La culture de la souffrance

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L’autre soir en passant devant la TV allumée pour la seule personne de la maison qui la regarde (et ce n’est pas moi) j’entends une fois de plus que le journal TV du soir consacre ses premières minutes aux embouteillages sur la route des vacances. J’entends plus que je n’écoute, quand soudain un commentaire du journaliste retient mon attention :

« Les vacances ça se mérite »

En clair; en plus du tarif de la location et de la galère du transport, le prix à payer pour profiter de vacances serait de rester coincés dans des embouteillages.

Ayant moi-même été pris plusieurs fois dans des embouteillages sur la route des vacances, je ne peux accepter cela et les dernières fois où je suis parti, je me suis arrangé quitte à payer plus cher pour avoir une route plus dégagée.

Mais force m’est de constater que tout le système autour des vacances est réglé pour créer le plus d’embouteillages possible à commencer par la système de location des appartements et autres formes de villégiature qui sont le plus souvent du lundi au samedi. Pourquoi ne pas avoir des offres de locations du mercredi au mercredi ? Et bien peut-être parce que de façon plus ou moins inconsciente, notre culture nous pousse à ériger un type ou un autre de souffrance comme paiement nécessaire d’une forme de plaisir.

Alors vous allez sans doute penser que j’écris n’importe quoi et je vais donc devoir développer un peu…

Notre culture est basé sur le travail, il est socialement bien vu de montrer que l’on souffre que notre travail est compliqué et qu’il nous fait souffrir en étant toujours dans la plainte et la surenchère. A l’opposé quelqu’un qui affirme que son métier est une source d’épanouissement et de plaisir est tout de suite regardé en biais ou décrédibilisé. Le mot travail a d’ailleurs été construit sur la base d’un mot latin « tripalium » qui désigne un instrument de torture à trois pieux, plus tard l’utilisation du mot « travailleur » se traduit plus comme celui qui torture mais cela n’abuse personne puisque le travailleur ayant progressé au niveau de son statut et acquis certaines libertés, le fait pour lui de continuer de travailler de son plein gré se traduit par le fait que c’est lui-même qu’il torture pour justement satisfaire cette culture de la souffrance.

Alors oui notre logiciel immuable et masochiste semble ériger la souffrance comme la preuve d’une valeur de l’individu qui l’affronte, la gère et en sort grandit ( le fameux Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort de Nietzsche) Et la raison de cela est je suis désolé de le dire et de l’affirmer, le religion.

Car oui même si notre société semble de plus en plus éloignée de la religion et du concept de Dieu avec un athéisme en constante progression, il n’en est pas moins que notre culture judéo-chrétienne est marquée par l’image forte du Christ en croix qui a souffert pour la rédemption de l’humanité avant de rejoindre son père. Cette scène iconique de la Bible est devenue un symbole fort, un repère pour donner du sens puis légitimer le fait que nos existences de mortels doivent s’accommoder de cette souffrance multiforme. Saint Paul ( c’est à dire les diverses personnes qui ont écrit des textes sous son nom dans la bible) va plus loin en accordant des mérites à la souffrance comme celui de permettre à l’homme qui l’expérimente de rester humble. Bref la religion chrétienne est basée sur la souffrance, la privation et corrélativement sur le renoncement aux plaisirs faciles de la vie qui obtenus sans souffrance sont forcément mauvais… Ben voyons… 🙄 c’est aussi cette logique qui a fait que la religion chrétienne a interdit le prêt à usure c’est à dire le fait de prêter son argent et d’en tirer des intérêts et ainsi de s’enrichir sans travailler donc sans souffrir.

Ainsi même sans avoir été au caté et même en étant le plus virulent des athées, notre inconscient reste façonné par cette culture judéo-chrétienne. Du coup concrètement si les choses sont trop faciles, si on obtient ce que l’on veut sans efforts ni souffrances, cela nous semble non mérité et nous fait parfois culpabiliser, c’est à dire regretter de ne pas avoir eu notre part de souffrance légitimiste.

Quand un ouvrier réalise un travail dont il est satisfait, il ne dira jamais  » Ah j’ai bien aimé travailler sur ce projet et j’apprécie le résultat de mon travail » Mais plutôt : « Ah j’en ai bavé c’est pour ça que le résultat est bon, je me suis donné de la peine ». Et pourtant il ne va pas à l’église…

Dans ma campagne plus qu’ailleurs, un ouvrier qui travaille de ses mains est toujours plus valorisé qu’une personne qui exerce un travail plus intellectuel et ce pour la même raison, quand on travaille avec ses bras on souffre beaucoup plus pour toucher son salaire et l’on est donc plus conforme à cette culture de la souffrance.

