Aux confins du confinement

Je ne sais pas si c’est l’annonce du prochain déconfinement ou les belles journées qui se succèdent dans ma jolie Franche Comté, mais voilà je ne subit plus le confinement, je commence vraiment à en profiter.

Je joue de plus en plus de guitare, j’invente des licks que je trouve sympas mais qui sont sans doute très nuls, et j’ai même commandé une vraie basse active 5 cordes car j’ai toujours aimé cet instrument et les vidéos tuto que j’avale en boucle m’ont fait franchir le pas.

Ce genre de caprice puéril et stupide va sans doute se finir par un instrument qui prend la poussière dans un coin mais en attendant le fait d’avoir de nouveau craqué et réalisé un achat à 200 euros montre que quelque chose a évolué dans mon état mental.

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 Par ailleurs je commence à envisager la fin du confinement non pas comme une joie mais comme une épreuve. Je pense que le jour venu je vais regretter de ne pas avoir réalisé plus de choses et plus de progrès notamment en musique. Je vais aussi regretter de ne pas avoir pris le temps de faire du tirage sous agrandisseur dans mon labo alors qu’il y a tant à faire. Pour le labo cependant le fait est que je me suis forcé à y aller alors que je n’étais pas encore tout à fait guéri, ma séance a été ainsi très désagréable surtout au vu des résultats obtenus, du coup l’envie d’y retourner se fait attendre.

Hier une dame du CSA m’a contacté pour faire un sondage. La brave dame commence à déballer son speech avec une voix pleine de sollicitude en me disant

« – Désolé de vous déranger dans ces moments difficiles » 

Mon sang n’a fait qu’un tour, je l’ai vite reprise en ces termes :

Difficile ? Mais non pas du tout ! Je vis tout ça très bien ! J’ai de la nourriture, un toit, je fais du télétravail, personne de mon entourage n’est tombé malade et j’ai plein de temps pour faire des choses liées à mes loisirs ! « 

Du coup la dame a été impressionnée et m’a félicité sur mon état d’esprit.

Mais cette petite discussion m’a poussé à réfléchir sur la façon dont les personnes vivent le confinement. En dehors du confort matériel, pour certains cette expérience est plus pénible que pour d’autres car leurs relations avec les autres sont centrales dans leurs vies. Pour les personnes qui comme moi vivent depuis toujours en mode solitaire pour de multiples raisons, ce confinement est presque une bénédiction.

Ah, si je n’avais pas cette angoisse vis à vis de la pérennité de mon emploi… Je ferai la fête tous les jours!  Car au vu des écrits aussi denses que variés que je rédige à ma hiérarchie pour justifier mon télétravail, je n’ai aucun sentiment d’être payé à ne rien faire. Mon télé travail est réel, j’ai d’ailleurs eu des félicitations pour l’ampleur des tâches que je me coltine, et du coup j’ai depuis quelques temps le sentiment de mériter mon salaire et donc aussi de mériter pleinement de profiter des bons cotés du confinement.

Au final je raconte peut-être des bêtises et je risque de faire face à une grave désillusion professionnelle et personnelle lorsque tout sera terminé, mais bon, confiné ou con fini, une chose est sûre c’est que je commence à prendre gout à cette réclusion semi-consentie et que fort de cette nouvelle attitude je compte vraiment la faire fructifier.

Et si je commençais par me bouger pour perdre du poids ?  😈

 

Téléducateur

Une de mes grandes passions dans ma vie c’est d’inventer des mots. En ce moment je dois aussi réinventer mon métier d’où ce nouveau mot « téléducateur » qui me servira désormais à redéfinir ce que je suis devenu, professionnellement parlant, pendant cette période confinement qui va encore durer plusieurs semaines.

Mon quotidien est le suivant, je travaille sur les mêmes horaires que je dépasse allégrement d’ailleurs mais qu’importe. Dès 8h00 je suis devant mon ordi et soit je téléphone aux onze familles des enfants de mon groupe pour prendre des nouvelles soit je fais des écrits pour formaliser les informations ainsi recueillies ainsi que des écrits pour décrire tout ce que je fait histoire de mériter encore un salaire.

