Va 2020, je ne te hais point…

Ce matin j’ai commencé mon nettoyage rituel annuel, mon Osoji qui cette année va avoir aussi comme fonction de chasser tous les mauvais relents de cette fichue année 2020. Alors que je vidais les sacs en jetant sans pitié ces objets qui m’encombrent je me suis dit qu’au lieu de faire une liste des catastrophes des douze derniers mois, j’allais plutôt tenter de voir les choses de façon positive en cherchant les bonnes choses qui me sont arrivées pendant cette période.

Après tout c’est un peu débile de s’énerver contre une année comme si elle était une personne et d’attendre sa mort à l’instar de ce type dans le village d’en bas qui a mis un gros panneau devant sa maison « 2020 : an foiré » Cela manque autant de finesse que de logique…. Alors du coup comme à mon habitude je vais à contre-courant pour partager avec vous un bilan des bonnes choses que 2020 m’a apporté. Ceci écrit, j’en vois trois principales :

  • Sur le plan professionnel, en janvier 2020 je faisais la rencontre au début avec un peu d’appréhension de ma nouvelle collègue. Le fait de travailler avec une autre personne qui est vraiment totalement présente sur mon groupe est une richesse incroyable. En plus de ça je m’entend très bien avec elle surtout depuis que j’ai découvert que nous avons tous deux beaucoup d’intérêt pour la musique, nous avons monté et nous montons encore des projets musicaux avec les enfants comme ce clip vidéo que nous avons tourné avec les enfants en prenant la chanson à cause des garçons pour la parodier en une chanson pour exprimer notre ras le bol de la pandémie. Vous n’aurez que la photo ci dessous, droit à l’image des enfants masqués oblige…
  • 2020 a aussi été une année charnière pour moi car c’est cette année que j’ai décidé de me remettre à la musique en suivant des cours hebdomadaires de guitare pour tenter de progresser et de vaincre mes rigidités et mauvaises habitudes et en commençant l’apprentissage de la basse, un instrument qui m’a toujours fasciné dans pas mal de mes morceaux préférés. Tout cela, j’ai décidé de le faire pendant le premier confinement qui a été un moment plutôt traumatisant. En effet, vu qu’étant imbibé de films et de lectures sur les risques d’effondrement de notre société, j’étais entré en confinement en craignant pour mon travail, mon approvisionnement et celui de am mère, notre santé… Je m’imaginais vivre bientôt dans un monde post apocalyptique où les institutions n’auraient pas tenu… Bref j’étais parti au delà de l’angoisse entre la l’hystérie et la folie et le fait d’avoir été strictement confiné les premières semaines ne m’a pas aidé. Et c’est la musique qui m’a sorti de tout cela, prendre ma guitare m’a beaucoup plus aidé que n’importe qui ou quoi d’autre. C’est en partie pour cela que j’ai désiré remettre la pratique de la musique au centre de ma vie en travaillant avec elle pour apprendre à enfin la comprendre. Mes deux profs sont très complémentaires, mon prof de guitare est un grand musicien très cultivé et talentueux qui me retourne le cerveau à chaque séance en me faisant comprendre des choses très complexes sur la musique tandis que mon prof de basse lui est un tyran qui me botte les fesses, me secoue et m’engueule pour me faire progresser en jouant comme un bassiste car non, une basse n’est pas une guitare à 4 (ou 5 voire plus) cordes, c’est un instrument bien particulier dont on ne connait pas grand chose avant plusieurs mois de cours. Bon courage à eux deux ! :mrgreen:
  • La troisième chose positive que m’a apporté 2020 est encore plus précieuse que tout cela. Il s’agit de nombreux signes de reconnaissance de la part de mes supérieurs pour mon implication dans mon travail (notamment suite à la publication de mon article sur le télétravail de l’éducateur qui a fait boule de neige), des personnes dans la vie associative qui apprécient mon aide et mon dévouement et aussi je dois l’avouer des mes visiteuses et visiteurs sur ce blog qui chose nouvelle en 2020 reçoit des commentaires de façon régulière. Je ne vous en remercierai jamais assez… Bon, c’est un peu étrange de tout mettre sur le même plan mais au fond pas tant que ça car nous sommes toutes et tous friands de signes qui montrent que nos existences et nos efforts servent à quelque chose et cette reconnaissance ainsi reçue sous de multiples formes nous redonne confiance pour nous lancer dans d’autres défis, d’autres aventures !

