Le dégoût des autres

Attention : ce soir je me laisse aller au grès de mes envies, je vais donc écrire des choses qui peuvent être choquantes, mais sachez que je vais bien et que je suis de bonne humeur. Ce sont juste mes pensées du moment exprimées sans filtre.

Tout autour de moi mes collègues expriment leur difficultés face aux limitations de leurs interactions sociales. C’est sans doute méchant de ma part mais cela me fait sourire car pour moi la solitude n’est pas une ennemie mais plutôt une compagne de toujours. Très tôt dans ma vie, je me suis senti seul, à vrai dire depuis qu’à l’hôpital les docteurs ont coupé mon cordon, je ne me suis plus jamais senti relié à personne. J’ai aussi été très vite seul à la maison car ayant plus de dix ans d’écart avec des frères et sœurs mariées ou partis vivre ailleurs. Ajoutons à cela une mère surprotectrice et un père qui ne m’a jamais compris jusqu’à son décès l’année de mes 14 ans et on comprendra pourquoi j’ai peut être eu des difficultés au niveau de ma socialisation primaire.

Mais attention, je n’écris pas cela en mode « je suis malheureux car je suis seul » non, dans mon cas la solitude est assumée au point d’être devenue un choix de vie. Je n’ai pas vraiment d’amis, juste des collègues et des connaissances car je n’ai jamais eu le besoin de me lier à d’autres personnes pour me sentir heureux.

Dans la vie je suis extraverti, j’exprime mes émotions et idées aussi librement que je le fait sur ces pages (ce qui peut faire peur à pas mal de gens) et je suis quelqu’un de sociable et communicatif. Mais en dépit de tout ça, j’ai toujours limité mes interactions avec mes semblables et ce dès la petite enfance.

C’est toujours l’enfance qui fait mal, un peu moins chaque jour mais quand même il faut bien avouer que l’ombre de nos premiers traumatismes continue de planer sur nos vies d’adultes influençant consciemment et inconsciemment un grand nombre de ce que nous pensons être des choix libres et personnels.

Mes premiers souvenirs d’interactions avec les autres enfants remontent à la maternelle grande section. La maitresse nous faisait faire un bricolage à base de terre et je me souviens très bien l’avoir entendu dire :

« Les enfants regardez ce que fait Laurent, et bien ce n’est pas ça qu’il faut faire !  »

Ce jour là j’ai découvert simultanément que je ne serai jamais doué pour les travaux manuels et que toute ma vie mon travail serait examiné et comparé à celui des autres pour me classer parmi les bons ou les médiocres. Et oui, tout petit déjà la lutte des classes ! 😆

Mais mon autre souvenir concomitant avec ce dernier c’est bien celui de ma réaction. J’ai serré les poings en retenant mes larmes et en continuant de faire ce vase très moche qui est toujours sur l’étagère de ma chambre.

C’est ainsi que depuis mes 5 ans j’ai appris que les opinions des autres allaient me faire souffrir et que pour éviter cela, je devais assumer mes faiblesses et faire ce que moi j’avais envie de faire quitte à ne pas avoir d’amis faute de trouver des camarades partageant mes centres d’intérêts.

Et vu que tout gamin je préférai écouter des albums de Pink Floyd sur un magnétophone étendu dans l’herbe plutôt que de jouer à courir ou au foot, et bien forcément je suis resté seul dans mon coin et j’ai été taxé d’enfant « étrange ». Un enfant qui ne cherche pas à se mesurer aux autres dans les activités physiques et sportives libres ou structurées pour trouver sa place dans la meute (et tenter au passage de devenir un mâle alpha en culotte courte), un enfant qui tout petit déjà n’en a rien à faire des autres et ne cherche qu’à trouver sa voie sans se préoccuper de leurs avis, et bien forcément ça inquiète.

L’année de mon bac j’ai récupéré mon dossier scolaire et j’ai lu ce que les institutrices du primaire écrivaient de moi. J’étais décrit comme un enfant solitaire et taciturne faisant des dessins torturés. Car oui j’oubliais c’est aussi très tôt que j’ai découvert que je ne savais pas dessiner mais que cela n’allait pas m’empêcher de le faire quand j’en aurais envie ! 😆

Arrivé à l’école primaire j’ai découvert que j’avais certains talents qui allaient me simplifier les apprentissages. Ma très grande mémoire auditive et mes facultés de compréhension allaient m’aider à maitriser la lecture de façon courante bien avant les autres enfants. Personne n’a jamais pu m’expliquer pourquoi on ne m’a pas fait sauter de classe. Étant tant en avance, je suis resté au fond de la salle dans le coin lecture à dévorer les bandes dessinées dans les magazines Pilote et autres. C’est un très beau souvenir et là encore contrairement à ce qui aurait du être le cas pour n’importe quel autre enfant, je n’ai jamais ressenti une quelconque tristesse d’être séparé des autres. A vrai dire les mères des enfants en difficulté envoyaient leurs enfants jouer chez moi espérant qu’à mon contact ils progresseraient plus vite.