Parfois je me demande comment les choses se passent dans les sociétés non imprégnées de cette culture de la souffrance… Les valeurs sont sans doute très différentes et surement dans le bon sens.

En attendant de la découvrir je me force à penser régulièrement à l’existence de cette culture de la souffrance dans mon inconscient chaque fois que je me reproche en mon fort intérieur d’être trop heureux dans mon travail ou d’avoir fait quelque chose sans efforts. Cela m’aide à prendre de la distance, à ne pas culpabiliser et enfin et surtout, à prendre les bonnes décisions pour ne pas suivre les troupeaux masochistes sur les routes ou ailleurs. Faites donc de même !

Séquence émotion

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Ce lundi insolite est une belle histoire pour tirer une larme des amis des animaux. Elle se passe le 2 aout dernier à Newton, une ville près de Boston, Massachusetts où un pauvre ration laveur s’était coincé la tête dans une grille d’égout. Il luttait en se tenant à la grille avec ses pattes pour ne pas s’étrangler.

C’est dans cette position périlleuse que le pauvre animal a été repéré par un cycliste qui a eu le bon réflexe de prévenir la brigade des pompiers. Après quelques vains essais de déblocage à l’eau savonneuse, ces derniers ont fait appel au centre de protection animale de Waltham qui leur a envoyé un vétérinaire pour sauver l’animal. Après une injection de tranquillisant et deux heures de manipulations précautionneuses, l’animal a enfin été libéré.

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 Source et vidéo sur l’intervention : cliquer ici

J’ai cherché des informations sur la suite, apparemment le centre de Waltham a gardé le raton laveur en observation pendant 24 heures avant de le relâcher vendredi dernier en pleine nature. Selon eux l’animal a manifesté de la reconnaissance. La séquence de la remise en liberté avec le raton laveur qui se dépêche de grimper à un arbre tant il est reconnaissant, a bien sûr été mis en ligne.

C’est vrai que c’est important pour les humains (responsables de la récente extinction de masse des espèces et de la mise en danger des animaux restants dont l’environnement pollué les pousse à investir les villes), de se donner bonne conscience en médiatisant ce genre d’information… 🙄

Le rempailleur

Bien que ce soit les vacances, mes dernières prises de vues ne sont pas satisfaisantes ou alors très expérimentales du coup je préfère poster une de mes anciennes photos. Mercredi c’est la fête du cheval au village et il y a toujours des stands avec des métiers anciens et cette fois là j’avais photographié ce rempailleur qui était tout content de poser pour mon Rolleiflex. Le rendu est grisouille à cause de la tente qui donnait cette lumière pauvre et blafarde, mais c’est un beau souvenir. Je lui avais fait un tirage soigné sous l’agrandisseur avant de lui envoyer par la poste. 😎

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Rolleiflex , HP5

Souvenirs de mer…

J’ai encore un peu de mal à réaliser que je n’irai plus jamais en vacances à la mer, du coup relire ce que j’écrivais il y a dix ans pile poil me fait un drôle d’effet… 😥

Archive du dimanche 2 août 2009

En guise de pardon

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Ce matin je me suis levé très tôt pour me promener sur la plage histoire de constater l’étendue des  dégâts de la veille. Je savais bien que je risquais de voir diverses choses échouées sur le sable mais de là à trouver de si beaux coquillages…

Mes neveu et nièce de 10 et 11 ans n’ont pas été vraiment impressionnés, ils semblent s’en taper le coquillage des coquillages. 

Pour les impressionner il faudrait que la mer rejette des jeux de PSP…

Le titre c’est une façon de dire que la mer offre des coquillage comme si elle voulait se faire pardonner de ses excès de la veille, (c’est à dire une violente tempête drapeau rouge et des drame humains). J’avais vu un gamin se faire réanimer et trois jours plus tard un nageur inconscient et refusant d’obtempérer était convoqué devant la justice…

Distractions

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Étymologiquement, avoir des distractions, se divertir, signifie se détourner de quelque chose. En clair nous nous divertissons pour penser à autre chose.

Cette autre chose c’est un peu la somme de ce dont je parle que trop souvent (la planète qui meurt, la société au bord de l’effondrement, la peur de perdre mon emploi, la peur de la précarité, la mort et toutes les joyeusetés de ce genre).