Bon, pas de photo pour illustrer ce troisième point… Je ne vais pas encore recoller un de mes selfies ! 😆

Au bout de tout ça je me rends compte que ces trois petites choses positives ont eu assez de pouvoir pour me faire tenir le coup dans ma vie privée et professionnelle dans les épreuves traversées dans ces deux sphères de mon existence, et c’est justement ça le pouvoir des petites choses ! 😎

Quelques imprévus… ^_^

Ce matin je me suis levé tôt pour écrire ma chronique du jour, j’avais écrit un texte sur la notion de risque et au moment de passer au dernier paragraphe, j’ai voulu effacer quelque chose et avec ce fichu nouvel éditeur, les 3/4 de mon texte ont disparus ! Quelques heures plus tard, j’allais tout recommencer lorsqu’un gros camion blanc s’est pointé devant chez moi. Second imprévu donc. C’était le livreur qui venait me donner un jour plus tôt que prévu mon cadeau de Noël, une basse de qualité avec laquelle je me suis amusé comme un gosse le reste de la journée. 😀

J’ai fait une vidéo de l’ouverture du carton et j’ai même essayé d’en jouer mais entre mon niveau de débutant et l’impossibilité d’enregistrer avec les outils installés sur ma machine (logiciels offerts avec limitations, là encore un imprévu) et bien ça ne sera pas pour ce soir. Vous y avez échappé, ouf ! 😆

Alors du coup après cette journée bien remplie (je suis aussi allé chez ma voisine lui installer son ordinateur) et bien je n’ai rien d’autre à partager que cette photo vite fait de mon nouvel instrument. C’est sans doute mieux que de raconter des idioties déprimantes tout près de Noël ! 🙄

Exil volontaire

C’est aujourd’hui que le second confinement se termine. Pour moi cela ne fait aucune différence vu que mon cercle social déjà très réduit a encore rétréci de ma propre initiative. Car oui je suis peut-être parano mais je ne compte pas suivre la politique sanitaire de ce gouvernement qui, et ça je le comprends hélas trop bien, tente de protéger notre économie en laissant les personnes retrouver leur pleine liberté au début de ce que vous connaitrez bientôt comme étant la troisième vague, celle qui fera le plus de dégâts avant une éventuelle diminution des contaminations qui sera peut-être le résultat des vaccinations.

Alors allez-y, ruez-vous dans les magasins allez retrouver vos ami(e)s sans masques, faites des apéros, contaminez vous et contaminez vos proches aux tables des repas de fête pour donner encore plus d’ampleur à cette troisième vague. Bref faites ce que bon vous semble tant que vous pensez à acheter un maximum de choses, si possible en ligne pour engraisser encore un peu plus les acteurs de cette économie inégalitaire, dérégulée et déshumanisée.

Par contre laissez-moi tranquille, je ne veux pas jouer avec vous. Pendant ces trois semaines de congés je ne sortirai que trois fois : pour les courses pour trois semaines, pour un cours de guitare dans quelques heures et demain pour amener ma mère chez son audio-prothésiste. Cette année pas de réveillon en famille car avec mon obésité je suis une personne à risque tout autant que ma mère avec ses 84 ans. Donc non, je ne veux pas passer une semaine à trembler pour voir si nous développons des symptômes. Cela fait hurler la famille mais c’est ainsi. D’un autre coté cela fait près de vingt ans que nous passons le nouvel an et beaucoup d’autres fêtes et moment importants seuls et cela ne les a jamais embêtés, alors merde, allez vous faire foutre vous et votre putain de tablée de Noël, cette année je ne serai pas l’accessoire bizarre, le raté de la famille qui après des longues études est devenu travailleur social. Non, pour ce Noël je ne vous aiderai pas à vous sentir supérieur, à croire en vos propres mensonges ou en vos illusions de bonheur.

Ma vie est simple et très humble mais je l’aime bien comme ça et j’ai pas mal de plans pour en profiter encore un peu, alors permettez-moi de vivre encore un peu au lieu d’étouffer dans un service de réanimation car j’ai envie de progresser en musique et de voir ce que ce pays, non ce monde, vont devenir suite aux prochaines catastrophes qui vont tomber sur l’humanité qui ne réalise pas encore qu’elle est en sursis sur cette planète qu’elle a tant blessé en quelques dizaines d’années.

