non ? Vu que c’est un Pentium V 7eme génération WIndows 10 64bits 4 Go de ram et office 2007 installé dessus, maintenant que je l’ai optimisé et qu’il fonctionne parfaitement, il fera un très bon ordinateur pour mon travail. La tentation de l’égoïsme était trop forte, j’y ai succombé ! 😀

Sur un air de burnout

Je me retrouve une fois de plus devant cet écran pour rédiger on billet « perso » de ce blog. Alors vu que je n’ai rien de particulier à raconter aujourd’hui je vais laisser mes doigts filer sur le clavier histoire de voir ce qu’ils vont raconter.

Ces doigts qui aujourd’hui encore se sont crispés de colère dans mes poings face à certains comportement des enfants que nous accompagnons, ces doigts qui tapotent d’impatience sur la table, ces doigts qui aimeraient bien être en vacances pour se balader le long d’un manche de guitare ou mieux encore de basse.

Hélas oui, le ton est donné suite au constat que ma collègue et moi avons fait aujourd’hui : Il nous sera impossible de continuer à exercer ce métier à 60 ans. Aujourd’hui nous n’avons pas fait grand chose mais non étions pourtant très fatigués voire épuisés. Nous avons tous deux la quarantaine plus que bien sonnée et une grosse inquiétude pour la suite de notre carrière professionnelle.

Pourtant elle comme moi aimons notre travail et avons beaucoup d’affection pour les enfants que nous accompagnons y compris pour les plus problématiques, mais la situation sanitaire, la sensation d’isolement (travailler à deux avec 10 enfants dans une grosse école primaire vide de toute autre présence c’est assez étrange), la mauvaise foi de certains parents, le désintérêt pour notre travail manifesté par d’autres, les manipulations de notre hierarchie, bref tout cela nous plombe et vient diminuer notre enthousiasme.

Et au bout de tout ça ce qui va se passer et qui se passe déjà pour ma collègue, c’est le corps qui dit non, qui commence à caler. Ma collègue va ainsi passer sur le billard cet été pour une opération bénigne mais très handicapante voire dangereuse si elle n’est pas traitée rapidement et soigneusement. 😦

Pour ma part je n’écoute jamais mon corps et lui n’écoute pas trop mon cerveau, c’est d’ailleurs le secret de ma longévité ! 😆 Mais je sais que je vais finir par en avoir marre de tout ça surtout que la fragilité de ma situation personnelle risque de me faire basculer dans la précarité d’un mois à l’autre. En attendant la grande crise, je tremble le jour et j’accumule les cauchemars la nuit. Mon moral est en berne mes espoirs de l’histoire ancienne.

Mais comme le flic du film des années 80 je dois tenir bon, me lever demain matin et trouver une raison de passer une autre matinée dans l’école déserte. Pour demain ça va être facile car le mercredi c’est le jour où notre petit groupe répète notre second titre. Après la chanson sur le CORONA, nous avons écrit une chanson sur l’été qui arrive, une chanson pleine d’optimisme en trois couplets avec des paroles qui évoque les plaisirs simples de cette belle saison le tout plaqué sur le fameux titre « Seven nation army » des White Stripes .

Ma bassiste maitrise enfin sa ligne de basse, le petit filou au clavier a enfin accepter de jouer à la bonne octave et le batteur fera des efforts si je le laisse jouer sur l’ordinateur en fin de matinée. Bref demain sera peut-être enfin le jour où notre répétition ressemblera à quelque chose de présentable. Et même si c’est nul et bien on s’en moquera car on aura rigolé et nous avons encore deux mois pour enregistrer notre titre.

Ces petits plaisirs qui me font tenir… 🙄

Pestiféré…

J’ai eu beau dire à ma direction que je porte en permanence un masque FFP2 et que je ne l’enlève jamais même à la cantine où du coup je ne mange pas, et bien ils m’ont tout de même signalé comme cas contact. J’attends donc le fameux coup de téléphone de l’ARS.

Sinon déjà deux enfants qui n’ont jamais reçu les résultats du test de jeudi…

La journée s’annonce difficile.

Mise à jour : 15h00 la sécu me téléphone. C’est un jeune que j’ai au téléphone j’ai beau lui expliquer que je porte des masques FFP2 deux par jour et que je n’ai aucun contact en dehors du travail ainsi que le reste de mes précautions, il me considère toujours cas contact alors que la gamine était faiblement positive jeudi… Je dois donc me cloitrer comme un pestiféré jusqu’à vendredi matin.

La journée continue d’être très étrange entre soleil neige et folie ambiante…

Bar imaginaire

La journée a encore été dure, pas très dure mais bien fatigante, alors quel plaisir de m’assoir sur la chaise de mon balcon et de descendre trois bières avec des bretzels en imaginant que je suis à la terrasse d’un café. Je contemple mes montagnes, J’écoute les oiseaux, je regarde les gens passer et mes voisins vaquer à leurs futiles occupations et mener leurs stériles discutions et je chill, je me relaxe en espérant que demain notre président annonce un confinement qui me donnera trois semaines de vacances minimum… Avec ce soleil et cette chaleur ce sera bien volontiers ! 😀

Emotional week #3: Une journée mémorable

C’était le lundi de la Pentecôte en 1988. Pour les nuls en caté et en grec ancien, la Pentecôte c’est 50 jours après Pâques. Bref, c’était un jour férié et en bon adolescent j’étais resté au lit bien après 8h00 du matin.

Au fond de ma couette, je suçais mon index (et oui j’ai arrêté très tard) enveloppé dans le peignoir bordeaux que ma mère avait taillé. Je n’étais pas vraiment réveillé mais pas non plus totalement endormi c’est dans cet état que j’ai entendu mon père se plaindre une fois de plus de mon comportement à ma mère. Il me traitait de larve, de bon à rien et après s’être énervé contre ma paresse il parti pour aller travailler dans le jardin d’un ami. Il avait décidé de lui bêcher son jardin avec le motoculteur thermique d’occasion dont il était si fier.

Il était comme ça mon père, il donnait des tas de coups de mains et faisait du travail gratuitement pour les autres sans rien attendre en dehors d’une certaine reconnaissance. A l’usine (il était ouvrier électricien chez Peugeot) c’était pareil, il travaillait plus que les autres allant parfois jusqu’à couvrir la paresse des jeunes en faisant leur travail.

Bref mon père était parti passer le motoculteur chez le père W, je m’enfonçais de nouveau au fond de ma couette pour finir par sortir de mon lit vers 9h30. Ma mère me demanda alors d’aller prendre du pain à la boulangerie. Cette boutique était en haut de mon village situé sur un plateau, je décidais alors de prendre mon vélo.

Il faisait beau, le soleil brillait fort, j’enfourchais mon vélo et je commençais à monter la côte. Arrivé au dessus je remarquais du coin de l’œil un grand drap brun posé posé sur le bas coté de la route, il semblait recouvrir quelque chose mais peu intéressé par ce détail insolite mais anodin, je décidais de poursuivre mon chemin. Arrivé à la boulangerie j’achetais le pain et quelques bonbons avec la monnaie et je redescendais à vive allure, le panier au guidon vers ma maison profitant de la succession de pentes pour atteindre une vitesse très agréable.

Arrivé au dessus de la pente menant à mon domicile je découvrais abasourdi que les quelques minutes passées à la boulangerie avaient transformé cette fichue rue. Je remarquais que plusieurs personnes étaient présentes autour du drap avec un air préoccupé mais je fus avant tout alarmé de voir ma mère monter vers moi en courant et en hurlant. Une voisine lui tenait le bras pour la ralentir un peu.

C’est à ce moment que je compris que sous ce drap se trouvait le corps de mon père.

C’était la Pentecôte 1988 et je venais de perdre mon père et de passer devant son cadavre qui pour des raisons encore inexpliquées avait été laissé sous un drap pendant un certain laps de temps sans personne pour le veiller. Après avoir travaillé chez cet ami , il s’était plaint d’une douleur à l’épaule et était reparti vers notre maison à pied refusant qu’on le raccompagne. Arrivé en haut de la fameuse cote son cœur ou un anévrisme avait eu raison de lui et il était tombé devant la maison du medecin du village qui n’avait pas réussi à la ranimer et avait appelé les pompiers qui avaient recouvert son corps avant d’aller prévenir ma mère. Le hasard avait voulu que je passe pile poil après le départ des pompiers et la suite…

La suite est d’ailleurs un peu floue. Les pleurs de ma mère qui me prenait dans ses bras en hurlant  » Mais qu’est-ce que l’on va devenir ? » Les pompiers qui voyant mon flegme me demandent de prévenir mes frères et sœurs sans leur dire que notre père était mort mais qu’il avait fait un malaise pour ne pas qu’ils paniquent et fassent des accidents de la route et surtout un blocage dans mon esprit qui m’a empêché de verser la moindre larme.

Ma sœur arriva en fin de journée, vu qu’elle était déjà infirmière elle s’inquiéta de mon comportement désinvolte et m’ordonna d’aller prendre un bain dans la baignoire après avoir pris une pilule, sans doute un calmant. Je me souviens lui avoir obéit et d’avoir pris le rouge à lèvre de ma mère pour écrire sur le mur de la salle de bain  » vive les sédatifs » avant d’appeler ma sœur pour lui montrer ma mise en scène tout en faisant semblant de dormir. Elle avait rigolé juste un peu…

Puis ce fut la veillée du corps. Dans ma campagne pas de funérarium, les défunts sont déposés sur leur lit dans leurs chambre et les gens viennent pour les voir et prier. Ma prof d’anglais du collège était venue réciter un chapelet entier, je m’en souviens encore avec beaucoup de tendresse.

De mon coté j’étais toujours sous le choc, du coup pour tenter de sortir de cette torpeur et de réaliser ce qui arrivait, je décidais de faire des tas de gestes symboliques dont je n’ai jamais parlé à personne avant aujourd’hui. Mon père aimait les mots croisés alors j’avais plié une feuille de mots croisés pour la glisser dans la poche de son costume. Il m’avait emmené dans la forêt en bas pour que je l’aide à débroussailler autour d’un arbre qu’il jugeait en détresse, du coup j’étais allé chercher une petite branche de cet arbre pour la glisser là encore en secret dans sa poche.

Pour faire ces gestes symboliques j’étais obligé d’entrer dans la chambre seul et de toucher le corps de mon père, je me souviens du froid inhabituel dans cette pièce et de la sensation troublante résultat du contact avec le corps d’un défunt. Froid, rigide, inquiétant… Ce fut ma première rencontre avec la mort. Mon frère était là, en sortant de la chambre et en me retrouvant sur le balcon, il lâcha un très philosophique « c’est moche la mort ».

Le reste de la semaine se déroula bizarrement, plein d’adultes qui voulaient me conforter alors que mon travail de deuil était bloqué bien avant le premier stade, l’enterrement avec les pleurs difficilement contenus par mes frères et sœurs pendant qu’ils lisaient leurs mots au micro, et surtout la présence de mon frère qui resta avec ma mère et moi pendant plus de deux semaines. J’ai toujours aimé et admiré mon frère qui, bien plus âgé que moi, était parti faire sa vie en Haute Savoie, depuis ses visites étaient devenues aussi rares que brèves et du coup l’avoir chez nous pendant deux semaines reste paradoxalement un bon souvenir.

Puis une semaine plus tard le retour au collège avec le silence au moment de monter dans le bus, les gamins qui m’insultaient et me frappaient me regardaient à présent avec une expression de peur mêlée à de la tristesse. Je venais de perdre mon père, et si cela leur arrivait à eux aussi ? C’est ce qu’ils devaient se dire. Bref tout le monde était si gentil et prévenant envers moi alors que je ne voulais qu’une chose c’était qu’ils se comportent comme ils l’avaient toujours fait histoire de retrouver un peu de normalité.

Mon père ne m’aura pas vu grandir, développer mes capacités et commencer à m’intéresser à des choses que lui aussi aimait. Je n’aurai jamais eu le plaisir de boire une bière avec lui et encore moins celui de recevoir un peu de reconnaissance et d’approbation de sa part. Il est parti avec l’image d’un gosse suçant son pouce à 14 ans, une larve incapable de réaliser de grandes choses et vouée à une vie pitoyable.

Alors oui tout cela est bien triste mais par honnêteté je suis obligé d’évoquer une pensée qui me fait honte en dépit de sa véracité. S’il était resté vivant , mon père m’aurait vu devenir bon élève, passer mon bac avec mention bien avant de décrocher après pas mal d’année une maitrise en droit privé. Il aurait changé son regard sur moi et aurait été fier de son fils. Il aurait fait le malin à l’usine en parlant de moi à la pause casse croute mais il n’aurai jamais accepté qu’une fois diplômé je renonce à un métier juridique pour devenir un éducateur spécialisé. Alors si mon père n’était pas mort ce jour de Pentecôte, quelle serait ma vie aujourd’hui ? Aurait-il fait jouer ses connexions pour me trouver un premier emploi ? Je ne le saurai jamais mais cela ne m’empêche pas de me poser la question surtout dans les moments difficiles.

Voilà, cette page de ma vie est hélas 100% réelle sans aucune exagération, je vous la livre de façon un peu brute à l’occasion de cette « emotional week » tout en me demandant comment j’ai traversé tout cela et comment j’arrive à en parler et à l’écrire sans sourciller alors que je fonds en larmes en pensant à la mort de ma nièce.

L’esprit humain et ses mystères…

L’effet synthèse

Ce soir je suis dévasté, au bout du rouleau et pour mes collègues c’est pareil. Alors non rien à voir avec le virus, enfin si dans un sens car c’est un petit virus de sept ans qui ne va pas bien du tout qui nous a épuisé. Il refuse la moindre demande des adultes, s’oppose comme un tout petit et fait de graves crises de colère avec distribution de coups et mise en danger de sa personne. C’est un enfant immature, instable et colérique, bref un enfant en grande difficulté.

Hier soir nous avons rencontré pour la seconde fois les parents pour leur expliquer comment nous travaillons avec l’enfant et pour les rassurer face à un progrès que nous avions constaté et aujourd’hui comme pour nous dire qu’il refusait ce constat, son comportement s’est violemment dégradé. C’est ce que nous appelons l’effet synthèse, après une réunion de synthèse, les enfants adoptent un comportement en totale contradiction avec ce qui a été dit à cette réunion. Pour ce jeune garçon ça a commencé dès le matin avec le refus de me laisser lui prendre la température avec le thermomètre sans contact (obligation posée par l’A.R.S), puis des violences contre ma personne avant de s’en prendre et là c’est grave à ses camarades. Arrivé dans ma salle d’activité après avoir traversé les couloirs en hurlant, il retourne les fauteuils et continue à hurler de plus belle.

A ce moment je me demande ce que je dois faire, je décide de tenter la douceur, plus exactement la main de fer dans un gant de velours. Je lui dit qu’il aura une grande punition de récréation mais que si il accepte de ranger la salle et de présenter ses excuses je suspendrai la sanction. Il hurle se jette sur le canapé du coin lecture puis commence à se calmer, je lui rappelle les options avec encore plus de douceur et là il se met à ranger et me demande pardon pour ses coups et le reste. La suite de l’activité se passe très bien mais en seconde partie de matinée il part en classe là où la demande et le cadre sont plus forts et du coup mes collègues ont droit à un feu d’artifice.

Crises à midi, crise l’après midi et au moment de prendre le taxi pour rentrer chez lui il refuse de monter dans le véhicule. Il part en courant, escalade la grille de l’école, enfin tente de le faire avant que je le rattrape pour éviter qu’il ne tombe de l’autre coté c’est à dire de deux mètres sur le macadam. Je l’emmène vers le véhicule et là sa colère monte encore , il refuse de monter une fois posé de force refuse de s’assoir, frappe les autres enfants rampe sur le plancher. Il ne reste plus qu’une chose à faire, appeler le père.

Celui-ci arrive et quand l’enfant voit son père il devient encore plus violent et hurle « Non!!! taper !!! » Cet enfant sait très bien parler, lorsqu’il va bien il raconte plein de choses avec un langage riche et structuré, mais là il ne reste plus que la colère et la peur car oui je me demande si en rentrant il ne va pas se prendre une bonne fessée…

Du coup ce soir je me sens pas très bien, et écrire cela me permet d’y voir plus clair. Je vais organiser une entrevue spéciale avec la psychologue pour tenter de comprendre ce qui s’est passé et si cet enfant a d’autres raisons que le handicap et l’immaturité pour manifester un tel comportement.

Et je vais aussi soigner mes bleus aux jambes, ce petit garçon censé être hypotonique a un bon coup de pied ! 🙄