Car oui non seulement j’avais appris à lire mais je comprenais aussi beaucoup d’autres choses comme la valeur de l’argent, les expériences de chimie de mon coffret, l’électricité avec des petits circuits fermés… Bref j’avais trouvé ma place d’intello. J’avais aussi du succès avec les filles qui venaient chaque matin chez moi pour m’accompagner à l’école. Je me souviens d’ailleurs que je détestais faire les lacets et que j’avais décidé de ne pas apprendre à les faire et que du coup ce sont les copines qui venaient me faire mes lacets chaque matin ! Non je n’ai pas honte de raconter ça, c’est un souvenir tendre et drôle et personne n’a été forcé d’être mon esclave, c’était juste un moment de ma vie où tout me semblait possible.

Hélas en grandissant les autres rattrapèrent leur retard sur moi tandis que moi je stagnais faute de ne pas avoir de nouvelles stimulations. Arrivé au collège la découverte des mathématiques abstraites et de mes difficultés de raisonnement scientifique allaient faire de moi un élève moyen jusqu’à ce que mes parents décidèrent de m’envoyer dans le privé ou peu à peu je repris confiance en moi pour enchainer le bac avec mention bien, une maîtrise en droit privé puis une entrée accidentelle dans le monde de l’éducation spécialisée qui déboucha sur un diplôme d’état d’éducateur spécialisé obtenu à Strasbourg.

Alors non, tout ceci n’est pas un CV simplifié ni mes mémoires, c’est juste un exposé rapide des phases de ma vie, avec une popularité en montagnes russes qui explique les difficultés que j’ai eu à être comparé aux autres quand j’étais en bas du fait du souvenir de mes jours glorieux et au final le mode de vie que j’ai construit afin de limiter mes interactions sociales pour ne plus jamais avoir à me comparer à personne.

Au final voilà qui je suis en toute vérité. Un type honnête mais paresseux, jovial, extraverti mais imprévisible car dépourvu de filtres au niveau de la parole et des actes, généreux mais bourré de complexes et du coup se passant très bien des autres et surtout de leurs avis de peur d’être jugé et rabaissé. Et quitte à choquer encore d’avantage, j’ajouterai que je n’ai aucun regret, j’ai toujours vécu à coté des autres et non avec eux. Mais je reçois et rends des services avec reconnaissance et plaisir, je suis aussi content lorsque quelqu’un partage mes centres d’intérêt et désire passer du temps avec moi, mais je ne me fais aucune illusion sur l’amitié et encore moins sur l’amour qui pour moi relève de la psychopathologie.

Mais ça c’est un autre sujet dérangeant que je garde pour une autre fois… 😈

Incohérences, chapitre 2

J’étais censé écrire cet article dans le Haut-Doubs vu que je devais accompagner ma classe en classe verte. Mais voilà, alors que certains de nos responsables locaux pensaient que l’ouverture des centres de loisirs pendant le confinement faisait que nous pouvions partir, un mail de l’inspecteur reçu hier un peu avant 20h00 est venu tout annuler. Les nuitées posent problème ! Ah bon ? Mais n’était-ce pas si évident ? Pourquoi a-t-il fallut attendre que l’inspecteur vienne préciser ce qui somme toute est d’une logique évidente pour enfin accepter que partir en classe verte pendant un confinement n’avait pas de sens ?

Mais non au lieu de ça j’ai contacté trois fois les parents… « On y va plus » puis « ah si en fait on y va » et puis ce matin « Non c’est mort pour de bon, là c’est sûr on ne part plus demain… » Quel manque de respect pour ces parents qui se matin étaient bien soulagés d’apprendre la fin de ce feuilleton stupide. Le pire c’est bien sûr pour les enfants de notre classe qui étaient tout heureux de partir, puis déçus, puis de nouveaux heureux avant d’être déçus pour de bon. En effet, même si à titre personnel cette annulation m’arrange car elle me permet de continuer à veiller sur ma mère âgée, je ressens la tristesse et l’incompréhension des enfants qui se rendent compte qu’en plus de passer une année difficile, ils ne peuvent plus faire confiance en la parole de l’adulte.