On comprend donc que le divertissement n’est pas un simple passe-temps mais un réel moyen de survivre sans se laisser aller au désespoir.

Et si en plus de ça on peut en même temps produire des choses qui apporte du plaisir à soit et aux autres, alors là c’est encore mieux !

Alors pourquoi est-ce que je suis encore devant cet écran au lieu de prendre mon dispendieux matériel photo pour aller faire de la prise de vue ?

Et bien sans doute parce que lorsque l’on est trop lucide ou angoissé selon les points de vue, on n’arrive plus à se distraire et on reste en boucle sur des thèmes morbides et auto-destructeurs, en clair une voie toute tracée vers la dépression.

C’est pour ça qu’après avoir envoyé cet article, je vais lâcher mon ordinateur pour la journée et que je vais me forcer à me distraire pour de vrai. Mercredi et jeudi ce sera la virée en Saône et Loire alors j’espère que j’aurai des occasions de faire des photos pour justement sortir du grand marasme.

Stupidité encore…

Je déteste les téléphones portables qui servent à faire croire aux gens qu’ils sont reliés alors qu’ils ne sont que connectés, tout en créant de multiples dépendances et dans le fond peu de réels progrès (avant les portables on savait très bien se débrouiller pour passer des appels).

Je déteste encore plus les applications photo qui donnent des résultats débiles juste bons à faire rire les gosses et les ados attardés qui forment le gros de leur marché.

Et l’actualité vient de me donner raison.

Hamy Haehl, qui travaillait dans la petite enfance avant de devenir photographe professionnelle à Shelbyville Indianna, USA, utilise son expérience auprès des nouveaux nés pour faire des photos originales et sympathiques, elle donne même des cours en ligne pour partager ses connaissances photographiques et pédiatriques.

Jusque là tout va bien, sauf que la semaine dernière elle s’est mise à utiliser la fameuse application « face swap » pour coller le visage d’un adulte (le sien ?) aux bébés.

Forcément, elle a trouvé ça si drôle qu’elle a bien sûr posté (avec l’autorisation des parents, heureusement) quelques-unes de ses créations sur les réseaux sociaux.

Voici un exemple soft de son délire :

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Çà la fait rire tant mieux, moi je trouve que c’est juste horrible et surtout stupide.

Vu ce qui attend ces bébés dans le monde au bord du gouffre que nous leur laissons, il serait peut-être de bon ton de ne pas les ridiculiser dès leur naissance. C’est mon ressenti lorsque je vois une photographe s’égarer à ce point.

Mais si vous ça vous fait marrer voici le reste de ses œuvres sur sa page facebook.

Mein Nachbar Erik

aerik

Aero Ektar 180mm 2,5 Yellow dot, Graflex Pacemaker modifiée, plan film diapo développé par erreur avec de la chimie noir et blanc. Scan de tirage argentique sur papier RC avec mon Priox 4×5.

Pendant la seconde guerre mondiale, les américains utilisaient des objectifs spéciaux pour la photo aérienne, c’étaient les Aero-Ektar. A la fin de la guerre on les trouvait pour quelques dollars, et dans les années 80 pour quelques dizaines de dollars.

Jusqu’au jour où un photographe s’est amusé à en coller un derrière sa Graflex  Pacemaker 4×5… C’était David Burnett qui n’avait sans doute pas conscience que le fait de faire des photos pendant les jeux olympiques de Londres en 2012 avec ce matériel allait créer une mode et un attrait immense chez les amateurs de photographie argentique.

La particularité de cet objectif mis à part sa radioactivité c’est bien sûr sa grande ouverture de 2,5 très rare dans le monde du grand format et qui permet de créer des flous incroyables.

aerokit

Il y a de ça plusieurs années je m’étais amusé à photographier mon voisin Erik avec ce matériel que j’avais obtenu grâce à l’aide d’amis  de mon forum (Autrement je n’aurai pas pu l’acheter faute de moyens car de nos jours suite à un effet de mode, un kit Aero Ektar plus Graflex coûte plus de 1000 euros).

Un ami m’avait prêté 500 euros pour acheter la Graflex et un autre avait réparé un Aero Ektar que j’avais trouvé à 200 euros sur Ebay.

J’avais fait la photo sur un plan film diapo que j’avais développé sans faire exprès avec de la chimie noir et blanc, ce portrait est donc un vrai miracle.

J’ai bien envie de re-chopper mon voisin pour refaire son portrait mais cette fois en 8×10… :mrgreen: