Archive de Noël

Archive du samedi 16 décembre 2006

Cher Francis,

       Aujourd’hui est une grande journée. Ce matin au petit déjeuner j’étais en train de disserter avec ma mère sur ces fêtes de Noël qui se résumaient à une distribution de cadeaux de part et d’autre. Elle me parlait des Noël de son enfance où elle était heureuse rien qu’en ayant une orange et un morceau de chocolat, de son adolescence passée à travailler comme couturière passant des nuits entières pour faire de beaux manteaux à des bourgeois qui par le lendemain venu refusaient de la payer de suite et ne lui donnait son dû que des mois plus tard, et encore suite à l’intervention de feu ma grand mère.

Après avoir passé en revue sa vie façon Dickens, nous avons décidé de nous rendre dans une grande surface pour acheter ces fameux cadeaux de Noël qui enlèvent tout sens à cette fête. En effet, nous offrons des cadeaux parce qu’il le faut sans tenir compte de ce que l’on offre et surtout sans l’offrir avec le cœur. Pour les enfants, cela n’est pas important, que les adultes tirent la gueule le jour de Noël se demandant ce qu’ils font là ne leur posent pas de problèmes. Ils joueront en poussant de grands cris avec leurs jouets si convoités avant de les abandonner dans l’heure suivante puis de les briser briser une semaine plus tard. Quand à moi comme chaque Noël je n’attends rien, ni cadeaux, ni marque d’affection, ni bons moments. Finalement on en revient à Dickens…

Alors pour expulser mes frustrations je me défoule en m’amusant avec les vendeurs des grandes surfaces. Sur le chemin du retour je m’arrête chez Darty pour voir le prix des DVD vierges en vue de fabriquer mes cadeaux de Noël. Le prix est là encore prohibitif, je me dirige donc vers la sortie en grommelant lorsque mon regard est attiré vers un paquet de personnes qui est collé autour d’un vendeur devant la vitrine des lecteurs mp3 de poche. Amusé et intéressé moi aussi par ce genre d’article, je m’approche à mon tour en étant à peine décalé. Sur ce un vendeur me repère et cherche à me faire l’article de l’un de ses produits (dans l’autre sens ça marche aussi), je repère les jolis I pod que la dizaine de personnes convoite. La tentation est trop grande, je ne puis résister à l’envie de taquiner ce vendeur trop entreprenant.

– Oui alors le mieux vous voyez c’est les I pod !

-Moi: C’est vrai que c’est joli pratique compact et performant mais les batteries sont amovibles?

– Le vendeur: euh en fait non…

-Moi: Alors au bout d’un an ou deux lorsque la batterie est usée à force d’être rechargée il ne reste plus qu’à balancer le I pod à la poubelle ?

– Le vendeur: bien euh… en fait … oui…

Bien entendu j’avais parlé à voix haute, en écoutant notre conversation le petit groupe de personne réagit très vivement, je les entend répéter ce qu’il viennent d’apprendre par la bouche même de l’autre vendeur. Quelques minutes plus tard les deux vendeurs se retrouvent seuls devant leur jolie vitrine.

Et oui mon bon Francis, on s’amuse comme on peut…

Archive de dégoût

Archive du vendredi 9 décembre 2005

Cher Francis,

Chaque jour qui passe me dégoutte encore un peu plus de la nature humaine.

C’est le cas par exemple lorsqu’une mère dépose au centre d’hébergement de sa fille de 12 ans  des cartons remplis de toutes ses affaires qu’il s’agisse de dessins, de photos ou d’habits de bébé… Enfin en un mot tout ce qui restait à sa mère comme preuve de son existence.

La pauvre jeune fille était en pleurs par ce geste sa mère lui envoyait un message encore pire que si elle lui avait dit en face »ma fille je te renie » . Cette femme va refaire sa vie avec un autre homme et oublier complètement sa fille sans tenir compte de sa détresse.

Au delà de la colère ce genre d’action me pose un problème d’ordre moral et pratique. devant tant de cruauté que faire pour limiter les dégâts? n’est-il pas possible de travailler avec la mère pour lui faire comprendre la portée de son geste? et enfin et surtout comment aider cette jeune fille à surmonter cette épreuve ?

Mon cher Francis j’aime beaucoup ce métier mais par ailleurs je déteste les frustrations et les horreurs qui l’accompagne… Parfois je me dis que je suis trop sensible pour exercer ce job…

Jardinier philosophe

Archive du Samedi 25 Novembre 2006

Cher Francis, 

          Encore une journée au jardin, les mains sont bien propres mais mes ongles sont encore un peu crottés de terre. Si l’on me le fait remarquer avant que je n’ai eu le temps de me faire une manucure je dirai que je les garde ainsi pour me rappeler d’où je viens et où je me dirige.