C’est vrai qu’au début inventer ce métier de téléducateur me semblait relever d’une imposture, comment fournir un vrai travail éducatif alors que je ne suis pas physiquement avec les enfants ni avec leurs familles?

Au bout de quelques jours mes réserves se sont vites dissipées car j’ai vite compris ce qu’il fallait mettre en place en dehors du travail de formalisation et de synthèse de mes interventions. Ce travail de relation avec les parents demande en effet une grande disponibilité, de bonnes capacités d’écoute, d’avoir aussi pas mal de ressources pour trouver des solutions et des conseils face aux difficultés générées par le confinement.

Mais ce qui est le plus important c’est peut-être de réaliser qu’un téléducateur intervient de façon très systémique c’est à dire en se mettant en relation avec l’enfant dans un cadre très global qui passe par sa famille, son entourage, et les partenaires qui peuvent apporter leurs aides. Je ne suis plus éducateur d’enfants en situation de handicap intégrés en milieu scolaire ordinaire mais je suis devenu éducateur conseil pour leurs familles toute entière.

Expliquer à un père qu’il ne doit pas sortir sans autorisation, lui envoyer le bon formulaire, expliquer l’assouplissement des sorties pour les personnes handicapées, trouver les informations pour une maman sur ce qui fonctionne encore au niveau de l’état civil, rassurer une autre maman pour qu’elle ose aller chez le médecin suite à une blessure à l’épaule, trouver des solutions pour les parents qui sont submergés par les mails de l’éducation nationale, leur dire comment trouver de l’encre pour imprimer, déminer des fakenews… Et puis tout simplement leur parler même si c’est pour les écouter le plus respectueusement possible refaire le monde et l’histoire dans le plus pur style comptoir de bar…

Téléducateur c’est un drôle de mot et c’est aussi un drôle de métier que nous sommes en train d’inventer mes collègues et moi. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer mais pour l’instant une seule chose est sûre c’est que continuer à travailler même avec cette approche un peu empirique et expérimentale est sans doute ce qui me permet de tenir bon voire d’espérer qu’un jour une vie un peu plus normale reprenne son cours.

Pour finir vendredi et mardi je me suis porté volontaire pour travailler avec une petite de mon groupe qui en quelques mois a vu sa vie s’effondrer avant de voir la planète s’enfoncer à son tour dans des jours très sombres. Deux mois qu’elle est avec sa mère, j’ai insisté pour que l’on puisse l’accueillir deux journées. Elle est donc devenue prioritaire juste après les enfants du personnel médical.

Retravailler comme un vrai éducateur et non pas comme un téléducateur va sans doute me faire le plus grand bien mais là j’espère avant tout que cela va aider la petite à comprendre qu’un monde nouveau arrive après la crise et qu’il ne se fera pas sans elle et que nous sommes tous là pour l’aider à s’y préparer. 🙂

Strange days

Bon c’est mardi, c’est donc le moment de vous donner de mes nouvelles une semaine après avoir traversé cette maladie violente physiologiquement et psychiquement. Une semaine plus tard je ne sais toujours pas si c’était la maladie ou un gros pétage de plombs du aux angoisses combinées suivantes : Imaginer ma mère, mes proches mes amis mes collègues tomber victimes de ce fléau. M’imaginer perdre mon travail, imaginer devoir survivre dans un monde à la Mad Max ou mes petites provisions auraient duré quelques mois et où j’aurai été confronté à des meutes de fous face auxquelles j’aurai du faire allégeance ou preuve de combativité. Plus de nourriture, plus d’électricité plus de lois et d’autorité protectrice…Puis faute d’humain pour faire tourner les centrales nucléaires, fission des réacteurs ou apocalypse nucléaire lancée par un chef d’état devenu fou…

Oui un imaginaire de geek comme moi nourri par les films de série Z ça imagine tout de suite le pire.