Ces enfants qui il y a trois semaines ne présentaient pas de danger de transmission et qui aujourd’hui doivent porter des masques à partir de 6 ans…

Dans ma classe ça se passe à peu près bien sauf pour mon petit dernier qui persiste à le porter en mode « couche de menton ». Un autre enfant ne porte son masque que parce que sa maman très maligne lui en fabriqué un avec un tissu imprimé dinosaure. Ce matin le voici qui se met à hurler « Mais pourquoi sont-ils si petits ces virus ? Je veux les tuer, les écraser !!! » Alors face à ça rassurer, réexpliquer, remettre du réel et aider les enfants à se projeter dans un futur hypothétiquement plus radieux… Manque de pot ils sont déficients et pour eux se projeter dans l’avenir est très compliqué, du coup j’imagine qu’ils doivent se sentir comme prisonniers d’un cauchemar sans fin.

Au bout du compte on peut se dire que oui, c’est ainsi et ce n’est que comme cela que l’on freinera la pandémie le temps que le vaccin soit prêt. Mais ce soir en rentrant du travail j’ai fait cette photo :

Le nombre de voitures sur la route et de gens dans la rue est tout à fait incompréhensible, nous sommes censés être en confienement mais mis à part quelques commerces, tout fonctionne comme d’habitude.

Ce nouveau type de confinement pensé pour protéger l’économie (ce qui est monstrueux mais légitime) me laisse à penser qu’il ne sera pas aussi efficace que le premier surtout si l’on considère la lassitude et parfois la colère des foules qui se révoltent contre cette nouvelle atteinte à leurs droits et qui feront pas mal d’efforts pour désobéir.

Ce qui risque d’arriver c’est que voyant que tout cela ne marche pas, les responsables politiques décident la fermeture des écoles dans quelques semaines et un retour à un confinement dur.

En résumé, les enfants auront souffert pour rien avant de se retrouver de nouveau séparés de leurs camarades et enfermés chez eux pendant un long hiver sans fêtes de noël en famille élargie.

C’est tout de même un prix un peu lourd à payer pour toutes ces incohérences… 😥

C’est congé, bousillées mes vacances!

Oui c’est con, j’ai bousillé mes vacances… Ce nouveau jeu de mot pourri résume le constat que je ne manquerai pas de faire dimanche soir au moment de me préparer pour partir en séjour en montagne (si l’A.R.S bien attentive à l’évolution des contaminations est toujours d’accord bien sûr).

Une semaine de congés et ce même dans le contexte sanitaire actuel, pourrait être si enrichissante et si productive notamment pour mes passions musicales et photographiques. Je pourrais continuer de remplir les trous dans ma connaissance du solfège pour enfin avoir une compréhension globale du fonctionnement des gammes des modes et des accords. Je pourrais aussi m’exercer pour que cette fichue main droite trouve enfin la bonne position et le bon tempo quand elle joue sur ma basse. Je pourrais courir dehors avec un appareil moyennement léger pour capter les couleurs de l’automne et développer le film au labo dans la foulée…

Au delà de mes passions je pourrais faire un grand ménage, vendre les choses superflues pour me payer une jazz basse de qualité (on retombe sur la musique) ou pour regarnir mon compte en banque pour me rassurer en ces périodes pleines d’incertitudes. Je pourrais aussi tout simplement faire tous mes dossiers à l’avance histoire d’être tranquille et de me préserver des temps de repos pour plus tard.

Bref les choses intelligentes, voire plaisantes sont légion alors pourquoi est-ce qu’à chaque fois je ne fais que glander ?

Cette fois-ci l’arrivée du temps froid et humide me décourage d’aller faire de la photo surtout à six jours d’un séjour avec les enfants dont je suis responsable (responsable du séjour et des enfants, je précise). Ce fichu morceau de plombage logé dans un de mes sinus me rend hyper sensible au moindre changement de température surtout lorsque l’air est chargé d’humidité. De plus par les temps qui courent, tousser et avoir de la fièvre peut vite tourner à l’hystérie collective et avouons-le, personnelle. Pour la musique mon excuse c’est une grosse baisse de motivation due à un gros retour en arrière, désormais mon prof m’interdit de jouer de la basse comme une guitare et je dois donc tout reprendre à zéro en conciliant une très grande rigueur des gestes avec un travail exigeant sur le rythme et tout ça pour faire des notes isolées non musicales. Oh groove ! Je désespère de t’approcher un jour ! 🙄 Travailler faire mes dossiers ? Mais non ce sont mes vacances !!! Vendre ? pour encore vendre à perte comme cela a été le cas pour ma Norma 13×18 ? Bref pour chaque idée chaque projet je trouve systématiquement des réserves qui débouchent sur des abandons.