Toute vie est appelée à finir en fumier, la mienne y compris…

Bon, pour ce soir je pense avoir mérité une petite séance de cinéma…

A demain. Je ne voudrais pas arriver en retard et faire faux bond à James.

Et oui le samedi 26 novembre j’allais voir Casino Royal, le nouvel essor des films de James Bond au cinéma… Pour le reste et bien ça reste moi, hélas…

Archive de passion passée…

Mercredi 18 Novembre 2009

Transmettre une passion, faire vivre un projet

Aujourd’hui au travail, notre petit groupe a commencé le travail de labo avec un développement d’une pellicule noire et blanc faite quelques heures auparavant.

Mon projet entre donc dans une autre phase. A présent les enfants vont apprendre une autre étape du processus argentique et la semaine prochaine nous essayerons le tirage.

Mais tout cela n’est qu’accessoire, la photo argentique n’est qu’un outil qui me permet de travailler d’autres choses avec les enfants comme l’émergence d’un désir, la valorisation, le respect, l’ouverture aux autres…

Bon je laisse ça pour mon écrit sur ce projet que je n’ai toujours pas terminé de rédiger.

En dehors de mon travail, voir l’émerveillement des enfants découvrant leur premier négatif après l’avoir développé eux-mêmes est vraiment émouvant.

Ils sont à fond dedans…

Comme qui vous savez !

13 ans plus tard, le public a changé, notre labo est devenu une salle d’archive, et les possibilités de faire ce genre d’activités avec les enfants avec lesquels je travaille en ce moment ont fondu comme neige au soleil… 😥

Portrait d’un de mes voisins

Archive du mercredi 21 octobre 2009

Non, ce n’est pas un photo blog ! C’est vrai que ces temps derniers je montre plus que je ne raconte mais c’est parce qu’entre la photo et mon travail, le temps que je peux consacrer à mon blog devient de plus en plus rare.

Patience, les vacances approchent et amèneront pas mal de nouveautés !

En 5 années d’archives je n’ai rien trouvé de mieux à la date du 21 octobre, il faut croire qu’il ne se passait jamais rien à cette époque de l’année… 🙄

Distanciation

Archive du vendredi 14 octobre 2005

  Cher Francis,

      Ce soir est un soir à marquer d’une pierre blanche… après deux mois de recherches et de devis j’ai enfin réussi à commander mon premier ordinateur portable !!! Cette petite bête de course arrivera chez moi dans 9 jours. 

Ce jour a aussi été le jour où j’ai dit au revoir et sans doute adieu à une jeune fille qui fréquentait l’école spécialisée où je travaille. Après avoir été son éducateur référent et l’avoir accompagné toute une année j’ai cru que son départ allait me causer une grande peine. J’ai été ainsi surpris de constater que cela n’a pas été le cas. Mais quelles sont les raisons qui expliquent cela ?

En premier lieu il y a l’attitude de la jeune fille qui était très joyeuse de partir. Elle quitte un bloc HLM pour habiter dans une maison près du reste de sa famille. D’autre part il y a le contexte des adieux… pas de discours ni de larmes mais une fête où cette demoiselle nous a offert un numéro de danse avec deux de ses copines… Enfin, et c’est là le plus important je crois, ce départ a été indolore pour moi grâce à un travail personnel que j’avais achevé sans m’en rendre compte.

Les travailleurs sociaux qui œuvrent dans le domaine humain doivent gérer les affects et admettre les sentiments d’amitié voire d’amour qui les unissent aux personnes avec qui ils travaillent. Cependant il faut aussi pour nous éviter de tomber dans trop d’affectif menant à une relation fusionnelle destructive pour les deux parties… trouver le compromis c’est trouver la bonne distance.

Cette bonne distance n’est pas définie. Bien au contraire cette notion ne cesse de varier selon les circonstances et les limites des personnes. Selon Alexandre Jollien la distance froide de certains travailleurs sociaux  ayant travaillé avec lui a été pour lui la pire des maltraitance. En ce qui me concerne je crois avoir avancé dans la découverte de ma bonne distance.

Pour moi les enfants dont nous nous occupons ne font que passer par nous, ils nous sont confiés le temps d’un cursus afin de progresser aidés par des projets. Leur départ nous montre qu’ils sont prêts à passer à autre chose et qu’ils doivent rencontrer d’autres personnes pour continuer d’avancer sur le chemin de la vie. Je dois donc être heureux de les voir partir. De plus la relation que j’avais avec eux continue, seuls les lieux changent.

Merci donc à toi chère Demoiselle, ton départ m’a aidé à faire le point sur cet aspect important de mon travail… J’espère que tu resteras aussi heureuse que tu l’étais cet après midi.

Au revoir et adieu

La distanciation est devenue plus que naturelle pour moi, la preuve, je ne me souviens même plus de qui était cette gamine… Je me détache de toute émotion humaine, mes pairs m’ont trop fait souffrir…

Archives fumantes

Archive du dimanche 7 octobre 2007

Cher Francis,

       Comme d’habitude je n’ai rien pu faire de génial pendant mon dimanche après midi. J’avais prévu de rédiger mes notes et de préparer mes activités de la semaine mais ce matin j’ai invité une connaissance à boire le thé. Cette dame qui n’a pas eu une vie très facile est aussi dingue de thé que moi. C’est donc avec plaisir que j’ai l’ai accueilli elle son mari et ses deux enfants pour une mémorable séance de thé.

Après avoir commencé par un thé vert japonais de très haute qualité, nous avons continué notre voyage autour du monde en passant par la Chine, la Russie, L’Irlande, les Pays Bas… Tous les sachets que je possède ont été testé avec appétit et curiosité. C’est bien simple à nous trois nous avons bu 7 litres d’eau !!!

Absorbé dans mes infusions je n’ai ainsi pas eu le temps de filmer quelque chose de drôle avec le caméscope numérique emprunté au conseil d’établissement de mon lieu de travail. Cependant j’ai trouvé dans mes fichiers récents une vidéo sympa qui est la vidéo de la semaine sur « I tube ».

Quant à la photo ci-contre, il s’agit de mon yunomi rempli d’un thé blanc chinois « aiguilles d’argent ». 

Et oui j’ai eu un passage fan de thé, je suis allé très loin dans cette passion jusqu’à ce que mes premiers calculs rénaux ne viennent m’interdire ce divin breuvage, aujourd’hui je peux théoriquement boire du Sencha en branche car il ne contient que très peu d’acide oxalique. Sinon autre fait marquant de cette archive, je n’arrive plus à me souvenir avec certitude de qui était cette famille. Parfois déterrer les archives ça fait peur !

Archive d’enthousiasme perdu

Archive du mercredi 30 septembre 2009

La grande exposition

         Aujourd’hui, avec les enfants du club photo, nous avons mis en place notre première exposition, voilà à quoi ça ressemble en mode flouté comme il se doit.

Chaque mois, chaque enfant choisi quatre de ses photos que j’imprime avec le plus grand soin chez moi et les six enfants choisissent en votant leur photo préférée qui sera élue photo du mois et qui sera accrochée en gros au milieu du tableau. Ce mois-ci c’est la photo d’une gamine qui a photographié Marie Aline sans doute mieux que je ne l’aurai fait ! 

Ce petit concours n’est qu’une façon de les encourager à s’investir encore plus dans cette activité, les autres l’ont très bien pris sans bouder et étaient très heureux de tirer les adultes et leurs copains par la manche pour leur montrer leurs propres photos.

Ce panneau placé juste à coté de la porte d’entrée est vraiment un élément central de mon objectif de valorisation du travail des enfants, il est complété par un cahier que chaque enfant montre à ses parents, mais je ne vais pas m’arrêter là car j’ai encore beaucoup d’autres idées pour aller dans ce sens.

La première fois que j’avais pensé à ce projet, déjà je réfléchissais à cette tendance bien réelle je l’accorde, pour les éducateurs et autres professionnels accompagnant les enfants de mettre en place des activités avec des techniques qu’ils aiment puis de trouver quelques gesticulations intellectuelles pour en faire un projet.

Cette année encore je me suis posé la question de savoir ce que la photo argentique pouvait apporter aux enfants et j’en ai parlé avec toute mon équipe pour mettre au point un projet qui soit bénéfique pour chaque enfant qui se trouve responsabilisé et reconnu voire valorisé.

L’idée du roman photo nous l’avons eu et nous l’avons mené à bien, la formidable histoire de Mr Lapin a été publiée dans le journal de l’école et se trouve sur notre site Internet. Mais cette année je voulais changer un peu et travailler avant tout avec les envies des enfants tout en gardant à l’esprit leurs besoins.

La petite Mireille (ce n’est pas son vrai prénom) est une gamine un peu ronde et maladroite qui ne reçoit que très peu de soutien et d’encouragement de sa famille qui ne perçoit l’enfant que sous l’angle du handicap, ne regarde que ce qu’elle ne sait
pas faire. Mireille n’a jamais d’envie personnelle, n’ose pas prendre une place, demander quelque chose pour elle-même, elle se contente de faire de son mieux pour les autres sans jamais rien réclamer.

L’année dernière déjà, cette jeune fille de 11ans avait demandé à faire de la photo. Cela avait été un petit choc pour l’équipe car c’était la première fois qu’elle s’autorisait à demander quelque chose pour elle-même.