Ces trois semaines de vacances, je veux les passer sans stress et avec le moins possible de masques FFP2 (KN95), je voudrais bien aussi voir mes mains cicatriser et soyons fou, me concentrer enfin sur la musique pour faire la paix avec elle et la laisser me discipliner pour enfin trouver mon pouls musical, cette fonction organique qui conjuguée aux mathématiques de la musique me permettra de jouer de façon correcte, non pas pour faire des concerts, mais juste pour me faire plaisir.

Voilà mon programme pour ces vacances, ça et la photo bien sûr, mais pour cette dernière je vais devoir ranger le labo qui est devenu une vraie poubelle remplie de sacs de commission pleins de choses à trier et surtout à jeter.

Car oui, je vais reprendre mon combat contre les choses mais de façon beaucoup plus zen en me préparant pour mon osoji (grand ménage à la japonaise) annuel. Mais cela ce sera l’objet de ma chronique du 29 décembre. Pour l’instant retour à mes gammes et modes avant d’aller retrouver mon prof, un être humain que j’admire encore plus depuis qu’il est devenu l’un des seuls que je vois encore en dehors du travail et de ma mère. Le genre de type qui peut vous changer la vie et qui en attendant rend cet exil volontaire tout à fait acceptable, voire avouons-le, agréable.

Trop bon trop c.. ?

Je comptais un peu sur la pandémie pour changer un peu les choses, mais non c’est loupé, nous sommes dans la dernière semaine avant les vacances de Noël et comme chaque année, je me retrouve submergé de demandes qui viennent encore alourdir mon travail non rémunéré effectué à la maison. 🙄

Dans l’ordre je dois terminer mes dossiers, mener à bien le tournage de trois chansons pour les enfants de mon groupe en suivant des scripts que j’ai mis des heures à écrire, régler les problèmes matériels des autres groupes, leur prêter mon matériel pour qu’ils filment leurs spectacles, récupérer tous les fichiers vidéos, travailler avec mon prof de guitare qui est producteur professionnel pour remixer les chansons et faire enfin de tout ça un spectacle sur DVD pour les parents.

Le pire dans tout ça c’est que je me suis affligé à moi-même la moitié de ces tâches. Mais pourquoi est-ce qu’en étant payé comme les autres je me sens obligé d’en faire tant ? Lorsque nous avons annulé le spectacle j’aurai pu me taire au lieu de proposer de sauver l’affaire en faisant un DVD ! Personne ne m’a rien demandé ! Mais non, il a fallu que j’ouvre ma grande bouche pour lancer ce projet! Mais pourquoi ?

Et bien en premier lieu parce que je suis passionné par mon métier et parce que je m’amuse beaucoup avec les enfants. Demain la grande du groupe va jouer quatre mesures de basse devant la caméra. Quatre mesures ce n’est pas grand chose mais ici ces quelques notes représentent l’aboutissement de six mois de travail et l’opportunité pour cette jeune fille d’être fière d’elle et de revendiquer une place particulière dans le groupe. Même chose pour mon batteur, les notes jouées par ces deux enfants seront réutilisées dans le playback du clip que nous tournons demain.

L’autre raison un peu moins avouable c’est le plaisir de me sentir utile voire irremplaçable pour ce genre de projets que je suis le seul de l’équipe à pouvoir mettre en place vu qu’ils requièrent outre une grosse motivation, énormément de temps, de matériel, de personnes ressources et de connaissances techniques. Pour tourner notre clip, j’ai acheté beaucoup de matériel et j’ai pris des cours pour maitriser l’utilisation d’une carte audio et réaliser un enregistrement de qualité. Bref, j’ai ajouté une nouvelles compétence à mon arsenal et quelque part je serai fier de montrer mes nouveaux talents, enfin seulement si au final le clip ressemble un peu à ce qu’il est dans ma tête ! 😆

La troisième raison encore moins avouable et sans doute la plus égoïste est le fait que je veux me prouver quelque chose à moi-même. Après une vingtaine d’années passées à exercer un métier passionnant mais difficile, peu gratifiant et usant, je me retrouve à bientôt 48 ans face à un nouveau sentiment, la fatigue. Le fait de vivre avec une mère âgée me renvoie aussi sans cesse une image de ce qui m’attend dans un avenir pas si lointain (si bien sûr je venais à survivre à mes excès et aux diverses catastrophes). Bref, il y a de quoi inquiéter un anxieux de mon genre. Alors le fait de lancer des grands projets de les mener à bien avec parfois des résultats en dessous de mes attentes mais qu’importe, est une formidable façon de donner le change, de me dire que oui, j’y arrive encore et que la canne ou le fauteuil roulant ce n’est pas encore pour demain.