Mais là depuis que je suis sous anti-anxiolytiques mes pensées ne sont plus aussi négatives, je me concentre sur mon télé travail chaque jour et du coup je pense à autre chose et je commence à espacer la prise de ce médicament. Je vais d’ailleurs essayer de le supprimer tout comme je vais supprimer le somnifère que je prends chaque nuit. Ce cocktail de médicaments me permet de dormir en trois fois de 22h00 à 00h00 de 00h00 à 3-4 h puis de 3-4H à 6h00 du matin.

Quant au confinement pour moi ce n’est pas du tout une épreuve, je ne sors jamais de chez moi en temps ordinaire et je ne vois des gens que très rarement. Du coup là tant que j’ai de quoi manger, je ne manque de rien. Je n’ai pas encore assez retrouvé le moral pour tenter de refaire de la photo ou du jardin mais avec le retour de températures plus clémentes je devrais m’y mettre ce weekend.

Bref tout va bien, je continue de vivre au jour le jour en tentant de penser à autre chose qu’à ce monde en train de mourir ou de changer.

 

Mon épreuve de ces derniers jours

Aujourd’hui après mes événements des 7 derniers jours j’ai décidé d’envoyer la lettre suivante à tous mes collègues, ami(e)s qui m’ont soutenu dans mes moments difficiles et ce afin de les informer voire de leur présenter des excuses.

Chers toutes et tous
Je vous ai peut-être effrayé après mes difficultés vécues cette fin de semaine, alors pour vous aider à comprendre et aussi pour m’aider moi aussi à y voir plus clair en relisant mes SMS des 5 derniers jours, je vais donc faire un récit rapide des événements. Je teins aussi à présenter mes excuses à celles et ceux que j’ai inquiété à tort ou à raison car oui on ne le saura pas et la décision de mon medecin de me mettre en arrêt jusqu’au 6 avril pour vous protéger si jamais je suis devenu porteur sain montre bien que les choses ne sont pas si claires. Pétage de plomb à la Laurent ou vraie maladie à vous de choisir en lisant les phases de ma maladie résumées ici :
– Lundi nous nous quittons, en partant je fais quelques courses essentielles dans trois supermarchés en évitant le plus possible les gens et avec des gants
– Mardi je commence ma quarantaine après être redescendu à l’Intermarché de Pont De Roide pour prendre des choses oubliées que ma mère réclame.
– Mercredi je commence à me sentir bizarre premiers maux de tête, frissons j’en parle à l’infirmière qui vient à domicile elle semble inquiète et me dit de vérifier l’évolution de ma température.
– Jeudi fièvre de 38-38,5 impossible de manger, douleurs derrière les mollets, maux de tête frissons, gorge très irritée et encombrée impossible de dormir plus de trois heures.
– Vendredi la fièvre continue de monter sans dépasser 39 et la nuit elle monte bien très fort puisque je me réveille 4 heures plus tard avec un lit trempé de sueur.
– Samedi je me sens fatigué mais bien mieux je recommence à manger mais la fièvre de 38 – 38-7 est toujours là.
– Dimanche après une première nuit complétement blanche je continue d’aller mieux 38 – 38-7 mais la fièvre toujours là.
– Dans la nuit de dimanche à lundi vu qu’à 4 heures du matin je ne dors toujours pas, je me force à fermer les yeux et à ne plus les ouvrir et cela a un effet étrange je me met à tousser très fort trois fois comme si j’avais des épingles dans la gorge. Quelques minutes plus tard je m’endors pendant deux heures.
– Lundi matin je suis le premier à aller voir mon médecin je lui explique mes soucis et mon stress et il me conseille de prendre des anxiolytiques , je lui demande un somnifère lourd pour la nuit qui est très difficile à traverser et il me donne aussi un traitement pour ma langue qui pique. Je rentre chez moi après deux anxiolytiques je m’écroule dans mon lit pendant 4 heures la nuit avec un somnifère je dors 4 puis 2 puis 2 heures.
– Mardi matin (ce matin) je me réveille le nez et la gorge très prises et je retourne chez le medecin pour avoir de quoi nettoyer mon nez et ma gorge. Personne au cabinet alors on parle un peu plus, les médicaments m’ont éclairci la tête et me permettent donc de mieux lui parler de ce que j’ai vécu la semaine dernière, je lui donne tous mes symptômes et il trouve cela assez inquiétant et m’a donc fait un arrêt jusqu’au 6 avril au cas où j’avais le virus car si c’est le cas je reste encore porteur et je peux transmettre. J’ai donc fait mes dernières courses et visite chez le docteur comme la veille avec masque FFP2 et gants.
Voilà de façon précise et objective mes événements de la semaine.
Au bout de tout ça deux possibilités :
– Soit j’ai fait un pétage de plomb complet et du coup je vous prie d’accepter mes excuses en prenant en compte mes symptômes bien réels (car oui j’ai vraiment été malade mais de quoi ?) et le stress que j’ai éprouvé pour protéger (à tort si je n’étais pas contaminé) ma mère de 83 ans.
– Soit j’ai vraiment été infecté et dans ce cas connaitre les phases de la maladie par mon vécu pourra peut-être vous aider.
Dans tous les cas je veux remercier du fond du cœur toutes les personnes qui m’ont soutenu dans cette épreuve, vous pouvez compter sur moi pour vous renvoyer l’ascenseur.
Bon, je me remets au travail avec la permission de la direction alors merci et à bientôt !
Je vous aime tous très fort
Laurent

Le cauchemar

Hier soir je me suis endormi en regardant pas mal de films pour tenter de chasser cette peur au ventre, cette boule qui m’oppresse depuis plusieurs jours. Le discours du président et les messages reçus sur les téléphones portables cette nuit ne calment pas les choses. Je sui terrifié pour moi et surtout pour ma mère âgée.

Ce matin au réveil je pensais ouvrir les yeux dans un monde différent pour découvrir que tout cela n’était qu’un cauchemar, mais hélas le cauchemar c’est lorsque l’on se réveille. Les films d’horreur sont devenus notre réalité.

Alors oui, il est encore trop tôt pour savoir ce qui nous attend pendant et après cette période de confinement mais une chose est sure, c’est que notre mental va être mis à rude épreuve. A mon niveau je n’ai presque rien mangé depuis 48 heures tant je suis terrorisé et des idées très noires traversent mon esprit, la solitude n’arrange hélas pas les choses.

Et ce n’est que le premier jour de la crise.

Il vaut mieux que je m’arrête ici car je ne fait qu’auto alimenter mes peurs.

Ps : Après avoir écrit ces lignes je suis allé faire un tour au village pour jeter les bouteilles. J’ai vu les boulangeries et la poste ouvertes des gens dans la rue… Bref la vie semble continuer et les placards sont pleins. Donc pour l’instant je vais respirer un peu…

Virus…

Après les menaces liées au climat qui se détraque, après les industriels qui empoisonnent notre planète et notre nourriture, après les terroristes et autres monstres qui veulent détruire notre société, voici donc ce que l’on attendait depuis un moment, une bonne vieille pandémie.

Je ne suis pas médecin alors je ne peux que raconter ce que je vis au travail. C’est assez folklorique et surtout très difficile à comprendre. L’Agence Régionale de la Santé ne demande rien de particulier aux écoles alors qu’à moins de 50km tous les établissements scolaires sont fermés pour deux semaines.

Par contre concernant nos enfants en établissement, l’agence préconise que nous prenions leur température deux fois par jour pour les renvoyer si ils ont de la fièvre et nous interdit toutes les sorties et activités à l’extérieur de l’établissement. Par contre la classe dans l’école qui est à 5km là ça ne pose pas de problème…

J’ai vraiment du mal à comprendre ce qui se passe et le pourquoi des décisions. Le plus inquiétant c’est de savoir que beaucoup d’enfants sont des porteurs sains du virus et peuvent ainsi le transmettre sans avoir eux-même le moindre symptôme. Du coup vu que j’en ai partout autour de moi, je me sens très exposé mais je ne m’inquiète pas pour autant, je garde mes distances et surtout je fais attention avec ma mère âgée.

A suivre donc mais pas de trop près ! 🙄

Arnaques

En ces temps de crise, force m’est de constater que l’on cherche à nous arnaquer tous les jours dans quasiment chacune de nos transactions.

Dernier exemple en date, hier je me rends dans un magasin pour acheter un four et une plaque de cuisson. J’avais fait des recherches longues et sérieuses sur le site Internet du magasin pour sélectionner le modèle qu’il me fallait et j’avais donc trouvé mes deux produits dont j’avais marqué les référence sur un papier.

J’arrive donc au magasine et là la dame qui s’occupe de moi vient me dire que le four que j’ai choisi n’est pas un four à pyrolyse alors que j’étais sûr du contraire. Elle cherche alors à me vendre un autre modèle 200 euros plus cher qui lui est un modèle pyrolyse.

Sur le moment j’hésite et je repas sans rien acheter, je retourne sur le site du magasin et sur le site du constructeur, non j’avais bien raison le four à 300 euros que je voulais acheter est bien un four à pyrolyse qui nettoie les saletés en chauffant à près de 500 degrés (et non un modèle catalyse comme la dame a tenté de me le faire croire).

Cette brave dame payée à la commission doit avoir des tas d’autres astuces dans sa manche pour augmenter le total de ses ventes et je trouve cela vraiment déloyal limite illégal. J’imagine ce qu’elle doit faire face à des personnes plus vulnérables et moins informées et je me fais peur en pensant que dans un avenir assez proche je serai sans doute déconnecté de la technologie et des pratiques de mon époque et que je serai moi aussi une de leurs victimes.

Niveau prix c’est aussi assez affligeant de voir la différence pour le même produit avec les mêmes garanties entre les prix sur le net et ceux en magasin.

Mais où est-il le commerçant expert, sympathique et loyal du temps jadis qui travaillait dans un petit magasin de quartier ? Ah oui il s’est fait couler par les grandes surfaces d’électro ménager qui elles se font à présent couler par Internet. 😈

Pour éviter de se faire avoir en magasin, il n’y a hélas qu’un seul moyen c’est de tout faire par Internet sans avoir des personnes qui vous manipulent, qui tentent de vous vendre des assurances couteuses et inutiles en plus de vos produits ou qui vous mentent pour vous fourguer un modèle plus cher.

Internet fait beaucoup de mal mais ce sera désormais mon choix pour l’électroménager. Tant pis pour le commerce en magasins réels dont les salariés et divers bénéficiaires ne devront pas se plaindre vers moi lorsqu’il n’y aura plus que des magasins en ligne.

En plus de ça je reste chez moi au chaud sans consommer du carburant sans risquer d’accident sur la route ou alors de me faire agresser ou contaminer. Non n’en jetez plus, Internet et son hyper choix c’est vraiment mon choix et tant pis pour ces commerçants qui m’ont dégoutté des transactions dans le monde réel.

Carnaval

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Aujourd’hui c’est donc Carnaval. C’est un jour assez spécial pour moi car il recèle plusieurs niveaux de nostalgie. En premier lieu, comme chaque année malgré ses soucis de santé, ma mère a fait une grosse tournée de  beignets. C’est la photo du jour faite un peu après la rédaction de ce billet que j’ai donc édité.

Poust avait ses madeleines moi j’ai mes beignets, cette douce odeur que je ne sens depuis quelques années qu’une fois par an chez moi, me transporte bien loin en arrière du temps de mon enfance et plus particulièrement des jours autour de Carnaval.