Mais au bout de tout cela si je fais mon examen de conscience derrière ces excuses et ces prétextes se cachent mon plus grand ennemi: je parle bien sûr d’Internet qui trouve toujours de nouvelles façon de dévorer mon temps libre. C’est ainsi que je viens de découvrir que mon abonnement à Amazon Prime me permet d’avoir accès à un impressionnant stock de séries que je peux voir en ligne sans limitations. C’est bizarre de retrouver les vieilles séries des années 90 (en V.O sous titrée en anglais bien sûr) et très sympa de découvrir les épisodes que j’avais loupé à l’époque. Sympa mais désastreusement chronophage surtout depuis ma rencontre naguère sans cesse remise à demain avec le docteur Who, une série extrêmement british dont je suis en train de devenir fan.

Ah Internet qu’est-ce que ma vie aurait été si tu n’avais pas débarqué ? Méchant Internet va !!!

Bon OK vous avez compris Internet n’est encore qu’une autre de mes excuses, mon vrai ennemi celui que je vois tous les jours dans mon miroir lorsque j’ai le courage de me raser c’est bien sûr cette immense flemme qui me colle à la peau.

Ma flemme est une vraie flemme sans circonstances atténuantes, une flemme d’élite qui n’a pas besoin d’excuses physiologiques pour exister, je suis en effet un très petit dormeur sans activités fatigantes. Ma flemme est un parasite qui collé à moi dévore mon temps, mes idées et mes projets pour les digérer avant d’excréter du néant malaisant qui perçu par mon entourage m’apporterait une honte sans cesse renouvelée.

Tu as fait quoi pendant tes vacances ?

Ben rien… (silence mutuel gêné)

En réalité c’est encore bien pire vu que je n’ai aucune honte de ce parasite qui m’accompagne depuis ma plus dure adolescence. Pour avoir honte de soi il faut être incapable d’assumer quelque chose et avoir de l’intérêt pour son entourage ce qui n’est pas mon cas. Je maudis ma paresse tout en l’acceptant comme un marin ivre maudit sa bouteille de whisky dans un rade du port tout en hurlant des élucubrations aux personnes présentes dont il se fiche royalement des « qu’en-dira-t-on ».

Au bout de ce gâchis totalement assumé et au moment de relire ce long texte pondu ce matin à la faveur d’une journée à rien faire, je me dis que tout n’est pas perdu. Ce texte est sympa et je trouverai peut-être du plaisir à le relire plus tard. J’ai aussi découvert que dans l’expression être légion, légion reste au singulier, l’orthographe exacte des « qu’en-dira-t-on » et quelques autres mots écrit dans ce passage sont aussi des découvertes enrichissantes pour la qualité de mon expression écrite.

Bref en racontant du « rien » j’ai fini par obtenir quelque chose.

Et ça tombe bien vu que c’est justement le slogan de ce blog ! CQFD ! 🙂

Bon pour rester dans le ton, cette petite chanson d’un esprit frère qui comme moi accepte et assume sa flemme tant et si bien qu’il en fait quelque chose :

« Passer du temps à rien faire mais bien le faire »

Chuis bidon…

L’autre jour, le copain fan de métal passe à la maison avec ses baguettes de batterie, il pense que je suis déjà en capacité de jouer des morceaux bien trash avec ma guitare électrique. Il me regarde prendre mon instrument les yeux pleins d’espoirs. Mais hélas pour lui je ne maitrise pas encore la technique autour des accords de quinte ou accords de force qui règnent en maitre sur le rock et le métal…. Je fais de la merde et du coup le voici qui me regarde avec une profonde tristesse que seul un ami trop confiant en vos capacités peut exprimer. Désolé mon pote, je suis encore trop nul à la guitare… J’me sens pas très content chui bidon….

Ce matin en me réveillant encore une fois trop tôt réveillé par la mise en route de l’éclairage public (j’avais laissé les volet ouverts pour contempler la nuit) je découvre mon chat sur le pas de la porte les yeux pleins d’espoir. Mais hélas pour lui je n’ai que ses croquettes puantes à lui donner, pas de jambon ouvert au frigo… Le voici qui me regarde avec une profonde tristesse que seul un siamois de 17 ans peut exprimer. Désolé mon chat à temps partiel (je n’existe pour lui que de 6h00 à 6h30 du matin, le reste du temps il m’ignore), je ne peux rien faire pour toi… J’me sens pas très fier, chuis bidon…