Et les enfants et mes collègues ? Et bien ils me suivent toujours dans mes délires en rajoutant parfois des idées qui viennent complexifier les choses et ainsi du fait des raisons citées plus haut, me rendre encore plus content.

Et là il est bientôt 21h30, il est donc temps de finir cette chronique et de dormir pour ne rien louper demain ! :mrgreen:

A toute chose malheur est bon…

Cette expression un peu désuète m’a trainé dans la tête toute la journée. Car oui tout le monde se plaint de la crise sanitaire, de ses conséquences néfastes bien réelles sur nos vies voire sur nos psychismes mis à rude épreuve. Mais bizarrement personne n’ose évoquer les quelques bonnes choses qui découlent de ce malheur qui nous frappe. C’est pour cela que ce soir je vais m’y essayer.

Sur le plan planétaire, les confinements ont fait baisser la pollution parfois de façon spectaculaire dans certains endroits nous laissant entrevoir la possibilité d’une planète plus propre. D’autres façons de travailler se sont aussi développées sous ces contraintes.Ainsi, lorsque la pandémie sera derrière nous, le télétravail aura profité de cette crise pour se développer durablement réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Une fois que nous connaitrons enfin les vraies raisons qui ont créé cette abomination de virus, nous remettrons peut-être en cause soit la sécurité des laboratoires (hypothèse d’un virus échappé d’un labo qui ces dernières semaines refait surface dans les médias crédibles) ou remise en cause de l’élevage intensif sans contrôle des règles d’hygiène (hypothèse de la zoonose). Bref, peu importe la vraie origine de cette catastrophe, une fois qu’elle sera enfin révélée, des moyens seront mis en place pour éviter une nouvelle pandémie tout en améliorant, enfin je l’espère, le bien-être humain et animal.

Vis à vis de nos comportements et de notre notion de l’hygiène, les gestes barrières appris et pratiqués pendant plus d’un an laisseront des traces et nous aideront à être plus vigilants vis à vis des situations de promiscuité et également à nous laver plus souvent les mains, ce qui même en l’absence de pandémie est une bonne chose notamment dans les périodes où les gastros font des ravages.

Sur le plan professionnel, le midi vu que je ne mange plus à la cantine ( je refuse de la faire dans une salle non ventilée avec trente personnes sans masques), et bien j’en profite pour faire de l’individuel en apprenant à un petit de mon groupe à manger sans mettre sa main dans l’assiette. Bizarrement aussi, depuis que je ne mange plus à la cantine du fait de la situation sanitaire inquiétante et de l’absence de mesures de protection, ma santé se porte bien mieux. Allez savoir pourquoi… Au niveau de mon groupe d’enfants, le fait de ne plus pouvoir retourner à l’établissement et de rester à l’école y compris le mercredi où nous avons l’école toute entière pour nous tous seuls a eu pour effet de cultiver une certaine culture scolaire liée à une forte appartenance à l’école qui nous accueille. L’objectif de socialisation est donc retravaillé de façon très forte et cela se ressent sur le mental des enfants qui progresse avec notamment bien plus de maturité notamment chez les plus jeunes. Certains de mes collègues me disent que c’est horrible de ne plus nous voir à l’établissement et que nous leur manquons, mais c’est bizarre ils ne m’ont jamais téléphoné pour me faire part de ces faux atermoiements de façade dont la vraie raison d’être est de trouver un exutoire plein de fausse bonne foi à leurs frustrations non assumées.

Sur le plan personnel enfin, le premier confinement que j’ai vécu dans la peur ne m’a pas hélas permis comme à certains de développer de nouvelles aptitudes mais m’a aidé à retrouver la musique et avec elle l’envie de prendre des cours de façon suivie ce qui est encore le cas aujourd’hui. Sur un autre plan, le solitaire que je suis n’a plus besoin de trouver des excuses pour ne pas avoir à trainer avec des couples ou avec des gens qui pensent être heureux car ils se retrouvent pour boire. Ce confinement qui ne m’autorise qu’à travailler et à consommer un peu est aussi un formidable alibi pour cacher mes tendances à la procrastination. Oh j’aurai tant voulu partir faire des photos loin dans la forêt avec du matériel lourd, mais voilà hélas je suis confiné c’est interdit ! Rahhhh !!! Sanglots !!! 😆

Alors oui, je pourrais continuer comme ça assez longtemps tout en sachant qu’en dépit du nombre de points positifs plus ou moins fallacieux que je trouverai, la balance bénéfices/souffrances penchera toujours du coté de ces dernières.

Mais voilà, pour ce soir seulement, trouver quelques raisons de légèrement relativiser l’épreuve que nous traversons tous à des degrés différents, regarder ce qui reste dans le verre et ce qu’il y a de sympa sur la table autour au lieu de se focaliser sur ce qui manque dans ce récipient et surtout commencer dès à présent de réfléchir sur ce que cette crise nous aura appris histoire d’en sortir plus fort lorsque nous retrouverons les eaux calmes afin que toutes ces souffrances ne soient pas en vain… (oui le présent, car on est encore dedans).

Et là pour conclure et bétonner mes propos, je me sens obligé de citer Murakami dans son livre « Kafka sur le rivage » mais avec une petite correction de traduction sur la fin :

« Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour y survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même et c’est bien ça le vrai pouvoir des tempêtes. »

Le dégoût des autres

Attention : ce soir je me laisse aller au grès de mes envies, je vais donc écrire des choses qui peuvent être choquantes, mais sachez que je vais bien et que je suis de bonne humeur. Ce sont juste mes pensées du moment exprimées sans filtre.

Tout autour de moi mes collègues expriment leur difficultés face aux limitations de leurs interactions sociales. C’est sans doute méchant de ma part mais cela me fait sourire car pour moi la solitude n’est pas une ennemie mais plutôt une compagne de toujours. Très tôt dans ma vie, je me suis senti seul, à vrai dire depuis qu’à l’hôpital les docteurs ont coupé mon cordon, je ne me suis plus jamais senti relié à personne. J’ai aussi été très vite seul à la maison car ayant plus de dix ans d’écart avec des frères et sœurs mariées ou partis vivre ailleurs. Ajoutons à cela une mère surprotectrice et un père qui ne m’a jamais compris jusqu’à son décès l’année de mes 14 ans et on comprendra pourquoi j’ai peut être eu des difficultés au niveau de ma socialisation primaire.

Mais attention, je n’écris pas cela en mode « je suis malheureux car je suis seul » non, dans mon cas la solitude est assumée au point d’être devenue un choix de vie. Je n’ai pas vraiment d’amis, juste des collègues et des connaissances car je n’ai jamais eu le besoin de me lier à d’autres personnes pour me sentir heureux.

Dans la vie je suis extraverti, j’exprime mes émotions et idées aussi librement que je le fait sur ces pages (ce qui peut faire peur à pas mal de gens) et je suis quelqu’un de sociable et communicatif. Mais en dépit de tout ça, j’ai toujours limité mes interactions avec mes semblables et ce dès la petite enfance.

C’est toujours l’enfance qui fait mal, un peu moins chaque jour mais quand même il faut bien avouer que l’ombre de nos premiers traumatismes continue de planer sur nos vies d’adultes influençant consciemment et inconsciemment un grand nombre de ce que nous pensons être des choix libres et personnels.

Mes premiers souvenirs d’interactions avec les autres enfants remontent à la maternelle grande section. La maitresse nous faisait faire un bricolage à base de terre et je me souviens très bien l’avoir entendu dire :

« Les enfants regardez ce que fait Laurent, et bien ce n’est pas ça qu’il faut faire !  »

Ce jour là j’ai découvert simultanément que je ne serai jamais doué pour les travaux manuels et que toute ma vie mon travail serait examiné et comparé à celui des autres pour me classer parmi les bons ou les médiocres. Et oui, tout petit déjà la lutte des classes ! 😆

Mais mon autre souvenir concomitant avec ce dernier c’est bien celui de ma réaction. J’ai serré les poings en retenant mes larmes et en continuant de faire ce vase très moche qui est toujours sur l’étagère de ma chambre.

C’est ainsi que depuis mes 5 ans j’ai appris que les opinions des autres allaient me faire souffrir et que pour éviter cela, je devais assumer mes faiblesses et faire ce que moi j’avais envie de faire quitte à ne pas avoir d’amis faute de trouver des camarades partageant mes centres d’intérêts.

Et vu que tout gamin je préférai écouter des albums de Pink Floyd sur un magnétophone étendu dans l’herbe plutôt que de jouer à courir ou au foot, et bien forcément je suis resté seul dans mon coin et j’ai été taxé d’enfant « étrange ». Un enfant qui ne cherche pas à se mesurer aux autres dans les activités physiques et sportives libres ou structurées pour trouver sa place dans la meute (et tenter au passage de devenir un mâle alpha en culotte courte), un enfant qui tout petit déjà n’en a rien à faire des autres et ne cherche qu’à trouver sa voie sans se préoccuper de leurs avis, et bien forcément ça inquiète.

L’année de mon bac j’ai récupéré mon dossier scolaire et j’ai lu ce que les institutrices du primaire écrivaient de moi. J’étais décrit comme un enfant solitaire et taciturne faisant des dessins torturés. Car oui j’oubliais c’est aussi très tôt que j’ai découvert que je ne savais pas dessiner mais que cela n’allait pas m’empêcher de le faire quand j’en aurais envie ! 😆

Arrivé à l’école primaire j’ai découvert que j’avais certains talents qui allaient me simplifier les apprentissages. Ma très grande mémoire auditive et mes facultés de compréhension allaient m’aider à maitriser la lecture de façon courante bien avant les autres enfants. Personne n’a jamais pu m’expliquer pourquoi on ne m’a pas fait sauter de classe. Étant tant en avance, je suis resté au fond de la salle dans le coin lecture à dévorer les bandes dessinées dans les magazines Pilote et autres. C’est un très beau souvenir et là encore contrairement à ce qui aurait du être le cas pour n’importe quel autre enfant, je n’ai jamais ressenti une quelconque tristesse d’être séparé des autres. A vrai dire les mères des enfants en difficulté envoyaient leurs enfants jouer chez moi espérant qu’à mon contact ils progresseraient plus vite.

Car oui non seulement j’avais appris à lire mais je comprenais aussi beaucoup d’autres choses comme la valeur de l’argent, les expériences de chimie de mon coffret, l’électricité avec des petits circuits fermés… Bref j’avais trouvé ma place d’intello. J’avais aussi du succès avec les filles qui venaient chaque matin chez moi pour m’accompagner à l’école. Je me souviens d’ailleurs que je détestais faire les lacets et que j’avais décidé de ne pas apprendre à les faire et que du coup ce sont les copines qui venaient me faire mes lacets chaque matin ! Non je n’ai pas honte de raconter ça, c’est un souvenir tendre et drôle et personne n’a été forcé d’être mon esclave, c’était juste un moment de ma vie où tout me semblait possible.

Hélas en grandissant les autres rattrapèrent leur retard sur moi tandis que moi je stagnais faute de ne pas avoir de nouvelles stimulations. Arrivé au collège la découverte des mathématiques abstraites et de mes difficultés de raisonnement scientifique allaient faire de moi un élève moyen jusqu’à ce que mes parents décidèrent de m’envoyer dans le privé ou peu à peu je repris confiance en moi pour enchainer le bac avec mention bien, une maîtrise en droit privé puis une entrée accidentelle dans le monde de l’éducation spécialisée qui déboucha sur un diplôme d’état d’éducateur spécialisé obtenu à Strasbourg.

Alors non, tout ceci n’est pas un CV simplifié ni mes mémoires, c’est juste un exposé rapide des phases de ma vie, avec une popularité en montagnes russes qui explique les difficultés que j’ai eu à être comparé aux autres quand j’étais en bas du fait du souvenir de mes jours glorieux et au final le mode de vie que j’ai construit afin de limiter mes interactions sociales pour ne plus jamais avoir à me comparer à personne.

Au final voilà qui je suis en toute vérité. Un type honnête mais paresseux, jovial, extraverti mais imprévisible car dépourvu de filtres au niveau de la parole et des actes, généreux mais bourré de complexes et du coup se passant très bien des autres et surtout de leurs avis de peur d’être jugé et rabaissé. Et quitte à choquer encore d’avantage, j’ajouterai que je n’ai aucun regret, j’ai toujours vécu à coté des autres et non avec eux. Mais je reçois et rends des services avec reconnaissance et plaisir, je suis aussi content lorsque quelqu’un partage mes centres d’intérêt et désire passer du temps avec moi, mais je ne me fais aucune illusion sur l’amitié et encore moins sur l’amour qui pour moi relève de la psychopathologie.

Mais ça c’est un autre sujet dérangeant que je garde pour une autre fois… 😈

Incohérences, chapitre 2

J’étais censé écrire cet article dans le Haut-Doubs vu que je devais accompagner ma classe en classe verte. Mais voilà, alors que certains de nos responsables locaux pensaient que l’ouverture des centres de loisirs pendant le confinement faisait que nous pouvions partir, un mail de l’inspecteur reçu hier un peu avant 20h00 est venu tout annuler. Les nuitées posent problème ! Ah bon ? Mais n’était-ce pas si évident ? Pourquoi a-t-il fallut attendre que l’inspecteur vienne préciser ce qui somme toute est d’une logique évidente pour enfin accepter que partir en classe verte pendant un confinement n’avait pas de sens ?

Mais non au lieu de ça j’ai contacté trois fois les parents… « On y va plus » puis « ah si en fait on y va » et puis ce matin « Non c’est mort pour de bon, là c’est sûr on ne part plus demain… » Quel manque de respect pour ces parents qui se matin étaient bien soulagés d’apprendre la fin de ce feuilleton stupide. Le pire c’est bien sûr pour les enfants de notre classe qui étaient tout heureux de partir, puis déçus, puis de nouveaux heureux avant d’être déçus pour de bon. En effet, même si à titre personnel cette annulation m’arrange car elle me permet de continuer à veiller sur ma mère âgée, je ressens la tristesse et l’incompréhension des enfants qui se rendent compte qu’en plus de passer une année difficile, ils ne peuvent plus faire confiance en la parole de l’adulte.

Ces enfants qui il y a trois semaines ne présentaient pas de danger de transmission et qui aujourd’hui doivent porter des masques à partir de 6 ans…

Dans ma classe ça se passe à peu près bien sauf pour mon petit dernier qui persiste à le porter en mode « couche de menton ». Un autre enfant ne porte son masque que parce que sa maman très maligne lui en fabriqué un avec un tissu imprimé dinosaure. Ce matin le voici qui se met à hurler « Mais pourquoi sont-ils si petits ces virus ? Je veux les tuer, les écraser !!! » Alors face à ça rassurer, réexpliquer, remettre du réel et aider les enfants à se projeter dans un futur hypothétiquement plus radieux… Manque de pot ils sont déficients et pour eux se projeter dans l’avenir est très compliqué, du coup j’imagine qu’ils doivent se sentir comme prisonniers d’un cauchemar sans fin.

Au bout du compte on peut se dire que oui, c’est ainsi et ce n’est que comme cela que l’on freinera la pandémie le temps que le vaccin soit prêt. Mais ce soir en rentrant du travail j’ai fait cette photo :

Le nombre de voitures sur la route et de gens dans la rue est tout à fait incompréhensible, nous sommes censés être en confienement mais mis à part quelques commerces, tout fonctionne comme d’habitude.

Ce nouveau type de confinement pensé pour protéger l’économie (ce qui est monstrueux mais légitime) me laisse à penser qu’il ne sera pas aussi efficace que le premier surtout si l’on considère la lassitude et parfois la colère des foules qui se révoltent contre cette nouvelle atteinte à leurs droits et qui feront pas mal d’efforts pour désobéir.

Ce qui risque d’arriver c’est que voyant que tout cela ne marche pas, les responsables politiques décident la fermeture des écoles dans quelques semaines et un retour à un confinement dur.

En résumé, les enfants auront souffert pour rien avant de se retrouver de nouveau séparés de leurs camarades et enfermés chez eux pendant un long hiver sans fêtes de noël en famille élargie.

C’est tout de même un prix un peu lourd à payer pour toutes ces incohérences… 😥

C’est congé, bousillées mes vacances!

Oui c’est con, j’ai bousillé mes vacances… Ce nouveau jeu de mot pourri résume le constat que je ne manquerai pas de faire dimanche soir au moment de me préparer pour partir en séjour en montagne (si l’A.R.S bien attentive à l’évolution des contaminations est toujours d’accord bien sûr).

Une semaine de congés et ce même dans le contexte sanitaire actuel, pourrait être si enrichissante et si productive notamment pour mes passions musicales et photographiques. Je pourrais continuer de remplir les trous dans ma connaissance du solfège pour enfin avoir une compréhension globale du fonctionnement des gammes des modes et des accords. Je pourrais aussi m’exercer pour que cette fichue main droite trouve enfin la bonne position et le bon tempo quand elle joue sur ma basse. Je pourrais courir dehors avec un appareil moyennement léger pour capter les couleurs de l’automne et développer le film au labo dans la foulée…

Au delà de mes passions je pourrais faire un grand ménage, vendre les choses superflues pour me payer une jazz basse de qualité (on retombe sur la musique) ou pour regarnir mon compte en banque pour me rassurer en ces périodes pleines d’incertitudes. Je pourrais aussi tout simplement faire tous mes dossiers à l’avance histoire d’être tranquille et de me préserver des temps de repos pour plus tard.