Ces carnavals de mon enfance,  se faisaient la plupart du temps avec les copains et les copines les pieds dans la neige (un machin froid blanc et marrant qui tombait du ciel de fin novembre à début avril). Nous avions cartographié notre secteur du village en repérant les personnes les plus généreuses et dès la fin de Noël nous pensions déjà à cette nouvelle occasion de nous remplir les poches de bonbons et de quelques pièces. Je me souviens avoir demandé aux gens de me donner une pièce de 1 centime car je rêvais d’en avoir une… Si jeune et déjà l’âme d’un numismate, heureusement que je me suis calmé avec ça. Donc je n’ai jamais eu de pièce de 1 centime et j’ai du attendre très tard pour en acheter une sur Ebay, disons trente ans… 🙄 A la fin de notre promenade dans la neige nous avions parfois plus de 5 francs ! Une vraie fortune que nous allions dépenser en bonbons à la boulangerie. Nous n’avions pas dix ans mais nos parents nous laissaient trainer dans les rues et dans les bois à plusieurs kilomètres de nos maisons et cela ne posait aucun problème. Niveau costume, c’est souvent ma mère qui me les fabriquait, un de mes derniers costumes a été celui d’Esteban dans les mystérieuses citées d’or, un dessin animé dont aujourd’hui encore je suis toujours fan. Mais sinon la papeterie du village vendait des dizaines de petits masques en plastique si fins qu’ils ne duraient qu’un jour. Nous regardions avec envie les premiers masques en latex, dont un de sorcière. Un jour ma voisine me l’a offert, c’était magique, je l’ai gardé plus de vingt ans. Enfin, je parle de moi mais une fois de plus nous étions toute une bande et ce temps était vraiment fait pour les enfants sans surveillance particulière.

Aujourd’hui Carnaval tombe pendant les vacances scolaires donc pas un seul enfant dans la rue et même si il y a des enfants les parents sont derrière et vérifient tout ce qui se passe. La population a changé, les villageois du temps jadis sont morts, leurs enfants sont partis trouver du travail ailleurs et en règle générale Carnaval n’est plus qu’une fête de tout petits hyper protégés par les néos ruraux angoissés à force de regarder les informations à la TV et de lire des nouvelles anxiogènes sur leurs réseaux sociaux.

L’autre raison qui faisait que l’on aimait Carnaval c’était que le lendemain toute la joie disparaissait. Il fallait suivre une longue messe pendant laquelle on recevait des cendres pour symboliser l’entrée en Carême. Pour nous les enfants cette période était pénible car elle voulait dire beaucoup moins de bonbons et l’obligation de mettre des sous dans une tirelire pour les donner à des enfants pauvres. Le geste était beau mais personne ne faisait de réels efforts pour nous expliquer l’utilité de nos privations, alors nous serrions les dents jusqu’au dimanche des rameaux où l’on avait les œufs en chocolat vendus au bénéfice des écoles privées (ça existe toujours) puis une fois passée cette horrible semaine sainte avec toutes ces messes en soirée c’était la magie de Pâques avec les œufs lapins et poules en chocolat suisse planqués dans le jardin.

Alors oui, je ne parle que de bouffe ou presque, mais bon lorsque j’étais au primaire mes seuls plaisirs ne passaient que par  la nourriture et les dessins animés du mercredi. Je n’ai jamais eu de loisirs organisés ou autres et j’étais déjà assez exclusif au niveau de mes amitiés. Du coup ce qui me revient en tête ce sont les choses liées à la nourriture des jours de fête. Sans doute une clef de compréhension pour mes soucis actuels…

Au delà de ma personne, force m’est de constater que Carnaval n’existe presque plus. Cette fête religieuse dont l’origine de son nom « Carne vale » signifie l’adieu à la viande, était dans les temps anciens une grande fête populaire théâtre de beuveries et de débordements en tout genres. On se faisait plaisir une dernière fois avant de se priver pendant les quarante jours du Carême et on en profitait pour laisser échapper de la vapeur en relâchant quelques pulsions. C’est encore un peu le cas dans les carnavals historique des grandes villes de France qui restent très vivaces et surtout en  Amérique latine sauf que cette année, les brésiliens divisés ont moins le cœur à la fête. 🙄