En arrivant au boulot ma directrice m’informe qu’elle n’a pas pu arranger la situation, malgré mes deux interventions de gentil éducateur conciliant, et son coup de téléphone de méchante directrice menaçante, ce père de famille ne veut rien entendre. Terrifié par le virus il n’enverra pas sa gamine en classe verte. Les enfants arrivent à l’établissement la gamine vient me saluer la voici qui porte sur moi un regard d’espoir lorsque je lui demande de venir pour que l’on parle tous les deux. Mais hélas, je lui annonce que les efforts des adultes ont été vains… La voici qui me regarde avec une profonde tristesse que seule une gamine de onze ans, privée des seules vacances qu’elle pourrait avoir, peut exprimer. Désolé ma grande, nous n’avons rien pu faire pour toi…J’me sens pas bien dans ma peau, chui bidon…

Je pourrais continuer la liste pendant des pages mais je pense que cela ne sera pas nécessaire, vous avez compris l’idée. Aujourd’hui je veux évoquer ce sentiment aussi triste, pesant que collatéral que l’on ressent lorsqu’on l’on est pas à la hauteur des attentes des autres.

Alors non, je ne suis pas dans un délire de toute puissance, mais si cela arrive c’est que l’autre a pu croire à un moment que j’étais en mesure de l’aider et quand beaucoup trop de personnes font ce constat erroné, je finis par me dire que oui, je suis bidon. Pour mon chat je peux aller acheter du jambon, pour le copain je peux bosser à la guitare comme un dingue pendant la semaine prochaine, mais pour cette pauvre gamine qui compte tant sur moi, je ne peux rien faire et ça, ça me rend vraiment très triste voire honteux (un autre professionnel y serait peut-être arrivé). Elle qui a tant besoin de courir et de se défouler sera obligée de rester toute la semaine dans son appartement pendant que sa classe s’éclate dans les montagnes. C’est pas juste et ça me pèse… Du coup je laisse le mot de la fin à Souchon qui résume bien mon état d’esprit de ce soir.

Un problème de poids

Depuis que mon petit démon (une gamine que j’accompagne et qui présente des troubles du comportement parfois très violents) reprend son traitement, ce petit concentré d’explosif sur pattes se pose et se met à me chambrer en utilisant ses petits dessins. Et bien sûr ce dont elle aime le plus se moquer vis à vis de ma personne c’est mon poids. Hier en me dessinant en maillot de bain avec des cœurs (je ne vais pourtant plus à la piscine depuis deux ans) elle m’a fait un corps plus rond qu’une pomme avec une tête minuscule sur le dessus.

Petits rires plus ou moins partagés, je lui rappelle que se moquer des adultes ça peut parfois ne pas passer, bref je fais mon boulot d’éduc avec un sourire derrière mon masque car oui j’aime bien ce genre de délire et je suis content et rassuré de la voir à nouveau faire de l’humour.

Mais bon, ce soir on ne va pas parler d’elle, mais bien de moi et du rapport étrange que j’entretiens avec ce corps que je traine et que je hais.

Je fais 135 kilos pour 1m85 et même si je suis un comtois aux épaules larges, j’ai un ventre de grand buveur de bière. Du coup je ne sais plus depuis quand j’ai cessé de pouvoir courir et chaque fois que je me baisse j’ai le souffle coupé.

Cependant en dépit de ces signes alarmants répétés, l’image que j’ai de mon corps n’est pas connectée au réel. Cette prise de poids graduelle m’a sans doute poussé à mettre en place un mécanisme plus ou moins conscient de fuite vis à vis de ce problème. Je ne me sens pas gros, je ne m’imagine pas gros et ce même quand il me faut une minute pour reprendre mon souffle après avoir mis mes chaussettes le matin.

Je n’ai par ailleurs aucune motivation pour maigrir, perdre du poids en me privant des derniers plaisirs de ma vie ne m’enchante guère et le fait d’être entouré de bonnes femmes qui se croient toutes être diététiciennes suffit à souligner l’absurdité des multiples régimes proposés ici et là. Consulter une vraie diététicienne serait très utile mais le fait de devoir manger le midi à la cantine et le soir avec une mère âgée qui ne mange que le soir, me bloque toute possibilité de faire des repas avec comptage de calories.

Bref que cela soit au niveau de mes motivations ou de mes possibilités réelles je suis bloqué. Bloqué dans ce corps qui ne m’est révélé que lorsque je suis pris en photo ou dessiné par une gamine douée pour le dessin. Je me retrouve aussi face à cette réalité lorsque je dois acheter des fringues. Mais bon, tant que Kiabi a encore des jeans à ma taille et bien je temporise, je passe à la caisse et j’oublie.

Il y a dix ans j’avais fait un régime spectaculaire que j’ai laissé tombé faute de ne pas avoir été coaché. Cela prouve donc que je peux maigrir. Hélas aujourd’hui alors que j’approche la cinquantaine et avec tous les soucis que j’ai évoqué plus haut, je sais que me lancer de nouveau dans cette aventure serai un combat perdu d’avance.

Ah si seulement je pouvais trouver une autre motivation… Envie de séduire, envie de vivre plus longtemps, envie de me mettre au sport…

Mais non il ne faut pas rêver, les concepts de séduction, de qualité de vie ou de goût pour l’effort physique sont pour moi des symptômes de psychopathologies.

Mais je me m’excuserai pas d’être qui je suis, cela ne sied pas à un gentleman ! :mrgreen:

Je ne suis pas un héro !

Cette chanson que les gens de ma génération ont tous dans la tête est un titre plus que parfait pour servir de titre à ma chronique du jour. 🙄

Car oui, je ne suis pas un héro, et pourtant les gens qui ne connaissent pas ou peu mon métier en ont des représentations si exagérées qu’ils pensent que je suis un preux chevalier, un parangon de vertu voire un héro…

Dernier exemple en date : ces temps derniers je cherche à acheter des jouets pour les enfants avec qui je travaille dans le but de faire du soutien au comportement positif (en gros c’est une carotte pour les motiver à faire des efforts mais avec un vrai contrat qui fait que oui, ils finissent par l’avoir cette carotte ! 😆 ). Du coup vu que je n’ai pas de budget et qu’une fois encore je dois utiliser mes fonds propres et bien je vais sur Ebay pour acheter des jouets bien précis.

Et vu que je ne suis pas un saint (loin de là) je précise que je suis éducateur et que les jouets vont servir pour des enfants handicapés mentaux (je déteste ce mot et encore plus le concept qui est derrière). Bien sûr je donne cette précision dans le sournois espoir de grappiller des jouets en rab ou d’avoir une réduction.

Et voici qu’un de mes vendeurs décide de me faire cadeau des frais de port, un autre rajoute des Playmobils etc… Bref, ils cèdent au chantage moral du « gentil » éducateur « héroïque »… 😈 Mais le plus tragiquement drôle dans tout ça c’est qu’ils le font en m’envoyant des messages de soutien comme si j’étais une infirmière en pleine crise COVID alors que je ne suis qu’un éducateur qui pratique son métier avec passion pour être efficace mais aussi pour en tirer un maximum de plaisir.

Non je ne suis pas un héro ! Aujourd’hui par exemple j’ai seulement aidé des enfants à travailler leur autonomie en les aidant par exemple à se rappeler comment ils devaient se présenter. Puis vient le moment de manger avec eux et de faire une pause de 20 minutes pendant laquelle j’ai joué de la guitare électrique dans ma salle de classe (penser à prendre un casque car oui mes collègues m’ont entendu). L’après midi j’ai fait un peu de dossiers avant d’accompagner mon petit démon dans une classe où faute de s’intéresser au système solaire elle s’est endormie pour aller rêver plus loin que l’obscure clarté qui tombe des étoiles. Je l’ai secouée en vain en faisant sourire les autres enfants et moi aussi car la situation était vraiment cocasse…

Et puis voilà, les taxis les enfants chez eux et moi je file à mon cours de guitare.

Alors si ça c’est le quotidien d’un héro… Bon d’accord les brocolis à la cantine étaient très mauvais mais tout de même les manger ne relève pas de l’héroïsme !

Mais pourtant que cela soit les vendeurs sur Ebay où les gens que je rencontre, j’ai souvent droit à ces discours convenus du type « Oh moi je ne pourrais pas faire votre métier » « Vous avez bien du courage » « Heureusement qu’il y a des gens comme vous pour faire ce métier ingrat et difficile »…

Ce fossé immense entre mon ressenti vis à vis d’un travail qui m’apporte joie et épanouissement tout en me nourrissant et les conceptions des personnes qui sont éloignées de mon secteur d’activité s’explique en grande partie par les représentations du handicap mental dans la société contemporaine. Le handicap mental fait peur, on imagine les enfants présentant ce type de difficultés comme étant instables, imprévisibles, violents, voire ouvertement dangereux. Les représentations sont souvent aussi uniformes, lorsque l’on parle de handicap mental, beaucoup de personnes imaginent des enfants incapables de communiquer portant des couches et ne pouvant rien faire d’autre que se baver dessus. Alors que les enfants avec qui je travaille ont un profil radicalement différent mais bon vu qu’on leur a collé l’étiquette « handicapé » on ne cherche pas à la décoller pour voir les individus qui sont derrière.

Et c’est sans doute cela qui m’attriste le plus lorsque je reçois des félicitations indues, c’est que leur origine reposent sur des conceptions fausses, des préjugés, bref des représentations du genre de celles qui font que le handicap mental ou autre n’est toujours pas compris et ainsi pris en charge de façon vraiment efficace et humaine.

J’ai déjà beaucoup causé ce soir alors au lieu de partir dans une explication théorique et pratique du handicap, je ne ferai que dire quelques mots sur le sujet.

Le handicap n’est qu’un construit social. En clair le petit garçon qui n’arrive pas à se souvenir de sa date d’anniversaire ni du nom de sa ville mais qui sait faire de beaux dessins est considéré handicapé mental dans notre société en 2020 mais cela ne serait peut-être pas le cas dans un autre temps et un autre lieu. Il y a aussi le principe du fameux dicton « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »

Donc oui le handicap c’est déjà un concept aussi relatif qu’il est complexe à décrire au delà des définitions légales qui ne font qu’en dessiner les contours.

Du coup ma position personnelle c’est de considérer que nous sommes tous handicapés. Moi par exemple je ne peux pas courir, mon poids m’empêche de bien respirer et niveau socialisation je ne suis pas un exemple pour les enfants que j’accompagne vu que je suis un vrai sauvage qui se complait dans une solitude bien arrangeante. Comparés à moi, les enfants de mon groupe qui vivent intensément leur chance d’évoluer dans une vraie école en courant, tombant, se faisant des copains, des ennemis bref en étant des gosses sont bien moins handicapés que moi l’éducateur en échec de socialisation.

Au bout du compte j’ai tout simplement envie de jeter ce concept aux orties surtout si l’on se rappelle que ce mot a pour origine un jeu anglais « hand in the cap » Et oui ! Dès le début, le handicap n’était qu’une vaste blague !

Les enfants que j’accompagne sont des enfants, point. Ils ont leurs difficultés comme tous les enfants mais qu’importe, je refuse le mot handicap, le mot difficulté est bien plus juste et permet de rentrer en réelle empathie avec eux afin de les considérer non pas comme des porteurs de problématiques mais comme des individus. Nous avons tous des difficultés mais certaines font de nous des handicapés pour des raisons liées à la norme et aussi il faut l’avouer au capitalisme économique et cela est tristement inique.

Une fois de plus je ne suis pas un héro, je suis un glandeur d’éducateur un peu psy sur les bords qui bricole avec ce qu’il trouve et qui se repose beaucoup sur le travail en équipe pour trouver des façon de vraiment aider les enfants qui lui sont confiés.

Alors oui ce n’est pas facile tous les jours mais qu’importe, je fais ce travail avec une joie, une passion et un amusement perpétuel qui fait que chaque jour je suis heureux de retrouver les enfants et mes collègues. Les difficultés que je rencontre dans mon travail me poussent à me remettre en question à faire preuve d’inventivité, bref à évoluer en tant qu’être humain et ce bien plus que si j’avais été l’employé d’un service juridique où mes diplômes en droit allaient me conduire.

A la première visite de la médecine du travail le medecin et l’infirmière se sont presque inquiétés de voir quelqu’un d’heureux dans son boulot (ils n’ont pas l’habitude ça les a déstabilisé 😆 ) Mais c’est bon, depuis ils m’ont compris car je leur ai sorti une version condensée de la soupe que je viens de vous servir.

Ce soir j’avais une réunion avec les parents qui envoient leurs enfants au caté, à la fin de la réunion nous avons eu droit à des félicitations et des remerciements « Vous avez du mérite d’être bénévoles » mais non je ne suis pas un saint !

Bon on ne va pas refaire un tour là dessus, il est 23h20 alors du coup je parlerai de ça la semaine prochaine… :mrgreen:

Pandemonium

Journée de merde, j’ai été poussé à bout par une gamine que je vais finir par détester aussi fort que je l’ai adoré. Mais là c’est bon, je n’ai plus aucune pitié pour elle, elle rejoindra la liste des enfants avec lesquels j’ai tenté de travailler et pour qui je n’ai rien pu faire faute de soutiens et surtout de volonté de leur part de s’en sortir.

Et ça ne m’emperchera pas de dormir.

Car oui je suis au clair depuis toujours, je ne suis pas le messie, parfois je n’y arrive pas malgré tous mes efforts car les circonstances contraires sont plus fortes que mes faibles compétences qu’une journée de merde comme aujourd’hui suffit à remettre en question.

Enfin bon, ce soir j’écris ça sur le coup du désespoir et de la colère mais demain je lui aurai déjà pardonné.

Son histoire recoupe la mienne et nous avons beaucoup de choses en commun, mais ce n’est qu’une gamine de dix ans qui terrorise le groupe des 13 enfants et qui empêche de travailler trois classes en même temps. Il est donc grand temps de la calmer et pour ça avec mes collègues on sait se montrer créatifs et efficaces.

Vide…

Nous sommes lundi soir et je compose en avance mon billet pour demain pour éviter une nouvelle rupture de la continuité de publication de ce blog dont je ne regarde même pas les chiffres de fréquentation.

Toute la semaine j’ai des idées et je me dis vivement mardi pour parler de ci ou de ça. Cela fait un mois que je veux par exemple évoquer le coté duel de notre univers qui ne semble exister qu’à travers des rapports de forces entre deux opposés. Mais non c’est lundi et je suis déjà fatigué et hélas démotivé.

Mon apprentissage de la musique n’avance pas, je passe mes weekends à faire du travail pour remplir les dossiers ou pour créer de nouveaux outils pour la salle où je travaille avec les enfants. Les temps de travail que je devrais occuper à parfaire ces outils avec mes collègues sont monopolisés par des réunions aussi stupides que vaines pour faire passer la pilule de la fusion des différents services dans le même bâtiment.

Mais je m’en fous de tout ça, je baisse la tête et je fais ce que l’on me demande tout en étant bien lucide sur la réelle portée de ce pseudo travail.

Alors pour tenir j’ai la présence des enfants, veiller à leur développement, rigoler et passer de bons moments avec eux lorsque c’est possible et les sanctionner avec une fermeté respectueuses lorsque c’est nécessaire. Cette année mon nouveau groupe compte des enfants très intéressants que je découvre un peu plus chaque jour. J’ai aussi mes projets, mes activités, les traces de mon travail que je laisse sur le blog que je tiens pour le groupe, bref des tas de choses qui me font oublier non seulement mes soucis avec les changements négatifs à l’établissement mais aussi toutes les choses qui m’inquiètent et me pourrissent le moral et la santé.

Demain mercredi, je vais sans doute faire une séance portrait/développement avec les enfants et le Mamiya RB sd Pro. On va encore bien s’éclater !

Sinon promis, cette semaine dès que je trouve un temps de cerveau disponible, je commence un article de fond pour mardi prochain. Les états d’âme d’un éduc c’est gonflant. :mrgreen:

Droit d’inventaire

Ce weekend a été très éprouvant, une soirée trop longue et bien trop arrosée de vendredi soir à samedi matin et un dimanche inattendu qui m’a bien retourné la tête.

Car oui, dimanche dernier j’étais un des volontaires venus aider au vidage de la cure du village suite au décès de notre curé.

Notre prêtre avait donné tous ses biens à l’évêché mais celui-ci après avoir récupéré l’argent de la paroisse a préféré tout de même appeler la famille de feu notre prêtre pour qu’ils prennent ce qu’ils voulaient.

Et c’est là que j’ai eu une bien drôle d’impression…

Car oui ces personnes bien que sympathiques et sincèrement émues par le décès de Pierre, se sont mis à vider le bâtiment de façon hyper méthodique et un peu froide. Il n’y avait pas de place pour les souvenirs autour de notre prêtre, non, là c’était récupérer le plus de choses et le charger dans les divers véhicules dont un gros camion.

Voyant cela j’ai été assailli de pensées très noires sur cette dimension de nos existences, que reste t-il de nous à notre mort ? Les objets récupérés par succession sont-ils des moyens de faire vivre la mémoire de la personne défunte ou bien juste une façon de s’enrichir ?

De mon coté j’ai demandé à récupérer une de ses guitares que je vais amener chez le luthier pour en jouer en me rappelant de lui tout comme je joue avec la basse de feu ma nièce pour me rappeler d’elle et de sa mort bien trop précoce et violente.

J’ai aussi négocié avec la famille pour prendre quatre bouteilles de goutte dont deux de la fin des années 70. Mon but est de les préserver afin de les ressortir lors d’un éventuel repas paroissial à l’heure du café comme aimait tant le faire Pierre.

Guitare ou gniole, je suis donc au clair…

Mais bon j’ai ouvert une des bouteilles car j’étais trop curieux de découvrir le gout d’un alcool qui a presque mon age.

Et bien chui pas déçu ! Heureusement que la notoriété publique va faire que je vais m’astreindre de retourner y gouter car comme on dit chez nous elle a un « goût de r’vient-z-y » 😆