Bref les choses intelligentes, voire plaisantes sont légion alors pourquoi est-ce qu’à chaque fois je ne fais que glander ?

Cette fois-ci l’arrivée du temps froid et humide me décourage d’aller faire de la photo surtout à six jours d’un séjour avec les enfants dont je suis responsable (responsable du séjour et des enfants, je précise). Ce fichu morceau de plombage logé dans un de mes sinus me rend hyper sensible au moindre changement de température surtout lorsque l’air est chargé d’humidité. De plus par les temps qui courent, tousser et avoir de la fièvre peut vite tourner à l’hystérie collective et avouons-le, personnelle. Pour la musique mon excuse c’est une grosse baisse de motivation due à un gros retour en arrière, désormais mon prof m’interdit de jouer de la basse comme une guitare et je dois donc tout reprendre à zéro en conciliant une très grande rigueur des gestes avec un travail exigeant sur le rythme et tout ça pour faire des notes isolées non musicales. Oh groove ! Je désespère de t’approcher un jour ! 🙄 Travailler faire mes dossiers ? Mais non ce sont mes vacances !!! Vendre ? pour encore vendre à perte comme cela a été le cas pour ma Norma 13×18 ? Bref pour chaque idée chaque projet je trouve systématiquement des réserves qui débouchent sur des abandons.

Mais au bout de tout cela si je fais mon examen de conscience derrière ces excuses et ces prétextes se cachent mon plus grand ennemi: je parle bien sûr d’Internet qui trouve toujours de nouvelles façon de dévorer mon temps libre. C’est ainsi que je viens de découvrir que mon abonnement à Amazon Prime me permet d’avoir accès à un impressionnant stock de séries que je peux voir en ligne sans limitations. C’est bizarre de retrouver les vieilles séries des années 90 (en V.O sous titrée en anglais bien sûr) et très sympa de découvrir les épisodes que j’avais loupé à l’époque. Sympa mais désastreusement chronophage surtout depuis ma rencontre naguère sans cesse remise à demain avec le docteur Who, une série extrêmement british dont je suis en train de devenir fan.

Ah Internet qu’est-ce que ma vie aurait été si tu n’avais pas débarqué ? Méchant Internet va !!!

Bon OK vous avez compris Internet n’est encore qu’une autre de mes excuses, mon vrai ennemi celui que je vois tous les jours dans mon miroir lorsque j’ai le courage de me raser c’est bien sûr cette immense flemme qui me colle à la peau.

Ma flemme est une vraie flemme sans circonstances atténuantes, une flemme d’élite qui n’a pas besoin d’excuses physiologiques pour exister, je suis en effet un très petit dormeur sans activités fatigantes. Ma flemme est un parasite qui collé à moi dévore mon temps, mes idées et mes projets pour les digérer avant d’excréter du néant malaisant qui perçu par mon entourage m’apporterait une honte sans cesse renouvelée.

Tu as fait quoi pendant tes vacances ?

Ben rien… (silence mutuel gêné)

En réalité c’est encore bien pire vu que je n’ai aucune honte de ce parasite qui m’accompagne depuis ma plus dure adolescence. Pour avoir honte de soi il faut être incapable d’assumer quelque chose et avoir de l’intérêt pour son entourage ce qui n’est pas mon cas. Je maudis ma paresse tout en l’acceptant comme un marin ivre maudit sa bouteille de whisky dans un rade du port tout en hurlant des élucubrations aux personnes présentes dont il se fiche royalement des « qu’en-dira-t-on ».

Au bout de ce gâchis totalement assumé et au moment de relire ce long texte pondu ce matin à la faveur d’une journée à rien faire, je me dis que tout n’est pas perdu. Ce texte est sympa et je trouverai peut-être du plaisir à le relire plus tard. J’ai aussi découvert que dans l’expression être légion, légion reste au singulier, l’orthographe exacte des « qu’en-dira-t-on » et quelques autres mots écrit dans ce passage sont aussi des découvertes enrichissantes pour la qualité de mon expression écrite.

Bref en racontant du « rien » j’ai fini par obtenir quelque chose.

Et ça tombe bien vu que c’est justement le slogan de ce blog ! CQFD ! 🙂

Bon pour rester dans le ton, cette petite chanson d’un esprit frère qui comme moi accepte et assume sa flemme tant et si bien qu’il en fait quelque chose :

« Passer du temps à rien faire mais bien le faire »