Cette année je l’ai inscrite dans notre atelier et je lui ai mis un Dynax 300si autour du cou. La semaine dernière elle propose que nous allions photographier des chevaux, là encore elle s’autorise à demander quelque chose, à travers cet atelier, l’émergence d’un désir, l’affirmation d’un choix devient enfin possible pour elle.

La semaine dernière lors de la réunion des parents le grand père de la gamine se moque d’elle quand elle parle fièrement de son appareil photo et dit devant la gamine qu’elle n’y arrivera pas. Le cahier avec les première photo de la jeune fille l’aidera sans doute à avoir un autre regard sur l’enfant ce qui sera vraiment très bénéfique pour elle.

Des histoires comme ça j’en ai encore 5 autres, une par participant.

La photographie argentique porte en elle des valeurs éducatives importantes qui sont d’autant plus vitales qu’elles s’opposent aux déviances « psychotisantes » de notre société de consommation et de la culture de l’immédiateté (tout , tout de suite), bon, là je fais un peu de militantisme mais en clair l’un des aspects essentiel de cet atelier c’est apprendre aux enfants à travailler sur la durée en prenant le temps de faire les choses correctement et en acceptant la frustration formatrice de l’attente…

Le but de l’atelier n’est pas d’en faire des photographes, l’année dernière j’en ai trop demandé avec les réflex manuels. j’ai bien réfléchi au sens de tout cela et aujourd’hui je suis très clair par rapport à mes objectifs, je souhaite seulement que les enfants apprennent juste assez de bases pour faire des photos dont ils seront contents et qu’ils auront choisi de faire en suivant leurs envies ou les demandes des collègues.

La photo argentique n’est qu’un outil à travers lequel j’aide des enfants à avancer par rapport à une problématique qui souvent est au cœur de leur projet individualisé. Nous ne faisons pas des photos pour produire des images, j’accompagne les enfants dans une démarche de photographie argentique car cet outil me permet d’intervenir sur certains de leurs problèmes d’une façon efficace adaptée et avant tout individualisée.

Le projet est transversal à de multiples égards puisqu’il concerne l’éducatif le pédagogique, les spécialistes tous les groupes…

Bon, je me calme…

J’ai fait mon mémoire sur l’outil informatique mais si c’était à refaire je l’aurai fait sur mon projet photo, je l’aurai défendu avec encore plus de cœur et de tripes.

13 ans plus tard les enfants ont toujours envie de faire de la photo mais moi beaucoup moins d’en faire avec eux. Il devient de plus en plus difficile de les intéresser à autre chose qu’à appuyer sur le bouton et c’est bien dommage… Le public a changé, je dois trouver d’autres supports en gardant cet outil sous le coude bien sûr !

La connerie en archive

Archive du dimanche 16 septembre 2007

Cher Francis,

       Ce matin au petit déjeuner j’ai ouvert un paquet de chocos trouvé dans le placard. Je savourais mon café du matin lorsque mon regard fut attiré par ce qui était écrit sur l’emballage de ces biscuits chocolatés. Je faillis m’étouffer en découvrant une nouvelle preuve de la stupidité humaine. 

Passons sur la mauvaise foi des fabricants qui collaborent avec le régime politique hygiéniste pour promouvoir le sport tout en nous gavant de sucres. Cependant ne trouves-tu pas idiot voire dangereux de conseiller à un enfant de balancer son sac d’école dans un ascenseur avant de tenter de le battre de vitesse en courant dans l’escalier ? Non ? Et bien imagine ce qui risque de se passer pour le gamin assez influençable pour suivre ce conseil débile. L’enfant rentre, balance son cartable dans l’ascenseur et commence à courir. Il fait du bruit, dérange les voisins et éventuellement chute et se blesse. Après l’avoir entendu hurler une heure ou deux, un voisin finit par ouvrir sa porte afin de ramasser le mioche pissant le sang sur les marches en simili-marbre.  Pendant ce temps le cartable est embarqué par une personne indélicate entrée dans la cage d’ascenseur. Au bout du compte le gniard a vraiment gagné sa journée !

Les deux autres conseils sans être dangereux sont de vraies insultes pour les enfants à qui l’on vient rappeler que l’on peut jouer à la baballe avec son chien et qu’ils peuvent écouter de la musique pour se trémousser dessus…

Le plus drôle est de remarquer que ces conseils sont censés les transformer en « sportifs ». Si courir dans un escalier fait des enfants des sportifs, je peux d’hors et déjà inscrire un bon nombre d’enfants de l’I.M.P pour en faire une équipe pour le championnat mondial !

Au lieu de vérifier la composition et les apports énergétiques de la nourriture qu’ils donnent à leurs bambins, les parents d’aujourd’hui feraient mieux de prendre connaissance des messages envoyés à leurs chérubins, il y a là en effet de quoi poursuivre en justice ces industriels arrogants et stupides.