Par la suite, heureusement ou non, la religion a commencé à reculer et du coup faute de respecter le carême, Carnaval s’est vidé de son sens et est devenu dans nos villages une fête pour les enfants. Aujourd’hui seuls les chrétiens très, (trop) convaincus font encore un carême à base de privations sèches sans dimension solidaire. Pour les modérés ce temps est plus un temps de réflexion et de rapprochement avec Dieu et les autres à travers des actes de partage porteurs de sens. Lorsque je faisais le caté je demandais aux enfants d’amener des ingrédients payés avec leurs sous pour faire des gâteaux ensemble que nous allions vendre à la sortie de l’Église avant de donner le bénéfice de notre travail à un organisme sérieux et efficace. Cela avait du sens puisque c’était une occasion de comprendre la valeur du travail et de ressentir la satisfaction de faire quelque chose d’utile pour d’autres enfants dont je pouvais leur expliquer les difficultés avec le support d’Internet.

Au bout du compte, cette lente déliquescence de Carnaval n’a été que le premier domino d’une suite de disparitions de moments heureux et porteurs de sens. Plus de Carnaval car plus de carême donc la fête de Pâques n’est plus qu’un Noël bis ou la dinde est remplacée par du mouton et où les chocolats ont une autre forme. Fini le folklore des cloches qui partent pour Rome avant de revenir chargées de chocolats…

Tous ces petits moments de bonheur vécus entre enfants autonomes et à qui on faisait confiance dans des communautés (village, paroisse, association…) ont été remplacés par des plaisirs procurés de façon individuelle dans chaque maison où les enfants restent derrière leurs écrans « sousveillés » par des parents qui ne comprennent pas que les dangers du virtuel et de l’Internet sont biens plus grands que ceux du monde extérieur.

Face à ce vide on pourrait encore mettre du symbolique en expliquant par exemple pourquoi on donne des œufs à Pâques (La vraie arrivée du printemps le retour de la vie tout cela est résumé par l’œuf qui symbolise cette vie nouvelle). Mais non, le symbolique a été jeté avec la religion comme on jette le bébé avec l’eau du bain.

J’ai été long ce soir et je suis plus nostalgique que jamais, je vais donc finir mon travail pour demain et aller boire quelques bières histoire de faire un carnaval abusif comme autrefois et être assez mal demain matin pour avoir envie de faire un carême païen pour retrouver un peu de santé en perdant un peu de poids. Bon carnaval !  😀

 

 

Relâchement

La tension des semaines précédentes est enfin en train de tomber. Ma mère va mieux et bouge de plus en plus même si elle se plaint encore de la douleur de la zone non cicatrisée de son pied brulé. Ma chaudière ronronne et me tien bien au chaud, le chat continue à être con et à faire des saletés, bref les voyants semblent se remettre peu à peu au vert.

Et alors que vais-je faire grâce à ce relâchement dans mes malheurs ? Vais-je enfin me remettre à la photo de façon plus appuyée en explorant de nouveaux territoires ? Vais-je me lancer dans de nouveaux projets pour les gosses ? (une enchère qui se termine dans 20 minutes va en décider en grande partie). Ou alors vais-je continuer à me bousiller la santé et le moral jusqu’à ce que mon corps ou mon esprit finissent par craquer ?

Mardi c’est le carnaval du calendrier, celui que tout le monde a oublié. Alors pourquoi ne pas raviver les anciennes coutumes liées à la religion et faire carême pour essayer de me retrouver et tenter de me rapprocher un peu des autres, en passant par exemple des coups de fils histoire d’aller griller du plan film ici et là ?

Mais il faudra que je le fasse avec un petit budget pour rester en phase avec mes engagements de mettre un maximum d’argent de coté.  Alors voilà je dis ça mais il y a ci qui fait que ça est compromis… Et au final encore cette impression de ne rien contrôler dans ma vie et de ne faire que les mauvais choix dictés par la peur ou les besoins futiles.

La prochaine fois que je ferai un crédit je m’achèterai sans doute un fauteuil très cher et hautement confortable car vu que j’ai de plus en plus l’impression d’être le spectateur passif de ma propre vie, autant la voir s’éteindre confortablement assis, non ?